^^^T^^^JS. f*^^ - ^ h'i SW^i /T'I^fî" IM* ,fi;: •^ ';^- i *■ I ?■ r'^'^^te ifitili!iii!!lli ■:^. . P- .V' fPr^î^ %^f^ 4 -J ^^ iA. ■. <^-^> y r' -^ y V y t 'T \ \ 'A / z' X / ^ !( i N V- Jr ^ N Y \ 'V k > ^ ;■ / /r' 'V->\. îf^^l Z^. REVUE DES SCIENCES NATURELLES àPPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE VERSAILLES, niTRIMERIE CERF ET C'°, 59, R'JE DUPLESSIS. REVUE DES SCIENCES MTOREUES APPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DK FRANCE Fondée le 10 février 1854 RKCONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET DU 26 FÉVRIER 1855 1894 — PREMIER SEMESTRE QUARANTE ET UNIEME ANNEE Cm*4«f i'itW YO»^* • tJOT.vNfC^ • flA--- PARIS u SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 41, RUE DE LILLE, 41 1894 I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIÉTÉ. SUR LES MODIFICATIOxNS DE L'ESPECE Extrait de la réponse adressée PAR M. Fernand LATASTE (1). .^g.^, ^^^.^ La note que j'avais publiée, dans les Actes de la Société scientifique du Chili (t. II, 1892, p. -210), sur les Lapins de Cauquenes, ayant eu l'honneur d'être lue dans une séance de la Société nationale d'Acclimatation de France et reproduite en partie dans la Revue des sciences naturelles appliquées (1893, l^-" semestre, p. 529), M. Remy Saine-Loup a présenté à ce propos quelques observations qui ont paru à la suite de l'extrait de ma note. L'auteur, d'ailleurs très courtoisement, a usé du droit de critique ; j'use à mon tour du droit de défense. Dans un consciencieux mémoire intitulé Les Léporides et la notion de Cespèce, mémoire qui avait précédemment paru dans le même recueil que la note à laquelle je réplique {Ibid., p. 49) (2) et dans lequel l'auteur a très franchement formulé des résultats vraisemblablement contraires à ceux que lui avaient fait espérer ses convictions doctrinales , M. Remy Saint-Loup est cependant allé jusqu'à douter que le Lièvre et le Lapin soient de bonnes espèces ! Il me suffit d'en appeler, sur ce point, au jugement des mammalogistes. Quel est, en effet, celui d'entre eux qui ne se sentirait pas quelque peu humilié d'avoir, dans un catalogue ou une faune, spécifiquement confondu des formes aussi manifestement dis- tinctes? Mais, si M. Remy Saint-Loup est anatomiste et phy- siologiste distingué, il n'a jamais, que je sache, personnelle- ment cultivé la systématique ; il ne saurait donc avoir, sur ÇTtl) Réponse à la note de M. Remy Saiul-Loup : Sur les nioiificatioiis de l'es~ vpèce {Revue des Sciences nat. appliq., 1893, 1"' semestre, p. 537). (2) J'ai d'ailleurs le regret de n''avoir pu lire encore que la seconde et dcr- _nière partie de ce mémoire, la numéro de la Revue qui contient la première ne m'étant pas parvenu. ", 5 Janvier 1894. 1 2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. l'espèce, que des idées a priori, qu'il a, naturellement, pui- sées dans la doctrine à la mode : « Si, remontant à travers les âges, dit-il, nous pouvions penser que les premiers an- cêtres du Lièvre et les premiers ancêtres du Lapin ont été créés séparément de toutes pièces, nous dirions avec exacti- tude qu'ils sont d'espèce différente; autrement non, «C'est-à- dire que ce qui nous est exclusivement accessible, en biolo- gie, la forme et la fonction, devrait être subordonné à d'in- vérifiables hypothèses sur l'origine! On prend bien là, sur le fait, la méthode transformiste 1 — Eh quoi ! me diront quelques-uns ; vous n'êtes pas trans- formiste ? Vous croyez donc aux miracles des créations par- ticulières ? — Permettez ! Vous concluez trop vite. Entre les partisans de la variabilité illimitée et ceux de la fixité indéfinie du type spécifique, il y a place encore pour ceux qui rejettent l'une et l'autre de ces deux doctrines éga- lement absolues. Ceux-ci n'ignorent pas que le fils n'est jamais identique à son père ni à son frère ; mais ils ne méconnaissent pas, non plus, que la nature vivante se présente à nous sous des formes irréductibles les unes aux autres appelées espèces, et que, dans la limite de nos observations positives, qui peuvent parfois remonter le cours de plusieurs milliers d'années, ces espèces maintiennent leur identité. A leurs yeux, d'ailleurs, cette variation, d'une part, et cette fixité de l'autre n'ont rien de nécessairement contradictoires ; car ils n'ont pas ou])lié la notion mathématique de quantités susceptibles de varier et même de croître indéfiniment sans jamais dépasser une limite finie. Bien plus ! Au jugement de ces sceptiques, le progrès de la science tend plutôt à dissiper qu'à fomenter l'espoir que nous puissions un jour observer l'un ou l'autre de ces deux phénomènes. Et d'abord, en ce qui concerne la génération spontanée, ils remarquent que, si on l'admettait aisément dans les temps my- thologiques, même pour l'espèce humaine, témoin par exemple, la fable de Deucalion et Pyrrha, — peu à peu, à mesure que Tes observations se multiplièrent et se précisèrent, le privi- lège d'une telle origine, descendant les degrés de l'échelle zoo- îogique, dût être successivement retiré à des êtres de plus en SÛR LES MODIFICATIONS DE L'ESPÈCE. ' 3 plus petits et inférieurs, aux Souris qu'on ne fit plus prove- nir de la fermentation des vieux cliiffons, aux Grenouilles, qu'on ne fit plus naître, les jours d'orage, du sol fécondé par les grosses gouttes de pluie, aux Vers, qu'on ne crut plus en- gendrés par la pourriture, aux Protozoaires et Protophytes, enfin, qui ne parurent plus une production spontanée des infusions de matière organique ; et ils constatent que, finale- ment, l'aphorisme rectifié d'Harvey omne vivum ex vivo, se trouve vérifié d'un bout à l'autre de la série biologique, tan- dis que l'hypothèse de la génération spontanée, de plus en plus démentie par les faits, n'invoque désormais en sa faveur que des raisons métaphysiques. Quant à l'hypothèse transformiste, il leur semble que, mal- gré l'épanouissement du Darwinisme, qui peut éblouir des contemporains et leur masquer la vue générale du phéno- mène, elle n'en suit pas moins, en réalité, la même marche rétrograde que l'hypothèse autogonique. Ne rencontre-t-on pas aussi, à chaque pas, dans les légendes mythologiques, le récit des métamorphoses les plus surprenantes et des repro- ductions hybrides les plus extraordinaires ? Et cette facilité de l'esprit humain à admettre des liens ontogéniques ou phy- logéniques entre les formes organisées les plus disparates et tes plus éloignées dans la série biotaxique, ne la voit-on pas de même, dans le cours des temps historiques, s'atténuer progressivement en raison inverse du développement de nos connaissances positives, tandis que s'affirme, au contraire, et se précise de plus en plus la notion de l'espèce, c'est-à-dire du groupement de tous les êtres organisés en séries dCindi^ vicius inorphologiquement et physiologiquement reliés entre eux et isolés des autres ? Les transformistes nient les limites morphologiques de l'espèce, sous prétexte que les déterminations spécifiques sont parfois difficiles et restent dans bien des cas douteuses. Mais, dans ma petite expérience personnelle, je me suis plei- nement convaincu que ces limites existent généralement et qu'elles sont nettement déterminables dans la majorité des cas. Dans ma note sur les Lapins de Cauquenes, j'ai montré ce qu'il fallait penser de la légende des Lapins de Porto-Santo (archipel de Madère), que l'on prétendait issus du Lapin do- mestique. Emu de la difficulté de concilier une telle origine i REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. avec la découverte de la même espèce dans larchipel des Salvages, M. Remy Saint-Loup insinue que celle-ci a bien pu être transportée de l'un à l'autre de ces habitats. Quand? Et par qui? Il n'en sait rien, et peu lui importe ; car, dans le transformisme, les hypothèses se démontrent habituellement les unes par les autres ! Il n'en est pas moins vrai, comme je l'ai l'ait remarquer, que le Lepiis Huxleyi H.eckel a toutes les apparences d'une espèce insulaire, autochtone des archi- pels qu'il habite, qu'on ne l'a jamais connu sous d'autres traits que ceux qu'il présente actuellement, et que, pour nous autoriser â le rattacher généalogiquement à la fameuse Lapine de Gonzalez Zasco, il faudrait des documents plus circonstanciés, plus précis, plus décisifs que ceux qui ont été produits. En somme, pour vaincre la force de cohésion qui main- tient les types spécifiques et fait graviter autour d'eux les incessantes variations individuelles, de même que pour don- ner la première impulsion vitale à un ensemble de molécules brutes, certaines conditions sont nécessaires, qui nous sont inconnues et dont aucune analogie ne nous permet actuelle- ment de nous faire une idée. Et je pense qu'au lieu d'user nos efforts à poursuivre la so- lution d'insolubles questions d'origine, il serait temps d'af- franchir la biologie de ces derniers vestiges de l'esprit mé- taphysique. Santagio du Chili, 4 septembre 1S93. A PROPOS DE LAPINS (ÉTUDES RELATIVES AUX MODIFICATIONS DE L'ESPÈCE) Par m. Remy SAINT-LOUP. L'ingénieuse réplique que M. Lataste vient d'adresser au sujet de ma note « Sur les modifications de l'Espèce » m'o- blige à développer une argumentation contradictoire. Malgré mon désir de ne pas étendre une discussion qui paraît s'éloi- gner de l'Acclimatation pratique, je dois non seulement expo- ser les résultats d'une étude positive, mais encore relever certains passages du Mémoire de M. Lataste. Que mon con- tradicteur me permette de lui reprocher d'avoir répliqué avant d'avoir pu lire le Mémoire sur les Léporides auquel il fait allusion. M. Lataste croit pouvoir prendre sur le fait des hypo- thèses mal fondées la méthode transformiste, en raison de cette phrase que j'ai écrite : « Si remontant à travers les âges, nous pouvions penser que les premiers ancêtres du Lièvre et les premiers ancêtres du Lapin ont été créés sépa- rément de toutes pièces, nous dirions avec exactitude qu'ils sont d'espèce différente, autrement non » Ceci n'est pas une hypothèse, c'est une définition, ou plus exactement un développement sur un exemple, d'une défini- tion contre laquelle je vois avec étonnement s'élever un par- tisan de la fixité des espèces. Tant que l'expérience physiolo- gique de l'incompatibilité d'humeur, incompatibilité qui peut être absolue ou en voie de formation, ne permettant pas ou permettant l'hybridation, tant que cette expérience n'a pas été faite, je dis et je maintiens que les zoologistes classifica- teurs ne sont pas en droit de conclure à la séparation spéci- fique de types zoologiques presque semblables. On voit qu'il n'est pas question là de méthode transformiste, et mon ad- versaire aurait dû citer la phrase tout entière qui continuait ainsi : « Puisque le seul argument sérieux contradictoire se- rait tiré de leur antipathie physiologique, et que cette anti- pathie est précisément discutée. » 6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Relativement aux Lapins de Porto-Santo, M. Lataste me permettra de rétablir les faits en peu de mots : Darwin rap- porte que des Lapins ont été introduits dans l'île de Porto- Santo et se sont modifiés dans cette île de manière à présen- ter les caractères zoologiques et physiologiques d'une espèce nouvelle. M. Lataste nie cette importation en affirmant que des Lapins de même espèce se trouvent dans une île voisine de celle de Porto-Santo. Je dis alors : « Êtes-vous sûr que les Lapins d'une des îles n'ont pas été importés dans l'autre ? » Et mon adversaire me répond : « Vous faites une insinuation hypothétique. » Qui de nous deux fait une objection, qui fait une hypothèse ? On voudra bien remarquer, en outre, que M. Lataste se sert de son opinion pour généraliser la thèse de la fixité des espèces, tandis que je laisse provisoirement de côté l'histoire de Porto-Santo, comme ne correspondant pas à une donnée scientifique rigoureuse. Plus loin, l'auteur parle de la variabilité illimitée et de la fixité indéfinie du type spécifique. Ces expressions permettent à M. Lataste de n'accepter ni l'un ni l'autre de ces ternies ; il a raison, mais c'est lui-même qui apporte là ces adjectifs superflus. Le parallèle avec la notion malhémaiique de quan- tités susceptibles de varier et même de croître sans jamais dépasser une limite finie, est un peu osé ; d'abord, parce qu'il s'agit de quaniilés mathématiques, et ensuite parce qu'il serait facile, et tout aussi hors de propos, de parler de quantités qui tendent vers l'infini. Je n'ai rien à objecter à la causerie relative aux généra- tions spontanées, aux Souris nées des vieux chiffons, etc. ; il ne semble pas que ces considérations anecdotiques aient été léguées à la science moderne pour la constitution des doc- trines biologiques, pas plus que les légendes mytholo- giques n'ont déterminé l'idée transformiste. .Le défi principal de M. Lataste mérite surtout l'attention. « Que M. Remy Saint -Loup nous montre, par exemple, )) des séries d'intermédiaires reliant le Lièvre aux Lapins » sauvage ou domestique, trois formes cependant assez voi- )) sines ? » C'est précisément ce que je suis en mesure de montrer, c'est le résultat d'une étude dont les conclusions ont été présentées à l'Académie des Sciences (1) sous le titre « De (1j Comptes rendus de l'Académie des Sciences, novembre 1893. A PROPOS DE LAPINS. 7 la continuité craniologique sériale dans le genre Lppns ». Il est nécessaire d'établir auparavant certains faits qui sont du domaine de l'expérience et contre la réalité desquels il est impossible de s'insurger. Ces faits, dans le cas actuel, peu- vent se résumer dans les formules suivantes : La couleur de la robe chez les mammifères du genre Lepus n'est pas un caractère spécifique. En effet, chez les Lajiins domestiques qui sont, chacun le sait, de même espèce physio- logique, les colorations de la robe sont dues à la réunion sur un même poil, ou à la séparation sur des poils différents, d'un élément colorant jaune fauve et d'un élément colorant noir. Certains poils sont en totalité ou en partie dépourvus d'éléments colorants, ils sont blancs. Suivant que les taches noires, fauves ou blanches sont disposées d'une manière uni- forme, en mélange ou isolément, nous avons des Lapins gris, des Lapins jaunes, des Lapins noirs, des Lapins blancs et toutes les nuances intermédiaires entre celles-ci. Il arrive aussi que le même animal peut présenter un groupement des éléments colorants qui sont disposés comme chez le Cochon d'Inde en taches noires, en taches blanches et en taches jaunes. Par conséquent, puisque chez les Lapins domestiques qui, à tous autres égards, ont des caractères de similitudes, toutes les nuances de la robe se rencontrent, il n'y a pas heu de les diviser en espèces diverses en vertu de leur coloration, on dira donc qu'ils présentent des variétés diversement colorées. De même, pour les Lapins de garenne, les nuances sont variables; il y en a de gris, de noirs, presque semblables au Lapin argenté, de fauves, de blancs, etc. Ici la couleur de la robe n'est pas non plus un caractère spécifique. De même chez les Lièvres, non seulement les nuances sont variables, mais encore cette variabilité s'observe sur un même animal au cours de son existence. Par conséquent, ni chez les Lapins domestiques, ni chez les Lapins sauvages, ni chez les Lièvres, la couleur ne peut être invoquée pour autre chose, que pour la distinction des va- riétés . Peut-on étabhr une distinction spécifique zootaxique parmi les Lapins domestiques en vertu de leurs différences de formes extérieures? Tout ce que l'on peut dire, c'est que les uns sont gros, les autres petits; les uns ressemblent de loin à 8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. un Lièvre, les autres à un Lapin de garenne. Il n'y a là aucun caractère rigoureux, gros et petits Lapins domesti- ques sont des variétés du Lapin domestique. Les uns ont les oreilles très longues, les autres les oreilles courtes, jamais cependant on ne songera à leur retirer leur qualité de Lapin domestique en vertu du degré de longueur de leurs oreilles. Il faut donc cherclier des caractères plus nets pour arriver à la distinction zootaxique spécifique et jamais la couleur du pelage et le volume du corps et la longueur des oreilles ne pourront suffire à une classification pour se prononcer avec certitude. Cela est si vrai que lorsque j'ai voulu chercher de près quels étaient les caractères permettant de distinguer un Lièvre et un Lapin domestique ou de garenne, j'ai dû étudier les organes et principalement le squelette. Cette étude a été exposée précédemment, je n'ai pas à y revenir. J'ai montré que d'une manière générale tous les os sont relativement plus longs chez le Lièvre que chez le Lapin domestique et le La- pin de garenne, ce qui n'empêche pas de rencontrer les va- riations individuelles qui montrent que des degrés existent entre ces états diflterents. Mais ce qui m'a paru surtout re- marquable, c'est que chez tous les Lapins communs domes- tiques de France la face palatine du crâne a le même aspect ; chez la majorité des Lapins de garenne de France la face pa- latine du crâne a un aspect commun, différent du premier, chez tous les Lièvres de France enfin la même partie du crâne diffère de celle des Lapins sauvages ou domestiques. Cette distinction très nette, précisée par des mensurations, m'a donc permis de reconnaître trois types évidents pour les animaux de France, un type Lièvre, un type Lapin domes- tique et un type Lapin de garenne et, par conséquent, trois espèces au gré des classificateurs. Mais une enquête plus étendue, comprenant l'examen de crâne d'animaux du genre Lepus qui provenaient d'autres régions du globe, a sup- primé la séparation de classement. Certains crânes exotiques étaient conformés de telle manière qu'ils établissaient toutes les transitions désirables et qu'ainsi j'obtenais une série con- tinue où il était bien possible de reconnaître en certains points un Lièvre de France, un Lapin de garenne et un Lapin domestique, mais, en d'autres points, il était absolument impossible de dire à quel type appartenait le crâne. Par con- séquent, si après avoir recherché quel est le caractère qui se- A PI'vOPOS DE LAPINS. 9 pare le mieux les trois types je montre que ce caractère distinctif est lui-même sans valeur absolue, je crois pouvoir dire qu'il s'agit d'un groupe d'animaux dont les individus présentent des différences graduelles, que le groupe n'en est pas moins homogène et sans discontinuités. D'ailleurs, les zoologistes classificateurs eux-mêmes citent parmi les animaux du genre Lepus des individus tels qiCils semblent établir le cliainon entre le Lièvre et le Lapin. Mais ce qui rend surtout ces faits intéressants, c'est qu'ils permettent de constater que dans une série d'individus cons- tituant une chaîne continue, paraissant ainsi avoir une origine commune, il peut se trouver des types incompatibles physio- logiquement les uns avec les autres et qui se présentent ainsi comme des sources d'espèces physiologiques distinctes et, par conséquent, nouvelles. J'apporte ici ces faits et ces idées à l'appui d'une thèse de la formation des espèces par la division des groupes homogènes en éléments modifiés qui deviennent chefs de file de nouveaux groupes. Ces nouveaux groupes pa- raissent hétérogènes par rapport à ceux du centre principal, mais ils se sont formés, en général, par dislocation de la masse centrale et non par croisement d'espèces primitive- ment isolées. En d'autres termes, j'admets que les nombreux types de lièvre que les classificateurs se plaisent à reconnaître et à dis- tinguer en espèces, quelquefois en vertu de la couleur plus ou moins grise de la croupe ou plus ou moins noire de la queue, que ces types dérivent d'un type ancestral commun. Ceci est une hypothèse, je ne le dissimule pas, mais elle se soutient, et c'est là l'important tant qu'une autre hypothèse ne sera pas mieux fondée. De même, les nombreuses espèces de Lapins sauvages peuvent être considérées comme diffé- renciées par ségrégation hors d'une souche ancestrale com- mune. De plus, les Lapins domestiques dérivent sans doute de plusieurs types de Lapins sauvages ou de Lièvres sau- vages domestiqués en difiérents points du globe. Enfin, Lièvres, Lapins domestiques et Lapins sauvages, séparés actuellement par des caractères spéciaux, sont unis actuellement par des types intermédiaires, et selon toute pro- babihté dérivent d'une souche commune unique. {A suivre.) ÉDUCATIONS D'ANIMAUX FAITES AU PARC DE S'GRAVELAND PRÈS d'amsterdam (pays-bas) Par m. F.-E. BLAAUW. Mon cher Président, Je crois qu'en 1892 j'ai oublié de vous donner la liste an- nuelle des animaux qui ont reproduit dans mon parc. Je ne Yais pas retomber dans cette faute cette année-ci, ayant obtenu des reproductions d'un grand intérêt. Catoblepas Gnu. — Ces belles Antilopes continuent à re- produire ici avec une régularité parfaite et le quatorzième jeune est né dans mon parc au mois de juillet [)assé. Si j'avais gardé tous ces produits, j'aurais peut-être à présent un troupeau aussi, ou plus nombreux que le dernier petit troupeau de ces animaux qui, à cette heure, représente l'es- pèce « Wildebeest », dans l'Afrique australe et qui doit la continuité de son existence à la protection du propriétaire du terrain où ils promènent leurs formes étranges. Espérons que ce propriétaire ne changera pas d'idées, car le Wildebeest aurait bientôt disparu, comme l'est probable- ment, dès à présent, son ami de pâturage, le Quagga. Mon petit troupeau qui, habituellement, se compose d'un mâle adulte et de trois femelles avec leurs jeunes, vit généra- lement en bonne harmonie. La vieille mère seule a à souffrir quelquefois et souvent il faut la séparer du reste de la famille qu'elle n'égale pas en vigueur s'il faut se battre. Cet^vulus Reevesi. — Dans le commencement, j'ai eu quelques pertes de jeunes, mais, depuis deux ans que les adultes sont bien acclimatés et habitués à leur parc, les re- productions marchent bien et les jeunes s'élèvent sans dif- ficulté. . Habnaturus Beymetti. — Je ne sais au juste le nombre de jeunes qui sont nés ici depuis bientôt six ans, mais je sais que les naissances se succèdent sans interruiition et que les pertes sont à peu près nulles. ÉDUCATIONS D'ANIMAUX AU PARC DE S^ÔRAVELAND. W ■ Le parc est composé d'un petit bois bien abrité et d'un es- pace gazonné. ; On leur donne de la nourriture dans une cabane toujours ouverte, hiver comme été ; pour le reste, on ne s'en oc- cupe pas. Rhea Americana. — Cette espèce encore est parfaitement acclimatée ici. Tous les ans, j'ai une ou deux couvées et les jeunes s'élèvent sans difficulté, par tous les temps. Je n'ai pas réussi à me former un troupeau de Nandous blancs. Le beau mâle, blanc comme la neige, accouplé à une femelle grise, allait couver en 1892, quand quelques jours avant de se mettre définitivement sur les œufs il fut atteint d'une inflammation de l'œil qui d'abord l'empêcha de couver con- venablement, puis, s'aggravant, finit par le tuer. Je mis les œufs abandonnés sous un autre mâle qui couvait déjà ; deux œufs vinrent à bien et les jeunes s'élevèrent parfaitement. J'aurais été très satisfait de ce résultat si les jeunes avaient été blancs; mais le seul héritage de leur père sous ce rap- port est un ongle blanc, chez l'un, et deux plumes blanches sur la tête chez l'autre. Reste à savoir si, parmi leurs pro- duits que je compte obtenir l'an prochain, la livrée blanche reparaîtra ! Deux autres Nandous blancs , nés chez notre confrère M. Pays-Mellier, ne vécurent pas. Toute mon espérance d'en obtenir encore est donc basée sur les produits du Nandou blanc, mentionné plus haut. Rfiea Darwi7ii. — Après bien des années d'essais infruc- tueux, j'ai enfin réussi à obtenir la reproduction de ces beaux et rares oiseaux. J'ai commencé mes essais avec un vieux mâle boiteux, un des restes de la belle collection d'animaux de mon ami re- gretté, Joseph Cornély, et j'ai été plusieurs années sans pou- voir en avoir d'autres. Enfin, petit à petit, un troupeau de sept têtes s'est formé dans mon parc et en 1892, pour la pre- mière fois, j'ai obtenu des œufs. Ces œufs, un peu plus petits que ceux du Nandou ordinaire, sont très brillants et d'un vert jaunâtre quand ils sont frais pondus. J'avais donc des œufs, mais comme aucun mâle ne voulut couver, le ré- sultat définitif n'a pas été obtenu. Dans le courant de 1892, je perdis plusieurs de mes Nan- dous et au printemps de 1893 il ne me restait que le vieux 12 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. mâle boiteux, un jeune mâle et une femelle qui devenait adulte. Après toutes ces pertes, je n'avais plus beaucoup d'espoir d'obtenir des reproductions, quand un des derniers jours du mois d'avril, j'eus la surprise de trouver un bel œuf vert jaune abandonné dans le parc. Comme je ne pus découvrir de nid, j'en fis un dans un endroit qui me parut convenable et j'y déposai l'œuf. Cet endroit parut aussi convenable à l'auteur de l'œuf, car le second jour après la ponte du premier, un second œuf fut pondu dans le nid, à côté du premier. Depuis, on observa l'accouplement des oiseaux et on constata à mon grand étonnement que le mâle était le vieux boiteux depuis au moins treize ans en captivité, à Beaujardin d'abord, au Jardin d'Acclimatation de Paris ensuite et chez moi plus tard. La ponte continua tous les deux jours et quand sept œufs furent dans le nid, le mâle se mit à couver avec assiduité. La femelle eut encore trois œufs, après quoi la ponte cessa. Le trente-neuvième jour de l'incubation, je fus agréable- ment surpris par la vue d'une petite tète qui regardait cu- rieusement par dessous l'aile du père, et quand le lendemain le mâle se leva, il fut suivi par trois jeunes. Ces jeunes se distinguent, au premier abord, des jeunes du Nandou ordinaire, par la couleur. Le duvet, au lieu d'être brun et jaune, est noir et blanc et beaucoup plus touffu que chez de jeunes Rhea Americana et comme velouté. Les pattes sont noires et le duvet blanc des jambes descend jusqu'au dessous du genou ou, pour dire plus juste, jusqu'à un tiers des tarses exactement comme chez les adultes de cette espèce. Si donc on lit habituellement dans les livres traitant de cette espèce d'oiseaux, que chez les Poussins nouveau-nés ce duvet descendait jusqu'aux doigts pour disparaître plus tard par l'usure, c'est le résultat d'une erreur. Les petits Nandous de Darwin se distinguent aussi de leurs congénères de la république Argentine par leur manière de se tenir quand ils courent. ''"' Les Rhea Americana portent la tête et le cou relevés, les Rhea Darwini, au contraire, tendent le cou et la tête en avant. ÉDUCATIONS D'ANIMAUX AU PARC DE S'GRAVELAND. 13 Cette manière de se tenir est aussi propre aux adultes. Le nid fut examiné après que le mâle l'eût quitté. Il con- tenait trois œufs avec des embryons morts et complètement décomposés et quatre œufs tellement corrompus qu'il était impossible de voir s'ils avaient été fécondés ou non. La cou- leur vert jaune des coquilles s'était transformée chez quel- ques-uns de ces œufs en blanc verdàtre et même bleuâtre, tandis que d'autres avaient à peu près conservé leur couleur primitive, mais avaient perdu leur brillant. Je crois que la sécheresse et la chaleur excessive, que les Nandous de Darwin supportent mal, ont eu une mauvaise influence sur l'éclosion des œufs. Après une quinzaine de jours, le noir et blanc de la pre- mière livrée des jeunes commença à se faner, le noir devint moins velouté et le blanc moins pur, et à l'âge d'un mois environ, le noir devint brun gris et le blanc grisâtre. Les plumes apparurent alors et, à présent, à l'âge de quatre mois et demi ils ont un plumage gris, beaucoup plus foncé et beaucoup plus touffu que ne l'ont les Nandous ordi- naires à cet âge. A en juger par de jeunes Nandous de Dar- win importés que j'ai observés, les plumes brunes tachées de blanc feront leur apparition au mois de janvier ou février prochain. Les Nandous de Darwin se recommandent par leur rare beauté, surtout immédiatement après la mue, quand le plu-; mage est comme couvert de flocons de neige par les taches d'un blanc brillant qui tranchent admirablement sur le plu- mage brun. Ils se recommandent aussi par leur grande dou- ceur et par leur familiarité qui rendent possible de leur ac- corder une parfaite liberté. Par contre, ils sont beaucoup plus délicats que les Nan- dous ordinaires, craignant les trop grandes chaleurs et de- mandant surtout des soins spéciaux pour leur nourriture. Ils ne craignent pas le froid et l'humidité. Griis viridirostris. — Ma paire de Grues de Montigny qui avait joué la comédie de la reproduction en 1891, s'est mise à l'œuvre sérieusement en 1892 (1), La femelle pondit deux œufs dans un nid composé de quelques brins d'herbe tout près de l'eau. (1) La reproduction de celte belle espèce a été obtenue pendant plusieurs années consécutives à la ménagerie du Muséum. 14 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Après trente jours (rincnbation par le mâle et la femelle à tour de rôle, deux jeunes naquirent qui après un jour de repos suivirent les parents dans leurs promenades non seu- lement à travers le parc, mais dans l'eau. En effet, deux jours après leur naissance, je les vis accompagner leurs parents dans l'eau nageant comme de petits Canards. . La sollicitude de ces deux grandes Grues blanches pour ces infiniment petites créatures brunes était remarquable à voir, à chaque instant elles leur tendaient délicatement du bout du bec des vers, etc., que les petits parvinrent à saisir difficilement d'abord, puis toujours avec plus d'adresse. A làge de dix jours environ, les jeunes à mon grand cha- grin donnèrent des signes d'oppression, ayant pris froid pro- bablement, et après quelques jours de souffrances ils mou- rurent l'un après l'autre au grand désespoir de leurs parents, qui, par de grands cris, firent part de leur perte irréparable et qui tentèrent pendant plusieurs heures des efi"orts inutiles pour rappeler à la vie leur dernier petit. Contrairement à ce que font beaucoup d'autres oiseaux qui abandonnent tout de suite leurs jeunes quand ils sont morts, ces Grues s'accroupirent sur le petit mort, le palpant du bec et tâchant de le relever. En 1893, la ponte n'a été que d'un œuf, qui après trente jours d'incubation a donné naissance à un jeune. Ce jeune a vécu un peu plus longtemps que les deux en 1892, mais est mort, hélas ! de la même maladie. L'an prochain, si je réussis encore à avoir des jeunes, j'ai l'intention de rentrer chaque soir toute la" famille dès l'é- closion. Les Grues pourtant ont l'habitude de se retirer le soir au bord de l'eau, mais chaque fois que le mâle, qui se tient debout en sentinelle pendant la nuit câ côté de la femelle qui couvre les jeunes, juge à propos de l'alarmer, elle se lève, exposant ainsi ses petits au froid et à l'humidité des nuits encore froides à cette époque du printemps. Les petits, je n'en doute pas, prennent froid ainsi, et meurent des suites d'un refroi- dissement. En les enfermant la nuit, j'espère remédier à cet état de choses. Les petites Grues ont une manière curieuse de se ré- chauffer sous, ou pour dire plus justement, sur la mère. Quand la femelle est accroupie, les jeunes se faufilent ÉDUCATIONS D'ANIMAUX AU PARC DE .S'GRAVELAND. 15 entre les plumes noires frisées qui forment les couvertures ailaires, puis, avançant toujours plus, finissent par se trouver entre le dos et l'aile, chacun des deux, petits occupant un côté. Quand il y a deux œufs qui éclosent à deux jours de dis- tance, le mâle s'occupe du premier petit éclos tandis que la mère reste sur le second œuf. Une fois les deux petits éclos et bien fortifiés, le père aide à les nourrir, mais ne les couvre pas. Aramides ypccaha. — Ces beaux grands Râles, de la taille d'une petite poule, originaires de la République Argen- tine, ont pleinement répondu à mon attente. Une paire de ces oiseaux que je lâchai dans une volière assez spacieuse et où il y a un petit rocher m'étonna tout d'abord par les concerts déchirants et extraordinaires qu'ils s'évertuaient à donner plusieurs fois par jour. Bientôt le mâle s'occupa à construire un nid au sommet du rocher avec de la paille et de l'herbe qu'il arracha avec les racines à grandes becquées. Ce nid n'était autre chose qu'un tas peu élevé des maté- riaux mentionnés plus haut, avec un creux au milieu — et fut complètement construit par le mâle. Jamais je n'ai vu la femelle prendre la moindre part au travail. Une dizaine de jours après que le nid fut prêt, j'y obser- vai la femelle, et le lendemain j'y trouvai un œuf à coquille blanc jaunâtre avec taches et traits l'ouges sang ou bru- nâtres. La ponte continua et quand les quatre œufs furent pondus l'incubation commença. , Les deux parents couvèrent à tour de rôle, mais le mâle tenait le nid presque toujours pendant le jour. Si on le sur- prenait, il l'abandonnait tout de suite, accourant avec fureur pour combattre, et ses coups de bec n'étaient pas sans danger. Si on surprenait la femelle, au contraire, celle-ci tâchait de s'éloigner clandestinement dès qu'on détournait les yeux, et si on la fixait de nouveau avant qu'elle ait pu disparaître comi)lètement, elle restait immobile dans la position où elle se trouvait alors. A mesure que l'époque de l'éclosion ap- procha les oiseaux se dérangèrent moins facilement, et le vingt et unième jour enfin, les quatre œufs donnèrent nais- sance à quatre petits qu'on trouva le lendemain descendus de re REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES leur rocher se promenant gaîment au soleil sous la garde de leurs parents. Ces petits avaient un duvet couleur chocolat devenant complètement noir sur le dos et le derrière du corps et plus clair à la tète et au cou. Les yeux, le bec et la tète étaient noirs, les bestioles étaient d'une activité surprenante, et si on s'approchait de la petite famille, un cri strident de la mère suffisait pour les faire disparaître dans quelques se- condes parmi les pierres du rocher. Le soir, tout le monde remontait au sommet du rocher, le père avec les jeunes sous lui dans le nid, la femelle à côté. C'était donc justement le contraire de ce que faisaient les Grues. Les deux parents nourrissaient les jeunes du bec absolu- ment comme le font les Grues et grâce à leurs soins les petits se développèrent avec une grande rapidité. Le cou et les pattes surtout s'allongèrent comme par enchantement et à l'âge de trois semaines environ, ils étaient tout à fait extraor- dinaires, avec de petits corps montés sur de longues jambes à doigts effilés qui avaient déjà presque tout leur dévelop- pement. Les plumes apparurent bientôt et ce premier plumage ne différait de celui des parents que par des teintes encore plus douces formant un ensemble d'une grande beauté. A quatre semaines, ils avaient toute leur taille et peu de semaines après, le second plumage fit son apparition en même temps que les pattes noires devinrent roses ; l'iris devint rouge et le bec vert, à front orangé et jaune. Depuis long- temps rien ne les distingue plus des parents. - Ces Râles non seulement présentent par leurs mœurs un grand intérêt, mais de plus ils sont très utiles comme des- tructeurs des souris qu'ils attrapent avec une grande adresse et dévorent en entier après les avoir tués par quelques coups de bec formidables sur la tête. La volière, par les pierres de son rocher, avait, jusqu'à l'ar- rivée des Râles, été un repaire inattaquable de ces petits ron- geurs qui pullulaient tout à leur aise. Je crois qu'une quin- zaine s'était à peine écoulée, depuis l'installation de nos oiseaux, que tous avaient disparu. Chauna Chavaria. — Quoique je n'aie pas encore réussi à obtenir la reproduction des Kamichis, je ne puis m'empôcher de faire mention de ces oiseaux intelligents. ÉDUCATIONS D'ANIMAUX AU PARC DE S'GRAVELAND. 17 On peut les laisser en complète liberté. Ils se rendront utiles en broutant les mauvaises herbes des pelouses et amu- sent par leur gravité extraordinaire, leur chant en duo et les caresses amicales qu'ils se prodiguent chaque fois qu'ils s'approchent l'un de l'autre. Si on les renferme le soir dans une cabane, ce qui n'est pas inutile quand le temps est froid, ils s'y rendent tout seuls à l'heure fixe absolument comme le ferait une poule de ferme. Ces oiseaux ont une manie de per- cher, et le moindre arbrisseau à cime arrondie, une touffe de hautes herbes même, suffit pour les attirer et longuement ils se balancent sur ces points d'appuis peu stables pour leurs doigts extraordinaires, dans un équilibre laissant beaucoup à désirer et qui doit être corrigé à chaque instant par un coup d'aile à droite ou à gauche. Bernicla riilndiceps. — Ces jolies Bernaches continuent à reproduire avec une régularité parfaite et s'élèvent sans au- cune difficulté. Bernicla poliocepliala. — Ces magnifiques oiseaux quoique reproduisant bien, se montrent plus délicats que les précé- dents, et c'est surtout quand le premier plumage est remplacé par la livrée des adultes qu'il faut les préserver du froid. Bernicla Magellanica — Bernicla dispar — Cereopsis Novœ-HoUandiœ. — Tous ces animaux se reproduisent ici et sont élevés sans difficulté. Somateria moUissima. — H y a deux ans que je reçus mon mâle canard Eider. Il était jeune alors et son plumage brun avait peu d'attraits. Le premier hiver il ne prit pas sa couleur, quelques plumes blanches à la poitrine seulement, laissaient deviner le sexe. A la fin du mois d'août de 1892, l'oiseau endossa pour la pre- mière fois son plumage d'adulte, c'est-à-dire qu'à cette époque les plumes commencèrent à se colorer, car c'est surtout par un changement de couleur des plumes et un peu par la mue des plumes mêmes, que son changement de plumage a lieu. Les teintes du plumage de l'Eider en habit de noce étant très délicates, j'avais craint que la captivité n'empêchât leur com- plet développement; je fus donc agréablement surpris de voir apparaître l'une après l'autre toutes ces belles couleurs si délicates et si harmonieuses. Après le blanc du dos apparu- rent le noir du ventre et des côtés, puis le rose de la poitrine,' 5 Janvier 1894. 2 18 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. puis le noir velouté de la tête et enfin le vert qui rappelle la couleur des glaciers de son pays natal fit son apparition à la naissance de la nuque. L'Eider ainsi paré est un oiseau vrai- ment magnifique. Il a aussi un cri sonore et sauvage qui n'est pas sans harmonie. ff-inf-ii, Une année après l'arrivée du mâle j'eus la chance d'ob- tenir une femelle qui, elle aussi, se porte à merveille. Les deux oiseaux sont d'une grande familiarité et dès que je m'approche de l'étang ils arrivent tous les deux pour men- dier un morceau de pain blanc. Ces oiseaux ne sont pas difficiles à nourrir : du pain, du poisson coupé en morceaux et du blé-sarrasin forment avec ce qu'ils trouvent en i)longeant au fond de l'étang et des len- tilles d'eau une alimentation qui parait tout à fait leur con- venir. J'ai grand espoir d'obtenir leur reproduction l'an prochain. Je n'ai pas eu de résultat cette année de mes Cygnes à cou noir et Cygnes noirs Lf Australie . Callipepla Gambeli. — Je reçus deux paires de ces Colins magnifiques pendant l'hiver 1892-1893. Peu de temps après l'arrivée, une des deux femelles qui avait beaucoup souffert du froid pendant le voyage, mourut d'inflammation des intes- tins. Les trois autres passèrent bien l'hiver dans un local à l'abri de la gelée et le printemps venu je lâchai la femelle avec un des deux mâles dans une grande volière en plein air. Quelques semaines plus tard on trouva un œuf brisé, par terre, puis de deux autres intacts dans le gazon. Deux jours après la femelle atteinte de paralysie ne pou- vait faire un pas. Elle fut retirée de la volière et soignée dans une cage et, à mon grand étonnement, se remit par- faitement. Le] mâle qui n'avait cessé d'appeler sa compagne fut tout joyeux de se la lui voir rendre et bientôt après la ponte re- commença, dans un nid cette fois pratiqué dans une petite botte de foin placée sur une planche à dix pieds de terre. La ponte continua sans accident et l'incubation commença sur onze œufs comme cela fut constaté plus tard. Trois semaines après, par un de ces beaux jours que l'été de 1893 nous a prodigués, je trouvai la femelle sur la pelouse avecljsept petits poussins qui avaient tout simplement sauté en bas de leur nid sans se faire le moindre mal. ÉDUCATIONS D'ANIMAUX AU PARC DE S'GRAVEL.iND. 19 Ces petits, huppés dès leur naissance, et pas beaucoup plus gros que des hannetons, entouraient et suivaient la mère avec l'agilité de petites souris. La mère, très sauvage jusqu'à cette époque, avait mis de côté toute crainte maintenant qu'elle se voyait entourée d'une si belle famille, et ses petits yeux noirs regardaient avec une expression de hardiesse et de fierté admirables à voir. La petite famille par terre, j'allai examiner le nid; là, une nouvelle surprise m'attendait. Les petits si agiles de suite après l'éclosion ne l'avaient pas été moins pendant l'éclo- sion même, car ils avaient trouvé moyen de sortir de leur coquille sans la briser pour ainsi dire. Au premier abord les œufs paraissaient intacts, puis en les regardant de près, je vis que chaque œuf avait une fente cir- culaire au gros bout. Cette fente complètement circulaire pour la coquille ne l'était pas tout à fait pour la mem])rane, de telle sorte qu'un couvercle mobile à charnière était formé et les petits avaient quitté leur prison tout simplement en levant le couvercle qui après leur passage s'était refermé. En outre de ces sept coquilles, le nid contenait encore quatre œufs non fécondés ou avec des embryons morts. Ces sept petits Colins, sous la conduite de leurs parents, grandirent rapidement, et peu de jours après leur naissance' ils étaient en état de voler et en même temps que les ailes leur poussaient, le reste de leur petit corps se couvrait de plumes gris brun clair. Ils pouvaient avoir une vingtaine de jours au plus quand un matin, par accident, la porte de la volière n'étant pas bien fermée, deux petits prirent la clef des champs et dispa- rurent. Toutes les recherches furent inutiles et je les crus perdus. Ce qui pourtant me laissa conserver quelque espoir, ce furent les appels périodiques de la mère, qui sans doute ayant compté son petit troupeau et ayant constaté l'absence de deux poussins tâchait de les faire revenir. Tout le jour se passa et impossible de trouver de traces des fugitifs. Le soir venu, la Coline se mit à appeler avec plus de vigueur et beaucoup plus souvent. Je me cachai à quel- que distance et bientôt je vis accourir sur un nouvel cri de la mère quelque chose de gris sortant des buissons du voisi- nage. C'était un des enfants perdus bientôt suivi par le se- cond et tous deux firent de leur mieux pour rentrer dans la 20 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. volière. Une cage ouverte fut placée sur leur chemin, ils y entrèrent et furent pris. Rendus à la mère, ils furent cachés bien vite sous ses ailes et le lendemain l'escapade était ou-- bliée ! La petite famille s'éleva sans subir de perte et, à la fin de septembre, la mue étant terminée , les jeunes avaient acquis les belles couleurs et la taille de leurs parents. Le mâle est remarquable par un cri qui ressemble à celui d'un petit oiseau de proie et, en outre, les deux sexes ont un cri d'appel formé de quatre sj'llabes. Ces Colins perchent beaucoup et ne viennent à terre que pour manger et se poudrer dans le sable. Rhinochetus jubatus. — Ma paire de Cagous a pondu au printemps de 1892. La femelle avait déposé son œuf sous un Thuya, dans une dépression du sol. Le mâle et la femelle, mais surtout la femelle, ont couvé cet œuf pendant dix jours, puis l'ont abandonné. L'œuf n'était pas fécondé. Malheureu- sement peu de temps après la femelle est tombée malade et est morte et depuis je n'ai pu réussira la remplacer. Le mâle vit encore et tous les matins au lever du soleil il fait précé- der son chant habituel par des appels énergiques qui ont sans doute pour but d'attirer une femelle, car quand il chan- tait du vivant de sa compagne, ces appels ne précédaient pas son chant. J'espère bien que je finirai par lui procurer une nouvelle épouse et qu'ils reproduiront, car ce n'est qu'alors qu'ils fourniront l'occasion d'étudier complètement leurs mœurs. PocpJiila mirahilis. — .T'ai en ce moment deux jeunes, venus d'oiseaux nés chez moi en 1891 et une seconde nichée est en train. Puisque je parle de passereaux je veux faire mention de la reproduction dans une de mes volières d'une paire de Bruants jaunes d'Europe [Emljeriza citrinella). Le nid fut construit par terre dans les hautes herbes, sous un petit Houx, et était composé de brindilles de foin, de petites racines et de quelques plumes (une ou deux seule- ment). Un jeune fut élevé jusqu'au moment où il allait pro- bablement sortir du nid, puis abandonné par les parents qui firent une nouvelle ponte dans un autre nid. Cette seconde couvée fut dérangée par d'autres oiseaux. II. EXTRAITS DES PROCÈS-VRRBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. SÉANCE GENERALE DU 8 DECEMBRE 1893. PRÉSIDENCE DE M. A. GEOFFROY SAINT-IIILAIRE, PRÉSIDENT. M. le Président prononce l'allocution suivante : « Messieurs, » Nous ouvrons aujourd'hui la quarante et unième session des séances de la Société nationale d'Acclimatation. » J'ai eu l'occasion, dans d'autres circonstances, de vous dire combien, depuis la fondation de notre association, les idées d'application des sciences naturelles avaient fait de progrès. » L'acclimatation et la naturalisation des animaux et des plantes ont été combattues énergiquement, il y a quarante ans, et ce sera l'éternel honneur des hommes qui ont présidé à la fondation de notre Société d'avoir devancé le mouve- ment d'une incroyable intensité qui a porté les diverses con- trées du globe à échanger entre elles les produits naturels de leurs sols. » Quand la Société nationale d'Acclimatation a été fondée, des Associations analogues se sont formées partout, en Angle- terre, en Allemagne, en Australie, en Russie, et ce mouve- ment dure encore, car une lettre qui vous sera lue dans la correspondance annonce la création à Rio-Janeiro d'une nou- velle Société, sœur de la nôtre. » Ces diverses associations ont encouragé, soutenu, guidé le zèle de ceux qui importaient et exportaient dans le but d'acclimater. » Que d'elTorts, Messieurs, quelle ardeur! Sans doute, bien des échecs ont été constatés, mais aussi combien de succès ! » Pour apprécier les résultats acquis dans le court espace de temps qui nous sépare du début de ces essais, c'est-à-dire en quarante années, il n'est pas besoin d'entrer dans le dé- tail ; il suffit de jeter un coup-d'œil sur les mercuriales des marchés du monde entier, ou sur les produits que les difle- rents pays nous présentent dans les expositions universelles périodiques auxquelles nous assistons. 2a REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. » Nous pouvons ainsi constater les introductions, les natu- ralisations de toutes sortes dont les pays les plus divers se sont enrichis. » Ce mouvement a pris une telle importance, les résultats ont été tels dans les pays d'outre-mer, que la richesse du vieux monde en est ébranlée, qu'elle est mise en péril par l'abondance des produits acclimatés que la marine de tous les pays jette incessamment, avec une activité toujours crois- sante, sur nos marchés encombrés. » Sans doute l'Europe a reçu en échange des espèces inté- ressantes, mais au point de vue de la richesse publique, les conquêtes que nous avons faites sont peu de chose auprès de ce que nous avons donné. » Il faudra quelque jour écrire l'histoire Le chiffre des naissances s'est e'ieve' à 693 » Jusqu'au l'^'"' novembre, j'ai constate la mort de 396 alevins ; il devait donc en rester 297 mais, en les comptant, je nen trouve que 211 » J'en conclus que la différence 86 repre'scnle ceux qui sont devenus la proie de leurs compagnons. » La mortalité' a été grande surtout les 18 et 19 mai et du 15 au 23 juin. » Parmi ces poissons qui n'ont guère plus de six mois, il en est plu- sieurs dont la croissance est remarquable, l'un d'eux mesure 0*^,125 de long, G", 025 de haut et 0'",013 d'épaisseur. » Après avoir place 400 de mes belles Truites (des lacs, saumon- nées, d'Ecosse et communes) dans un vaste bassin de la ville d'Amiens et 100 dans les prés à Bray-les-Mareuil, il m'en reste encore 500 ne'es au commencement de l'année 1892. Je les ai divisées en trois catégo- ries d'après leurs tailles ; les trois cinquièmes sont très fortes. » — Une demande d'œufs de Truite Arc-en-Ciel accompagne l'énoncé de ces résultats. — Une demande d'œufs de Truite est également faite par M. Kunztler, professeur à la Faculté des sciences de Bor- deaux. — M'"' la baronne de Poilly écrit à M. le Président pour lui dem.ander si des Moules, longues de 13 à 14 centimètres, qui vivent dans des étangs de ses propriétés, pourraient être uti- lisées pour la production des perles. 11 s'agit sans doute du bivalve appelé Anodonte ; M'"^ de Poillj' pourrait essayer du procédé chinois qui consiste à placer entre le manteau et la 30 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. coquille une petite figurine qui, à la longue, se recouvre d'une couche de nacre d'un agréable effet. — A signaler une nouvelle brochure de M. Mingaud. Elle est relative aux insectes nuisibles à la vigne. — Des renseignements sont fournis par M. Gennebias de Boissy relativement à la culture du Chrysanthème de Dal- matie. Notre correspondant nous dit qu' « il a fait de nom- breux essais et étudié avec soin les propriétés insecticides de cette plante préparée d'une manière spéciale ». M. de Boissy se met à la disposition des membres de la Société pour leur fournir des échantillons avec lesquels ils pourraient faire des expériences sur la qualité effective de ce nouveau produit. — Une lettre ayant trait à des observations sur les brouil- lards et les gelées de mai nous est venue aussi de M. Arbillot, instituteur. — M. le Gouverneur général de l'Algérie remercie M. le Président d'avoir fait savoir à l'administration du service de l'agriculture que la Société d'Acclimatation donnait des ré- compenses aux travaux méritants, et nous informe que des ordres ont été donnés dans le département d'Alger pour que les ayants droit soient signalés à la Société d'acclimatation. Il en est de môme pour le Comice agricole de Vienne qui, par la personne de son secrétaire, M. Rebouis, nous fait une communication analogue. — Une lettre, qui n'est pas absolument relative à des ques- tions d'acclimatation, nous est parvenue. Elle émane d'un des doyens de la Société d'Acclimatation, M. Brierre. Cette lettre est surtout remarquable par la finesse de l'écriture. Notre correspondant est arrivé, par un régime spécial, dont il ne donne pas la recette, à jouir, à quatre-vingt-deux ans, d'une santé parfaite et à pouvoir mériter, à cet âge, le prix de micro-calligraphie. Il offre de venir à Paris, si on le désire, pour donner une preuve absolument tangible et nette de sa bonne santé. Il parle de l'élixir de longue vie, mais, malheu- reusement, il n'en donne pas la formule. En même temps, M. Brierre envoie au président des tiges d'une Igname histo- rique qui aurait été plantée près de sa buanderie au moment de la prise de Pékin. — Une lettre de M"'^ la vicomtesse de Boislandry est en- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 3i voyée à M. le Président. Cette lettre contient des remercie- ments au sujet d'une médaille qui lui a été accordée au dernier concours d'aviculture. — Des comptes rendus de cheptels, sans intérêt spécial, sont adressés par MM. Bonvalot, Paul Blanclion, J. Hébert, Yicomte Antoine de Jessé-Charleval, E. Dautreville, Sassere, Bidault, Martel -Houzet, Godry, E. Paillard, G. Delaunay, H. Le Moyne et Goll. M. LE Président : La parole est à M. Jules Grisard pour la présentation d'ouvrages. M. Grisard : Son Excellence le Ministre des Affaires étran- gères de la République de l'Equateur, M. de Lizarzaburu, notre collègue, nous a fait parvenir, à titre de souvenir de confraternité, une carte détaillée, en plusieurs feuilles, de la république Equatorienne, accompagnée d'un important ou- vrage sur la géographie et la géologie de ce pays encore mal connu jusqu'ici. L'auteur, M. Théodore Wolf, a exé- cuté son travail avec l'appui du gouvernement, et les ren- seignements qu'il publie ont été empruntés à des sources officielles et soigneusement contrôlés. Cet ouvrage, conçu dans l'esprit de la géographie d'Elisée Reclus, renferme de nombreux renseignements sur la météorologie, la botanique et la zoologie de cette vaste région. Puis une monographie des cryptogames vasculaires de Quito et de ceux des autres provinces de l'Equateur décou- verts jusqu'à ce jour. L'auteur, M. Sodiro Aloïsio, a occupé, pendant vingt-trois ans, la chaire de botanique à l'Université centrale de l'Equateur. Jusqu'à lui, les cryptogames de la région équatoriale étaient d'autant moins connus que les forêts séculaires où ils se trouvent sont peu accessibles aux voyageurs. Consacrant tous ses instants de loisir et ses vacances à cette étude, M. Sodiro est parvenu à déterminer un grand nombre d'espèces nouvelles. Il a donc rendu à la science un véritable service en ]mbliant cette monographie. Je vous signalerai encore, parmi les publications reçues, les Annales de V Institut liotanico-géologique, de Marseille, publiées sous la direction du professeur Edouard Heckel. Cette première partie renferme un mémoire très intéressant déjà longuement analysé dans la Revue sur les Colas afri- cains. (Voyez 2° semestre 1893, p. 191.) •\-j 32 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Un deuxième mémoire sur le beurre et le pain d'O'Dika du Gabon-Congo, mémoire publié d'abord dans la Revue des sciences naturelles. Enfin, je dépose sur le Bureau toute une collection de do- cuments envoyés par M. Van Eeden, directeur du musée colonial de Harlem. Ce sont les rapports consulaires publiés par le gouvernement hollandais. — M. LE Président dépose sur le Bureau un volume in-é" offert à la Société par M'"« de Quatrefages de Bréau et par ses enfants. Ce livre est intitulé : A la mémoire de Jean- Louis- Armand de Quatrefages de Bréau. Il contient la biographie du regretté vice-président que la Société nationale d'Acclimatation a perdu en 1892. On y trouve la liste complète de ses travaux et les discours qui ont été prononcés sur sa tombe. Cette publication est illus- trée, elle contient un grand portrait de M. de Quatrefages et diverses planches d'un réel intérêt. M. le Président s'exprime ainsi: «Je suis assuré, Mes- sieurs, que vous voudrez tous prendre connaissance de cet intéressant volume dans lequel vous trouverez des rensei- gnements complets sur l'œuvre de celui qui a tenu dans notre Société une si grande place et nous laisse à tous de si vifs regrets. » Des remerciements ont été adressés à M™o de Quatrefages au nom de la Société. M. le Président présente ensuite à la Société : 1° Un livre intitulé : Traité pratique de V élevage de tous les Pigeons, dû à la collaboration de divers auteurs compé- tents et publié par M. Richard de Boeve (de Roubaix). 2° Un Guide colombophile contenant les gravures des types exacts de toutes les espèces de Pigeons voyageurs et de fantaisie, par M. Richard de Boeve (de Roubaix). Ces deux volumes intéresseront vivement les amateurs de Pigeons ; ils contiennent des renseignements précieux, et les figures, exécutées avec soin, permettent de reconnaître très exactement les diverses races. Ces documents seront certainement consultés par nos col- lègues avec le plus grand intérêt. 3° L'Annuaire de l'Institut impérial des colonies briian- 7ilques, année 1892, qui contient des renseignements statis-. PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 33 tiques sur le commerce et les ressources des colonies an- glaises. . ■ ., , • 4° Les Proceedings de VInstilut royal colonial, publiés à Londres. Ce volume renferme un grand nombre de docu- ments sur les introductions faites en diverses contrées et sur les produits des colonies. Nous devons ces deux livres importants à la bienveillance de Son Excellence lord Dufferin, duc d'Ava, ambassadeur de S. M. la reine d'Angleterre à Paris. Des remerciements ont été envoyés. M. le Président présente ensuite plusieurs publications pé- riodiques d'un intérêt réel pour la Société : le Tropical agri- culturist publié à Colombo, qui s'occupe de culture en même temps que de botanique, et, par conséquent, de tous les pro- duits utilisables. Ce recueil est publié à Ceylan. Nous avons obtenu de l'aire l'échange avec cette revue et elle nous par- viendra directement. Puis VAgricidlural Journal, du Cap de Bonne-Espérance, qui est rempli de documents importants, et qui sera pour nous une précieuse ressource pour puiser des documents qui paraîtront en extraits dans la Revue. îlnfin, une brochure publiée sur l'ensilage des aliments végétaux; et, d'autre part, une note de M. Boucher, intitulée Essais de classification des races gallines. Ce travail sera renvoyé à la 2'^ section. — M. MÉGNiN : J'ai l'honneur de déposer sur le bureau un ouvrage que je viens de publier sur la Médecine des Oiseaux. C'est un plan d'observations, d'études tant sur les oiseaux domestiques que sur les oiseaux sauvages. M. LE PnÉsiDiiNT : Nous vous remercions, et nous profitons de l'occasion pour vous féliciter tout haut de la nomination de membre de l'Académie de médecine qui a eu lieu cette semaine. C'est une grande joie pour nous de saluer la dis- tinction dont notre collègue a été l'objet. — M. LE BARON DE GuERNE présente à la Société une note qu'il a publiée avec M. Richard dans les comi)tes rendus de l'Académie des sciences, et qui est intéressante au point de vue de la pisciculture; cette note est intitulée : Sur la faune ichtyologique des lacs du Jura français. Les auteurs ont cherché à doser la quantité de matières vivantes qui se trou- 5 Janvier 1894. 3 34 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. - vent en suspension dans lés eaux d'un lac. C'est ce qu'on ap- pelle aujourd'hui, d'un mot venu d'Allemagne : le plancton. C'est de cela que se nourrissent, on peut dire exclusivement certains poissons pendant toute leur vie , quelques autres . pendant leur jeune âge. Les auteurs signalent la présence dans le plancton d'un Crustacé qui a été découvert il y a une vingtaine d'années dans l'estomac des Corégones habitant les profondeurs du lac de Constance, et auquel le professeur Leben a donné le nom de Bytothrephe, de deux mots grecs, paGoî, profondeur, et -cpoïTi, nourriture. M. de Guerne l'a trouvé dans le lac de Saint-Point, du Jura français, qui dépasse tous les autres en profondeur et en altitude. Ce i Bytothrephe pourrait parfaitement être introduit dans les r. îlacs français d'Annecy, du Bourget. — M. Grisard donne lecture de la communication de M. Lataste répondant à une note de M. Reray Saint-Loup : « Sur les modifications de l'espèce ». Ce travail paraîtra dans la Revue des Sciences naturelles appliquées. — M. LE Président donne la parole à M. le Secrétaire pour des observations au sujet de la précédente communication. M. Remy Saint-Loup débute ainsi : Messieurs, je regrette Infiniment que le débat soit engagé entre M. Lataste et moi, et cela pour plusieurs raisons, tout d'abord parce que mon adversaire n'est pas là pour soutenir ses idées, et ensuite parce que la tournure que prend cette discussion nous écarte vraiment beaucoup des questions d'acclimatation et des ques- tions pratiques. Je ne peux cependant, et pour la raison sui- vante, me dispenser de relever quelques-uns des passages du mémoire de M. Lataste. Si son mémoire devait s'adresser uniquement à des spécialistes, à des personnes qui connais- sent les controverses de la philosophie zoologique, je crois que je n'aurais pas besoin de le réfuter, mais il serait regret- table de laisser répandre des doctrines qui peuvent être contestées, sans soutenir les idées contraires. La suite de cette réplique paraîtra dans la Revue. M. Remy Saint -Loup montre à l'appui de son argumen- tation une série de crânes de Lièvres et de crânes de Lapins rangés dans l'ordre des transitions insensibles, et conclut à la continuité des formes reliant des individus considérés comme espèces différentes. PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 35 — M. le professeur Léon Vaillant fait l'objection suivante: Je ne crois pas que l'on puisse déterminer une espèce sur un seul caractère ; les crânes dont vous nous montrez une sé- rie ne prouvent pas que le Lapin et le Lièvre soient d'une même espèce, parce que, pour arriver à un système, il faut que vous y fassiez entrer l'ensemble de tous les caractères, M. Remy Saint-Loup répond : J'accorde que le Lièvre et le Lapin de France sont deux espèces physiologiques diffé- rentes ; je crois même avoir contribué à le démontrer, mais je vous présente des types intermédiaires qui rendent illu- soire la distinction spécifique zoologique. Si je me contente de présenter les crânes des types intermédiaires, c'est que j'ai reconnu par l'étude des autres caractères, pelage, lon- gueur des oreilles, etc., qu'ils présentaient les plus grandes variations dans un même type à crâne constant. Par consé- quent, le caractère crânien restant le caractère diff'érentiel le plus important et le seul important, si je montre que les espèces zoologiques du genre Lepus, recueilli en divers points du globe, donnent la série crânienne des transitions insen- sibles, je démontre la continuité d'un groupe aux extrêmes duquel sont deux espèces physiologiques diff"érentes. Il existe d'ailleurs de nombreux échantillons qui, même vivants, se- raient considérés comme Lapins par certains zoologistes et comme Lièvres par d'autres. MM, Mégnin et de Guerne prennent part à la discussion qui, après quelques instants, s'arrête d'un commun accord, la question tendant à s'éloigner des études pratiques de l'ac- climatation. La parole est donnée à M. Vilbouchevitch pour une très in- téressante communication relative à l'enquête que notre col- lègue poursuit depuis plusieurs années sur la culture des Salt-bushes. Les principaux résultats de cette étude persévérante seront inscrits d'autre part. La séance est levée à la suite de cette communication. Le Secrétaire des séances, Remy Saint-Loup. III. COMPTES RENDUS DES SEANCES DES SECTIONS. lr« SECTION (MAMMIFERES). , SÉANCE DU 12 DÉCEMBRE 1893. '^ ' i'- •,' - PRÉSIDENCE DE M. DEGROIX, PRÉSIDENT. La section procède à la nomination de son bureau pour 1894 ; il se trouve ainsi composé : MM. Decroix, président; ■'■■" < î' P. Mégnin, vice-président; "De QAdLyhïooVie, secrétaire \ Jonquoy, vice-secrétaire ; Remy Saint-Loup, délégué à la Commission des récom~ penses. M. Remy Saint-Loup appelle l'attention de la section sur l'intérêt que pre'senterait une élude sur l'activité' de l'accroissement de maturité reproductrice des animaux. Il se propose, à ce sujet, de préparer un questionnaire qu'il sou- mettra à la section à sa prochaine re'union. M. Rathelot demande que les lettres relatives aux mammifères soient désormais directement remises à la section. M. Decaux présente une observation qu'il a faite sur un Chien. Il possède un roquet de l'espèce dite Loulou qui, élevé avec ses en- fants, a été' habitue' par eux à courir après les Mouches. Cette anne'e, les Guêpes e'taieut nombreuses et le Chien leur donnait la chasse et en croquait jusqu'à une dizaine de suite. Un jour même, trouvant une pomme couverte de ces insectes, il la saisit et tua quatorze guêpes sans paraître avoir reçu aucune piqûre. Est-ce adresse de sa part? où le Chien aurait-il acquis une immunité' spe'ciale. Un membre de la section fait remarquer que les effets de la piqiire des Guêpes et des Abeilles varient suivant l'espèce des animaux / • ■ ■) I l-'M ■);> ■'-)■■! F ) , piques. 11 eut été inte'ressaut de faire piquer le Chien à coup siir ; sans cette expe'rience, il est difficile de se prononcer et de tirer une conclusion de l'intéressante observation de M. Decaux. M. Fallou et M. Rathelot prennent part à la discussion. M. J. Grisard remet sur le Bureau un rapport sur l'élevage du Mou- ton en Tunisie, adressé par M. Bourde, directeur des services agri- coles dans cette colonie et communique une lettre dans laquelle notre collègue demande si la Société pourrait lui fournir des indications sur les races avec lesquelles il y aurait lieu de tenter des croise» meuts nour obtenir eu Tunisie une ame'lioration de la race bovine. COMPTES RENDUS DES SÉANCES DES SECTIONS. 37 Notre correspondant se préoccupe surtout des améliorations au poijit de vue de la production du lait. M. Jonquoy pense que la race italienne de la campagne de Rome serait celle qu'il conviendrait le mieux de choisir. Voisine par la taille de la race bretonne, cette race produit do bonnes laitières, accoutu- mées à un régime alimentaire médiocre et paraissant ainsi devoir con- server leurs qualite's, même dans des circonstances défavorables. M. Decroix demande si quelqu'un des membres présents pourrait fournir des renseignements sur les Vaches de Corse. M. Grisard pense qu'on pourrait s'adresser utilement à ce sujet à M. Pion qui vient d'accomplir une mission officielle en Corse et va prochainement publier un article dans la Revue sur les Chèvres de ce pays. M. Jonquoy, de son côté, pense qu'il pourrait obtenir d'un de ses amis qui va se rendre en Corse des renseignements sur les Vaches laitières. M. le Pre'sident remercie M. Jonquoy de son offre et le prie de pre'- senter un rapport sur la brochure de M. Bourde. M. J. Grisard raconte à la section qu'il a vu dernièrement chez le lo- cataire de la Société un Chat né sans queue, et excellent chasseur de Souris et de Rats. Un fait analogue a déjà été communique' par M. Mortillet à la So- ciété d'anthropologie. M. Dareste a signale un pareil exemple à la Société' de biologie. L'absence de la queue chez le Chat est ici un fait accidentel, qui se présente aussi dans la race canine, où même on a constate' que cette anomalie se reproduisait pendant une ou deux ge'nérations. D'après un article publié dans la Revue, il existerait à Surinam une véritable espèce de Chats sans queue. M. Remy Saint-Loup rappelle qu'il existe à la Me'nagerie du Mu- séum des Chats de Siam qui sont dépourvus d'appendice caudal et que cette particularité se reproduit chez eux comme un caractère de race. Les expériences cite'es par Weissmann, ayant pour objet de cre'er une race de Souris sans queue, n'ont pas réussi, mais les argu- ments qu'il tire de cette considération ne paraissent pas suffisants pour contredire la notion de l'hérédité' des caractères acquis. M. Rathelot se souvient que M. Mégnin, parlant de la possibilité' d'obtenir des Chiens sans queue, disait, sous toutes re'serves, qu'il fallait, non pas couper, mais broyer avec les dents la queue de la Chienne destinée à produire le phénomène. Pour le Secrétaire absenf, Remy Saint-Loup. IV. CHRONIQUE DES SOCIÉTÉS SAVANTES. Académie des Sciences. — M. Chatin communique, au nom de M. Geneste, une note sur un greffage souterrain applique' à la conservation des Vignes françaises non greffées. Le procède de M. Ge- neste consiste dans une grefe souterraine permettant de fournir aux Vignes plantées, non greffées, qui vivent encore et ont pu résister jus- qu'à ce jour, des racines résistantes ; et cela, sans interrompre leur ve'ge'lation et nuire à leurs ro'colles, qui ne peuvent qu'en être aug- mentées. Il peut, du reste, s'appliquer tout aussi bien aux Vignes déjà gref- fées, pour le remplacement des racines mal adaple'es par d'autres mieux appropriées au sol. « Propriétaire, dans l'Isère, dit M. Geneste, de Vignes pbylloxérées, et condamné à continuer les coîiteux traitements antiphiylloxériques jusqu à l'inévitable agonie finale, ou à arracber nos Vignes pour les remplacer par des américains greffés, nous nous sommes demandé s'il ne serait pas possible de fournir à nos ceps des racines résis- tantes et de leur donner ainsi le moyen de vivre malgré les ravages de l'insecte et la suppression de leurs racines anciennes, soit par la greffe Cadillac renversée (1) appliquée aux soucbes, soit au moyen de greffons enterrés dans le sol et fixés à l'extrémité de sarments re- courbés jusqu'à terre. » Une première expérience faite en mai 1892 ayant donné des résultats probants, nous nous disposions à passer immédiatement, sans autres expériences, à l'application pratique et à transformer, dés 1893, une partie de nos Vignes, l'opération étant peu coiileuse et sans conséquence pour les ceps en opérant sur les sarments. Malbeureuse- ment, l'hiver si rigoureux de 1892-1893 les avait mises en tel état, qu'il était impossible de songer à une transformation régulièrement poursuivie, et nous avons dii nous contenter de continuer nos expé- riences, auxquelles nous avons procédé méthodiquement pendant les mois d'avril, mai et juin, par des opérations hebdomadaires faites sur des sarments recourbés fixés à des greffons enterrés dans le sol. Les résultats ont été bons. La réussite est de 59 "^/o des greffes soudées raciûées. On peut affirmer que la greffe souterraine réussit au moins pendant avril, mai et juin, et très probablement avant et après. On doit donc, suivant M. Geneste, sauver les vignes françaises ma- lades ou menacées, soit en rendant les racines résistantes, soit en rem- plaçant les vignes américaines mal adaptées par d'autres mieux appro- priées. (1] Et souterraine, c'est-à-dire avec le greiïoa enterré dans le soi. COMPTES RENDUS DES SOCIÉTÉS SAVANTES. 39 M. Blanchard présente, au nom de M. Léon Vaillant, une note sur un nouveau genre de poisson voisin des Fierasfer. Ce poisson vient des îles Carolines ; il a été rapporte' au Muséum par M. Marelie. C'est un parasite des mollusques et des holothuiies. Il diffère des Fierasfer par ses nageoires et surtout par la pre'sence d'e'cailles nette- ment distinctes qui font absolument défaut chez ceux-ci. M. Vail- lant pense qu'il s'agit d'un genre nouveau auquel on pourrait donner le nom de Rhizoihtticus Carolinensis. M. Chauveau communique une note de MM. Phisalix et Bertrand sur le venin et le sang de la Vipère. On sait que les animaux veni- meux sont re'fractaires à leur propre venin. Cette immunité' naturelle est en corrélation e'tioite avec le fait que ces auteurs ont découvert chez le Crapaud et qu'ils viennent de mettra en évidence chez la Vi- père, à savoir la présence dans le sang de ces animaux de principes toxiques analogues à ceux du venin. C'est dans le réseau capillaire des glandes à venin que le sang puise ces principes toxiques pour en impre'gner les tissus. Par suite de ce contact incessant avec le poison, les cellules de l'organisme ont acquis une telle accoutumance qu'elles ne sont plus influence'es même par des doses conside'rables de venin. En dehors de la contribution que ces faits nouveaux apportent aux théories de l'immunité, ils nous montrent les relations intimes qui existent entre la composition du sang et le fonctionnement des glandes. M. Dche'rain analyse une note de M. Mer, de l'école forestière de Nancy, relative à l'influence de l'e'corcement sur les proprie'te's me'ca- niques des bois. Buffon et Duhamel du Monceau avaient conclu de leurs expe'riences que les Chênes e'corce's sur pied acquièrent un bois plus denso et plus re'sistant à la rupture, opinion combattue par Va- renne de Feuille à la fin du siècle dernier et en Allemagne au com- mencement de celui-ci En présence de ce désaccord, M. Mer s'est livré à de nouveaux essais. 11 résulte de ses recherches que l'opinion de Buffon est effectivement inexacte. Si les premiers expérimentateurs se sont trompés, c'est sans doute parce qu'ils avaient opère' sur des bois qui n'étaient pas complètement desséchés et, d'autre part, parce que leurs témoins, conserve's sous e'corce, devaient avoir e'te' altérés par des champignons et peut-être même des Vrillettes. L'e'corcement sur pied n'ajoute rien aux qualite's des bois ; il les préserve seulement de la vermoulure. ■i J:^:.;, V. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. L'élevage du Mouton au Tonkin et en Tunisie. — Il n'y a pas de petites questions en agriculture coloniale. Toutes les tentatives faites pour acclimater une culture nouvelle, pour introduire ou per- fectionner un e'ievage ro'munérateur, méritent d'être signale'es et en- couragées. La publicité qui s'élève autour d'elles suggère des com- paraisons utiles, stimule les bonnes volonte's, réveille l'indifférence des gouvernements coloniaux qui devraient cependant considérer comme leur premier devoir d'accorder à ces questions capitales l'at- tention et la sollicitude qu'elles méritent. Un bon exemple, qui devrait trouver de nombreux imitateurs dans les autres colonies et notamment au Tonkin, dont nous parlerons plus loin, a été donné par le service de l'agriculture en Tunisie. Son directeur, M. Bourde, notre ancien collaborateur, a appliqué à ces questions ses rares qualite's d'observation et de critique qui avait fait de lui un publiciste si autorise'. Il a e'tudie' la culture de l'olivier et l'élevage du Mouton dans deux rapports qui sont des modèles du genre, où on ne sait ce qu'il faut le plas louer, de la clarté et la so- briété' de l'exposition ou de la compétence et la sûreté des conclusions. S'il faut en croire les plaintes que nous trouvons dans les journaux du Tonkin, les essais tentés par l'initiative individuelle dans cette même question de l'élevage du Mouton, n'auraient pas trouvé encore auprès du gouvernement de la colonie toute la protection et tout le concours sans lesquels ces tentatives menacent de rester infruc- tueuses. Ce n'est pas que rien n'ait été fait dans ce sens, mais comme pour beaucoup d'autres questions, après avoir commencé, on n'a pas continué et on est en train de perdre, faute de persévérance,. le re'sultat des premiers eiïorts. Il a été constaté en effet que le Mouton du Yunnan s'acclimate et que cette race est très supérieure au Mouton de Saughaï. Celui-ci non seulement est de médiocre qualité, mais constitue un article d'impor- tation onéreux, dont il y aurait tout avantage à se passer. « Les Moutons du Yunnan, dit V Avenir du Tonkin, sont tout près de nos frontières ; c'est une raison suffisante pour engager les éle- veurs à former de grands troupeaux qui pourraient non seulement suffire à la consommation, mais qui, au bout de quelques années, con- stitueraient un article sérieux d'exportation. Celte race croisée avec des béliers français pourrait même être sensiblement améliorée. » La grande difficulté, en ce moment, serait de se procurer un assez grand nombre de brebis. » Voilà maintenant où le rôle de l'administration devrait commen- cer ; car les colons français en général ne disposent pas de moyens CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 41 d'action suffisants pour faire entrer dans la voie pratique les projets que leur esprit d'initiative leur a fait concevoir. » Dans le cas qui nous occupe, l'e'leveur devrait monter lui-même au Yunnan, faire ses achats de Moutons et les faire descendre ensuite à Hanoï ; il lui faudrait tout un personnel, des interprètes, des jonques, des sampans, des escortes, etc., et il serait oblige' de né- gliger ses autres affaires pendant une absence qui durerait de longs mois, tandis que le gouvernement pourrait charger officiellement nos agents consulaires, ou même des mandarins de la fr(>ntière, de procéder à ces achats. » Nos commandants de territoires militaires ne demanderaient cer- tainement pas mieux que de veiller à la re'ception du troupeau et d'en assurer la descente par les moyens les plus pratiques. » Le troupeau devrait être confié à des conducteurs responsables qui lui assureraient pendant la route tous les soins ne'cessaires et veilleraient à ce qu'il soit nourri et installe' convenablement, ce qui est une condition sine quâ non pour qu'il ne soit pas décimé pendant le voyage. » La remise du troupeau devrait avoir lieu à la station d'e'levage de Hanoï où il subirait un stage et, lorsque les animaux seraient suffisamment acclimatés, on pourrait les livrer aux éleveurs dont les demandes seraient accueillies et qui pre'senteraient des garanties suffisantes. » Il est curieux de rapprocher le desideratum dont notre confrère du Tonkin s'est fait l'interprète de la solution indique'e qu'une question du même ordre a reçue par le rapport de M. Bourde sur l'e'levage du Mouton en Tunisie, rapport où il s'agissait de l'amélioration de la race indigène et de son remplacement par le Mouton à queue fine d'Algérie. Voici comment s'exprime M. Bourde à ce sujet : « Comment les indigènes se procureront-ils ces Moutons à queue fine s'ils veulent se livrer à cet élevage? Cette difficulté serait assez grande pour paralyser toutes les bonnes volonte's et c'est ici que peut intervenir utilement le gouvernement pour encourager l'e'levage de cette race. yc.uv. f.no^'^i.triia ^^b :■■-. !•■ » II pourrait se charger des acquisitions pour le compte des par- ticuliers. Toute personne qui voudrait élever des Moutons à queue fine ferait à la direction de l'agriculture la demande du nombre de bêtes qu'elle de'sirerait acquérir, et elle déposerait contre reçu la somme destine'e à l'achat. La direction ayant centralisé ces demandes, l'ins- pecteur d'agriculture se rendrait chaque année en Algérie, au mo- ment de grandes ventes sur les marche's, c'est-à-dire au mois de mars, et il achèterait le nombre de bêtes demandé. A titre d'encouru' cernent, le gouvernement prendrait à sa charge les frais de transport et les pertes pendant le voyage. Les bêtes seraient livrées au demandeur au prix d'achat du marché algérien. 42 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. » Toutes les difficultés qui pourraient faire be'siter les e'ieveurs, indigènes seraient ainsi levées. Et le système d'achat offrirait encore cet avantage que l'on n'introduirait en Tunisie que des animaux choisis parmi les varioles, souvent très diffe'rcntes de valeur, des Moutons algériens. » Un de'cret conforme à ces conclusions a e'te' rendu par le gouver- nement de la régence. Nous recommandons la même solution à M. de Lanessan. [Le Temps.) Ce que produisent nos volailles^ - Les diverses races de volailles que nous posse'dons dans nos basses-cours ne produisent pas toutes le même nombre d'œufs et il nous paraît intéressant de placer sous les yeux de nos lec- teurs le tableau de rendement annuel des principales races : Mais elles n'atteignent pas toutes le même poids et il est ne'cessaire, pour bien appre'cier leur me'rile comme pondeuses, de les ramener à une valeur uni- forme. Voici ce qu'elles produiraient par livre de viande : 100 70 100 ,, 150 ; 150 150 150-200 175 150 GO 30-60 20 60 Brahma blanche et Cochinchine perdrix. . . Brahma foncée i:o, hinchinc noire, noire et fauve . Iloiidan . La Flèche. ... . . Espagnole noire . . Italieime -. . Hambourg -. . Polonaise. . ... . •• Benlam . . . , . . . Canards i .... ... ...^. . . Oies . ...,.■..».-. . Pintades • 8 8 7 7 9 9 9 16 5-6 4 11 Fidélité chez les Pigeons voyageurs. — M. Thalmann, éleveur colombophile à Areusch, village situé dans la région de Cux- haven, possédait deux Pigeons. 11 en céda un, en janvier, à un ami habitant Berlin. La femelle qu'il conserva parut inconsolable. Grand fut son e'tonnement lorsque neuf mois après, il vit arriver le Pigeon mâle échappe' de Berlin. G* Curieux albinos de Perdrix grises. — Aux environs de Lub- ben (district de Ragow), on a observe' à diverses reprises des Perdrix albinos. Mais, sur cinq exemplaires âgés d'un an que l'on a lue' der-- CHRONIQUE GÉNÉIIALE £T FAITS DIVERS. 43 niëremont, on a constaté que quatre avaient le bec blanc jaunâtre, et les yeux noirs au lieu d'avoir les yeux rouges, comme on le voit chez., les albiuos. De S. De quoi se nourrit le Sandre {Lucioperca sandra Cuv.) ac- climaté dans le lac de Constance. — Nous avons signalé, dans la Revue des sciences naturelles appliquées (1), l'introduction rc'- cente de ce Poisson dans le lac de Constance. M. A. Gruber publie dans la Fischerei Zeitung des recherches intéressantes qu'il a entre- prises pour connaître la nourriture qu'il prend dans le lac. Dans l'estomac d'un Sandre capture' en juillet, à Constance, il a trouvé les restes en décomposition de Chabots [Sqicalius cephalus SiEB.) ; les intestins contenaient une quantité d'e'cailles qui prove- naient assure'ment de la même espèce. Chez un autre Sandre, pêche' au mois de juillet près de Lindou, l'estomac contenait les restes, plus ou moins digérés, de quatre ou cinq poissons — mesurant 9 centimètres de taille — détermine's pour . des Ablettes [Albunius lucidus Hegk. et Knere). Enfin, chez un troisième exemplaire, provenant d'Ueberlingen, l'ob- servateur trouva également cinq poissons de cette espèce ; ils mesu- raient seulement 4 centimètres en longueur. On reconnaît que le Sandre du lac de Constance se nourrit comme la Perche, principa- lement des petits poissons habitant le littoral. Pour peu que l'espèce s'y propage, elle ne nuira jamais à celle qui constitue les ressources de la pêche, question importante quand on introduit une espèce étran- gère. Si l'Ablette ne donne pas une chair estimée, elle fournit, par contre, Vessence d'Orient servant à la fabrication des fausses perles. De B. Création de chaires de pisciculture en Russie. ^ Selon le Pet. Listok, le ministère songe à créer deux chaires pour l'enseigne- ment de la pisciculture, en attendant la fondation d'une e'cole spéciale. Ces cours seraient inaugurés à l'Institut forestier de Saint-Péters- bourg et dans l'établissement d'économie rurale de Nouvelle-Alexan- dria. De S. Les Poissons des lacs de Carinthie. —On ne s'occupe guère, au point de vue de l'intérêt de la pêche, des lacs d'Ossiacher, de Woer- ther et de Millstaedter, qui cependant livrent depuis quelque temps des Poissons d'espèces diverses, d'une taille exceptionnelle. Dans le der-; nier de ces lacs on vient encore de pêcher une Truite [Trutta fario), mesurant 1 m. 16 c. en longueur et d'un poids de 20 kil. Le périmètre de son corps atteignait 84 centimètres. G. (1) Revue, 1893, t. II, p. 44.- 44 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. La Fève Tonka. — Le fruit entier du Dipterix odorata est un drupe plus ou moins comprimé, un peu arrondi à la base, plus aigu au sommet, offrant à peu près la contexture et la forme d'une grosse amande. 11 se compose d'un brou pulpeux, très ferme, qui se détache facilement par la dessiccation, et d'une coque semi-ligneuse dans la- quelle se trouve une semence unique, elliptique, aplatie, longue de 2 à 4 centimètres, bien connue sous les nom de Fève Tonka, Fève de Coumarou ou simplement de Fèvi. Celle-ci est formée de deux cotylé- dons plans-convexes, charnus, blancs, puis ensuite jaunâtres, huileux d'une saveur un peu aromatique, recouverts d'une enveloppe brun- noirâtre, lisse, brillante et fortement plisse'e. La graine fraîche ne sent absolument rien, lorsqu'elle est encore sur l'arbre et ne devient aromatique que lorsque le fruit est détache' du rameau ; son odeur est alors douce, agréable et lient à la fois de la va- nille et du mélilot. L'odeur caractéristique de cette amande est due à un principe vola- til observé par Guibourt, qui lui a donne' le nom de Coumariiie. C'est une substance concrète, blanche et brillante, qui existe dans les coty- le'dons à l'état libre et vient souvent se cristalliser entre les lobes, sous forme d'aiguilles carrées ou de prismes courts termine's en bi- seau. La Coumarine est d'une assez grande dureté et d'une densité' supérieure à celle de l'eau ; elle est insoluble dans ce liquide, peu so- luble dans les acides, mais se dissout bien dans l'alcool. Sa solution ne présente aucune re'action acide, ce qui fait de ce corps une espèce chimique distincte de l'acide benzoïque auquel Vogel avait cru devoir l'identifier. La potasse la transforme en acide coumaronnique. La Cou- marine est toxique à dose élevée et agit sur l'organisme comme nar- cotique, stupéfiant et aneslhésique en produisant des sueurs, des vo- missements et des vertiges ; Krolher regarde cette substance comme un poison exerçant une action spéciale sur le cœur. Frapolli et Chiozza ont retiré d'un de ses composés chimiques un alcaloïde, la Coumara- mine, cristallisante en belles aiguilles longues, d'un jaune rougeâtre; mais n'offrant qu'un intérêt scientifique. La Fève Tonka n'est pas employée en me'decine et son usage prin- cipal consiste à aromatiser le tabac en poudre. La parfumerie eu tire aussi un bon parti pour la confection de sachets d'une odeur suave et durable. L'extrait entre également dans un grand nombre de parfums appre'ciés. Au Venezuela, les graines mace'rc'es dans l'alcool servent à préparer une eau de toilette fort estime'e et à laquelle on accorde, en outre, des propriétés curalives contre les douleurs rhumatismales. Au Brésil, on en extrait une huile grasse dite huile de Cumark utilise'e en parfumerie et pour le traitement des ulce'rations de la bouche. Dans ce pays, on de'signe encore sous le nom de CumarU-râna, ou Couma- rou sauvage, une semence très vénc'neuse employée pour la destruc- tion des rais, des blattes et autres bêtes ou insectes nuisibles. CHROiNfIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 45 La Fève Tonka est un des produits d'exportation du Ve'nézue'la qui, sous le nom de Sarrapia, en fournit annuellement environ 50,000 kilog. , quoique la production totale puisse être estimée , d'après M. Barrai, à plus de 100,000 kilog. Avant d'être livre'e au commerce, la Fève est trempée dans un bain de rhum, puis séche'e ; le marché principal est Ciudad-Bolivard, d'où le produit est exporté pour New- York, Hambourg et le Havre. Jules Grisard. Les écorces d'Andlra. — De tout temps, les e'corces des arbres du genre Andira ont e'té, aux Antilles, à la Guyane et au Bré- sil, un médicament ce'lèbre par ses proprie'tos anlhelmintiques. Ces e'corces sont compactes, ge'néralement de couleur brun cendré exte'- rieurement, jaunâtres ou ferrugineuses sur la face inle'rieure ; leur cassure est résineuse. L'e'corce de V Andira inermis possède une odeur faible, mais désagréable, sa saveur est douceâtre et mucilagineuse ; celle de \! Andira retusa s'en distingue par une saveur amère, faible- ment astringente, et une action un peu moins énergique. Dans son pays d'origine, ce remède est administre' en petite quan- tité, sous forme d'extrait, de poudre et en décoction. A dose trop élevée, il agit comme un violent purgatif et provoque en même temps des nausées ou des vomissements, auxquels succède un état fe'brile, souvent accompagné de de'lire ; aussi, ne doit-il être donné qu'avec précaution. Hittenschmid a signale', dans les e'corces d'Andira, la pre'sence de deux substances alcalines posse'dant des propriéte's à peu près sem- blables. La première, ou Jamaïcine, cristallise en tablettes carrées opaques, jaunes comme la gomme-gutle, très soluhles dans l'eau bouillante ; le chlore la colore eu rouge. La Surinamine est une sub- stance amère, de couleur jaune pâle, soluble dans l'eau et dans l'al- cool. L'acide hyponitrique la colore en bleu ; elle forme aussi des sels cristallisables peu solubles. Toutes deux brillent sans laisser de re'- sidu, en de'gageant une odeur d'amandes amères. Plus récemment Peckolt a donne le nom d'Andirine à un glycoside qui, associe' au tanin et à une matière re'sineuse rougeâtre assez abondante, serait le principe actif des écorces d'Andira, plus connues autrefois sous le nom à' écorces de Geofrma, Plusieurs espèces de ce genre produisent un fruit drupacé renfer- mant une amande qui jouit également de propriétés vermifuges incon- testables, mais dont l'emploi n'est pas sans pre'senter quelque danger. Ces vermifuges sont peu ou point usités en Europe. V. D.-B. VI. BIBLIOGRAPHIE. Les matières grasses, caractères, falsifications et essai des huiles, beurres, graisses, suifs et cires, par le D'' Georges Bea.uvisa.ge, pro- fesseur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de médecine de Lyon, 1891, 1 vol. in-16, de 324 pages, avec 90 figures, cartonné, 4 fr, _ Librairie J.-B. Bailliéro et fils, 19, rue Hautefeuille, Paris. Matières grassses en général, caractères ge'néraux, usages, ori- gines et extraction, procèdes physiques et chimiques d'essai, huiles animales, huiles végétales diverses, huile d'olive, beurres, graisses et suifs d'origine animale, beurres végétaux, ciies animales, végé- tales ut minérales. Ce traité, base sur les découvertes les plus récentes de la science, est cependant, par la clarté de ses exposés à la portée de tous ceux qui, par la nature de leur commerce ou de leur industrie, ont besoin de se rendre un compte exact de la valeur et de la pureté des subs- tances qu'ils emploient. A côté de l'élude des matières grasses en elles-mêmes, de leur com- position chimique et de leurs caractères extérieurs, l'auteur indique les dégénérescences auxquelles elles sont exposées, les falsifications dont elles sont souvent l'objet. 11 enseigne enfin par quels procédés simples et au moyen de quels appareils primitifs on peut constater ces falsifications. Sur les mœurs et les métamorphoses d'un lépidoptère carnassier destructeur de Cochenilles {Erastria scitula). Sous ce titre, M. H. Rouzaud, membre de l'Académie des sciences de Montpellier, vient de publier une intéressante notice dans laquelle après avoir résumé les renseignements donnés jusqu'à ce jour sur VErastria scitula par les entomologistes, il rectifie les erreurs com- mises, donne une description anatomique complète de l'insecte à ses différentes transformations, indique le rôle utile qu'il joue dans la préservation des lauriers, oliviers et figuiers contre les ravages des Cochenilles en général et spécialement du Lecanium olea et conclut à la multiplication de ce lépidoptère en enseignant la marche à suivre pour la récolte des cocons et des œufs. .•:: ;:'. 'î^TBLÏOfniXPHlE. ' ■ ■ -^- - ;i^ i? Les cultures sur le littoral de la Méditerranée (Provence, ' Ugurie, Algérie), par le D"" E., Sauvaigo, directeur du Muse'um d'histoire naturelle et secrétaire de la Société d'agricullure de Nice. Introduction par M. Naudin, de l'Inslitut. 1 volume in-16 de 316 pages avec 115 figures, cartonné {Bibliothèque des connaissances utiles), 1 fr. Librairie J.-B. Baillière et Fils, 19, rue Hautefeuille, à Paris. Il était temps que l'horticulture du midi trouvât un interprèle capable d'en donner un fidèle tableau et de diriger ceux qui, de ])lus en plus nombreux, viennent de toutes les parties de la France, et même de l'étranger, simples amateurs ou horticulteurs de profession, exercer l'art horticole sous le beau climat méditerraue'en. Ainsi que le dit M. Naudin (de Tlnslitut), dans son introduction, le livre du D"" Sauvaigo sera le guide indispensable du botaniste, de l'amateur de jardin et de rhorliculleur, dans cette région privile'gic'e du Midi. Dans un premier chapitre, l'auteur décrit les plantes décoratives et commerciales des jardins du littoral méditerrane'en, indique les types les plus répandus, leur emploi et leur mode de culture ordinaire et intensive. Le deuxième chapitre est consacre' à l'étude des plantes à fruits exotiques, e'tude toute nouvelle qui mérite d'appeler l'attention des acclimateurs et des commerçants. Le troisième chapitre traite de la culture des plantes à parfums qui tend à prendre une extension importante en Algérie. Les plantes potagères et les arbres fruitiers indigènes fout l'objet des quatrième et cinquième chapitres. On y passe en revue la cons- titution du sol, les opérations culturales, les meilleures variéte's de plantes, les insectes nuisibles, les maladies les plus redoutables. De nombreuses et belles figures aident à l'intelligence du lexte clairement e'crit par un homme tout à fait compétent. G. DE G. La Librairie J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille, à Paris, vient de publier une Bibliographie ornithologique, qui contient l'an- nonce de'taille'e de plus de six cents ouvrages sur les oiseaux mo- dernes et anciens, français et étrangers. Cette brochure in-8" à 2 colonnes sera adressée à toutes les personnes qui en feront la de- mande à MM. J.-B. Baillière et fils. 48 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Liste des principaux ouvrages français et étrangers traitant des Animaux de basse-cour (i). 1° OUVRAGES FRANÇAIS {suite). ROUILLIER-ARNOULT et E. ARNOULT. — Mirage {Le) des œufs par V indiscrète, leur choix et les causes principales de leur infe'condité. (Extrait du Bulletin de la Société nationale d'acclimatation, novembre 18*76). — Paris, Martinet, 1877, 11 p. in-S». — Instructions pratiques sur l'incubation et Vélevage artificiels des vo- lailles, Poules, Dindons, Oies et Canards. — 2" édit., 1 vol. in-18 de 172 pages et 49 fig. (1 fr. 25). ROUTILLET (F.). — Nouvel art d'élever, de multiplier et d'engraisser les Poules, les Poulets et les Chapons. — Paris, Le Bailly, 1885, in-18 ' de 36 p. — Nouvel art d'élever, de multiplier, d'engraisser et de chasser les Ca- nards, etc., etc. — Paris, 1879, 36 p. in- 18. ROUYER. — De V incubation artificielle ou de la pratique de faire e'clore les œufs par milliers. — 58 p. in-8°. SACC (DO. — Essai sur les Poules de Nankin, dites de Cochinchine. (Extrait de la Revue et Magasin de zoologie, aoîit 1860.) — Paris, Bouchard-Hiizard, 1860, 16 p. in-8o, avec 2 fig. color. T. . . (baron de). — Etudes pratiques sur le Canard du Labrador. — Aire, 1875, 62 p. in-12. / TEMMINCK et KNIP. —Les Pigeons. — 1811, in-folio avec 86 pL coloriées. TESSEYDRE. — L'art d'élever les Pigeons. — Paris, Blanc, 1878, 16 p. . in-32. . VAULX (D"" J.-P. des). — Les profits de la basse-cour. — Paris-Lille, 1879, in-12, 177 pages. VOITELLIER. — L'incubation artifi,cielle et la basse-cour ; traite' com- plet d'élevage pratique. — Paris, Firmin-Didot, 1886, 4« édit., vii- ■ 314 p. in-18 av. fig. {A suivre.) (1) Voyez Revue, année 1893, 1" semestre, p. 430 ; 2* semestre, p. 364. Le (jérani : Jules Gbisard. I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA. NOUVELLE-GUINÉE OU PAPOUASIE DANS l'industrie DE L.\ MODE Par m. J. FOR EST aînk. Durant une longue période d'années, la France s'est arrê- tée dans la voie si brillamment ouverte par ses explorateurs en Océanie. C'est après la publication de MM. Hombron et Jaquinot : Voyage au pôle sud, 1Sô9-ISiU que commmence cette période d'inactivité. Mais l'exemple des nations voisines, stimulant salutaire et énergique, a enfin amené une réaction dont le résultat a été d'augmenter considérablement les ri- chesses du Muséum. Les missions de MM. Raffra}- et Main- dron, les envois de M. Léon Laiglaize, agent de M. Bruiyn de Ternate, ont permis de renouveler les collections déjà bien anciennes, datant de la première moitié du siècle. Plu- sieurs jardins zoologiques ont même possédé quelques spéci- mens de Paradisiers vivants et notre curiosité a pu être .satisfaite relativement, puisqu'il a été possible d'apprécier l'exactitude des descriptions des auteurs auxquels il l'ut donné 'de voir ces oiseaux merveilleux, dans tout leur éclat et toute leur splendeur, au sein des forets qui couvrent en partie l'immense étendue de leurs régions natales. La Nouvelle-Guinée est située au nord de l'Austi-alie par le 160" et le 138° de longitude Est, et par le 12" de latitude Sud et l'équateur. Son étendue est à peu près de 550 lieues de long sur 300 de large. Elle est comprise entre la ligne équato- riale et l'Australie, sur une longueur de 1,500 kilomètres, allant du nord-ouest au sud-est, reliant ainsi naturellement l'arcliipel Malais à la Papouasie. Par sa position géogra- pliique, la Nouvelle-Guinée se rattache aux îles des Mo- 20 Janvier 1804. 1 50 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. luques et à l'Australie, formant ainsi le lien naturel et le lieu de communication le plus direct entre la l'aune et la llore de l'Asie et de l'Océanie. Le climat est malsain et des fièvres paludéennes, meur- trières régnent surtout le long des C(jtes. La chaleur varie ordinairement de 25 à 40 degrés, mais des pluies fréquentes et torrentielles réglées par les vents alizés et une rosée tou- jours très abondante, entretiennent une végétation qui atteint un développement extraordinaire. Chaque accident de terrain, chaque anfractuosité de rocher est couvert de plantes pittoresques aux larges feuilles, aux parfums pénétrants, aux tiges élancées et gracieuses garnies de fleurs aux couleurs éclatantes. Les prairies, les collines et les montagnes jouissent toute l'année d'une verdure et d'une fraîcheur perpétuelle, assurant la nourriture et la re- production incessante (1) des diverses espèces d'oiseaux ha- bitant ces contrées (2). La zone équatoriale est la zone de luxe pour les oiseaux, c'est là que nous trouverons le i»lus grand nombre de ceux dont les couleurs rappellent les pierres précieuses, tels que les Merles métalliques, les Coucous bronzés; en Afrique, le ravissant Foliotocole ; en Amérique, les Couroucous et les (1) La mue de l'époque de la rci)rodncliou varient suivant les mous- sons. Sur les côtes orientales et septentrionales de la Nouvelle-Guinée et à ?iIisole, la reproduction a lieu en mai ; sur la cùle occidentale et à Sahvatty, en novembre. (2) La Nouvelle-Guinée a été surtout explorée par les Allemands, les Hollandais, les Italiens et les An,i-'lais. De 1867 à 1875, M. le D'' Meyer, M. von Rosenberg, Bernstein, MM. d'Albcrlis et Beccari, M. le D'' Com- rie, etc., etc. Bibliographie contemporaine : Elliot, Monograph'j of the Paradùidœ. Gonld, The Birds of the Nev- Guiyi,''a. Schlegel, Parasidœ. Gray, Gênera of Birds. 1. A. R. Wallace, The Maiau Archipelago. D'Albcrlis, Neio Guinca. D"" H. A. Bernslein, Dagboeck laatde Eeis vxh Teraate naar Nieio- Guinea, SaJamati en Batanta. iHGi-lHGo . D'' H. Mcyners d'Estrey, La Papouasie. M. Rafïray, Voyage en Nouvelle-Guinée. 187G. M. Maindrou, Coup d'œil sur la faune de la Nouvelle-Guinée. M. Oustalet, Les oiseaux de la Nouvelle-Guinée. Lacroix-Danliard, La plume des oiseaux. CONTRimiTIOXS ORXITIIOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 31 Colibris, et enfin, la lamille des Paradisiers particulière à la Paponasie, sauf deux espèces australiennes, le Loriot prince Régent, et TEpimaque de la Nouvelle-Galles du sud. Ces mer- veilles sont résumées par M. Maindron comme suit : <( Nulle i>art ailleurs, ni sous les tropiques, ni sous l'équa- » teur de l'Ancien et du Nouveau-^tonde on ne rencontre » des formes aussi élégantes, des couleurs aussi veloutées. » Les métaux et les émaux, les tissus de soie ou de velours, » les pierreries les plus rutilantes sont répandus à profusion » sur leurs robes diaprées, et les quelques parties de leur » corps que ne recouvrent pas ces manteaux éclatants ont été » peintes de couleurs tirées d'une palette où les rayons du » soleil semblent se jouer en mille arcs-en-ciel. Bien que » les tailles soient moyennes, nous pouvons dire que, sauf les » Autruches gigantesques, toutes les formes sont représen- » tées, depuis le grand Casoar jusqu'aux minuscules Soui- » mangas, les géants et les nains de la région. » La faune ailée de la Papouasie se retrouve plus ou moins dans les îles environnantes du continent Papouasien. Chaque île, ou plutôt chaque groupe d'îles, renferme une ou plu- sieurs espèces spéciales, cantonnées dans les montagnes de l'intérieur, tandis que les forêts des côtes renferment des es- pèces communes à toute la région. Les espèces les i)lus nombreuses sont celles appartenant aux familles des Perroquets, des Martins-pêclieurs, des Gobe- Mouches, des Colibris, des Corbeaux, des Pigeons et des Hérons. Les autres espèces plus rares sont représentées par les familles des Hiboux, des Passereaux, des Calaos, des Guê- piers, des Bécasses et des Canards. Quant à la faune des côtes, elle est à peu près partout la même, elle se compose d'oiseaux aquatiques, échassiers et palmipèdes , dont les espèces voj^ageuses , insoucieuses de leurs stations, semblent fréquenter avec une égale indiffé- rence les plages brûlantes de l'Afrique, les savanes inondées de l'Amérique, les atolls recouverts de verdure de l'Océanie ou les tundras glacées de la Sibérie. Parmi les oiseaux qui habitent toute cette région, il est un groupe qui présente un grand intérêt au point de vue indus- triel, et doit être placé sur la même ligne que celui des Au- trui'hes et des Aigrettes, nous voulons parler des Oiseaux de Paradis. Cette famille, qui renferme les plus beaux oiseaux 52 KKVl'E DES SCIKNCES NATL'IiKLLl'.S APPLIQUÉES. connus, est composée (Venviron une trentaine d'espèces dont la distribution géographique est assez nette. Les oiseaux de Paradis sont confinés dans laPai)Ouasie sauf une espèce {^'enii- opieva Wallacei), spéciale au nord des Moluques et quelques l'ormes de Ptiloris du nord de l'Australie [Ptiloris Aiberti), dans les archipels du détroit de Torrès [Ptiloris Vldoriœ) et aux îles Salomon {Ptiloris Pcn^acUsca). Parmi les Paradi- siers des îles des Papous, les uns habitent indifféremment toute la région, tels sont les Manucaudes [Cicinnurus regius) et le Magnifique ('Di/^/^i/Z/offei- speciosa); d'autres, sans être absolument communs nulle part, se rencontrent sur presque toute la Grande-Terre, et les grandes îles du nord, tels le petit Emeraude {Paradisea mino?') et l'Epiraaque gorge d'a- cier {Ptiloris magnifica). Les Manucodia {M. Keramlreni, chalybeia, Comrii sont assez communs partout. Mais le Multi- fil [Selencides alba) paraît confiné dans les îles de Sahvatty et Batanta, et à Sorong, près du Cap de Good-Hope ; le grand Oiseau de Paradis {Paradisea apoda) habite l'île Arou. Le Paradisier rouge {Paradisea sanguinea rubra) est spécial à Waigiou (M. Maindron a rapporté une peau provenant des Arlaks?), enfin, dans le Sud, ;i la baie de FOrangerie, M. d'Al- bertis a découvert un bel Oiseau de Paradis qui paraît spécial à cette région {Parldisea Ra^giana). Toutes ces espèces ha- bitent à des hauteurs moyennes, voire même sur les côtes ; mais, à mesure que l'on s'élève dans les montagnes, on rencontre les plus belles et les plus rares : l'Oriole de Pa- radis [Xa'iihomelus aureus), les Drepanornis {D)'epanor- nis Albert Is il D., Briiij ni), \e>i SiCûets [Parotia sexpennis), les Paradigalles [Paradigalla caruncidata), les Epima- qucs {EpLinachus mcgims), dont une espèce VEpinm- chus Ellioti, admirablement nuancée de violet, n'est connue que par un seul exemplaire. Les Lophorines [Lophorina atra), la Pie de Paradis {Astrapia nigra), et ce curieux Paradis à tète chauve, le Républicain [Schlegelia calva) complètent avec les variétés précédentes la nomenclature de celles employées dans l'industrie de la parure. Les Pigeons utilisables en mode sont très nombreux dans la Papouasie et peuvent se diviser en deux grandes catégo- ries, les Colombes percheuses et les Pigeons terrestres, si étranges. Parmi les Pigeons, nous trouvons d'admirables Tourterelles au plumage varié de violet, do gris, de vert et CONTRIBUTIONS OHNlTlIOLOGlQrES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. o3 de rose tendre, de pourjjre et d'orange Les i)lns recherchés dans les emplois industriels sont les Plilopiis OeelvvikLanus, la tête est blanche, la poitrine iioni'prée, les ailes vertes ; le PillopiiS pectoralis, le PtUopiis oyniatns, PlUopiisbellus, Pti- lopiis speciosus. N'oublions pas les divers Cari)0phague.s ren- fermant des variétés d'un blanc crème velouté, Carpophaga luduosa; d'un gris ardoise et d'un vert métallique, d'autres C. poliKra, dont il est lait également usage dans le commerce- Les Pigeons terrestres les plus remarquables sont les Pigeons de Nicobar [Calœna^ Nicobaricn) qui se trouvent dans toutes les îles, depuis Poulo-Condor, à Penang et Singapore, aux Philippines et jusqu'en Océanie. (En 1892 une seule maison d'importation en a fourni près de 20,000 à l'industrie plumas- sière.) Une importation aussi active peut se constater pour les Pigeons Gouras, dont la huppe élégante rivalise avec les aigrettes des Hérons aigrette et garzette. L'industrie emploie les trois espèces : Goura coronain, Goioa Victoriœ et le Goiira Alberiisi, dénommé G. Shecpmakeri \ràv les impor- tateurs. Les Pigeons terrestres nous amènent naturellement aux Brèves, espèce d'oiseaux dont le plumage vivement tranché se rapproche de celui des Martins-pècheurs. Les Brèves sont des oiseaux à existence terrestre, vivant sous les buissons, dans les fourrés les plus épais. Leurs jambes longues et fortes, terminées par des ergots crochus et robustes, leur permettent de sauter de roche en roche à la poursuite des insectes ; leurs ailes courtes, leur queue rudi- mentaire les aident à peine dans ces mouvements. Quelques- unes habitent le continent asiatique, les Philippines, Java, Sumatra, Bornéo et même on peut dire que, sauf de légères exceptions, il n'y a pas une ile d'une certaine étendue dans l'archipel Malayo-Australien qui ne renferme une espèce spéciale. A Bornéo, le Pilla BerlJiœ; dans l'Inde, le Pitla Boschi ; à Ternate, deux espèces ; à Timor, diverses espèces. A Gilolo, la plus belle espèce connue, le Pilla maœima, qui est devenue assez commune aujourd'hui pour être uti- lisée couramment dans l'industrie ; c'est un superbe oiseau, dont la tête et le dos, d'un noir de velours, servent à une foule d'emplois. Les épaulettes d'un bleu saphir, aux reflets changeants, turquoise et algue marine, peuvent rivaliser avec les teintes du Cotinga céleste de la Guyane. En Nou- 5i REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Yelle-Guiiiée, se trouvent les Pilla Macliloli. — P. Novœ <"''iiliicœ ; aux îles Ke}', les Pitta Beccarii \ aux îles W. Scliovten, le Pilta Rosenbergl. Un Guêpier de toute beauté, Merops ornaliis, se trouve depuis les Moluques jusqu'en Australie ; d'Albertis en ren- contra de grands vols le 10 mars 18*75 dans la région de l'île Dungeness, entre l'Australie et la Nouvelle-Guinée. Parmi les Martins-Pèclieurs au bec de corail, revêtus de sa- phir et de turquoise, nous remarquons une espèce de Martin chasseur à raquettes, dont la queue est agrémentée de deux, longs brins effllés terminés par une palette. Ce genre, repré- senté dans les Moluques, à Gilolo, par le Tanysiptera mar- garilœ, semble encore se surpasser en Nouvelle-Guinée oîi le Tanysiptera Galalca est répandu dans les forets de la Grande-Terre. L'île MaCar possède le Tanysiptera Caj^olinœ, à Korido se trouve le Tanysiptera Rledcli. A Salwatty, Waigiou, Batanta et Sorong le Tanysiptera nyniplia. 'i m'! Dans le sud de la Grande-Terre on rencontre une espèce particulière aux régions australiennes, les Dacelo et aussi le Rollier {Eitrystomus paciflcus) violet et bleu, très com- mun partout. i -, ù . .j-,1 Dans l'immense famille des Pies-Grièches, nous remar- quons les Choucaris [Graucaliis] et les Drougos noirs à queue ïowvqXïwq [Dicrnrns carljonarius), les Tyrans [Monar- cha gnitatus, M. tyranins) et les Jolies petites espèces nuancées des plus belles couleurs, correspondant à nos Roi- telets et à nos Mésanges. {Arsestelescophthalmus. — Todop- sîs cyanocephala.) La Papouasie possède quelques variétés de Soui-Mangas ornés des plus brillantes couleurs, rivalisant avec les espèces africaines et avec les Colibris du Nouveau-Monde. Ce sont des Melliphages à robe de velours noir et à tête dorée tels que Nectarinia chrysocepJiata, des Sucriers à la gorge écailleuse et métallique [Hermotinœ Cornetia — CJialcos- ietha, etc.). Parmi les échassiers, le Casoar de la Nouvelle-Guinée ne fournit aucun élément industriel. Les Papous emploient ses plumes à leur coiffure, et se régalent, paraît-il, de la ver- mine qui vient s'y loger. Les Dérons les plus remarquables, quoique peu appréciés, sont : le Butor étoile, de couleurs plus foncées, que nos espèces européennes, le Bihoreau, de cou- CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. -'Jo leur maiTOii clair. Citons enfin, les Aigrettes qui sont par- tout fort recherchées. Les palmipèdes sont complètement délaissés quoique les Dendrocygnes et les Nettapus possèdent de fort jolies ailes. Les Mouettes et les Sternes profitent de l'indifférence dont ces palmipèdes sont l'objet, le chasseur dédaigne leur dépouille. M. Maindron qui, pendant son séjour au havre de Dorey, a recueilli de nombreuses observations s'exprime ainsi : « Ne cessons pas de le répéter, la Nouvelle- Guinée est encore une des régions qui nous ménagent le plus de surprises ; ne nous empressons pas de conclure sur un pays dont un vingtième du territoire nous est à peine connu, et où c'est faire œuvre d'explorateur intrépide que de pénétrer à moins de dix lieues dans l'intérieur. » Après cet aperçu d'ensemble sur les richesses ornitholo- giques de la Nouvelle-Guinée, revenons aux Oiseaux de Paradis, objet plus spécial de cette étude. Le commerce des dépouilles d'oiseaux de la Nouvelle- Guinée se pratique de temps immémorial. — Wallace nous apprend que les indigènes de Dorey venaient à Amberbaki acheter les Paradisiens et retournaient dans leur pays, pour les revendre aux Bughis ou marchands de Ternate. — Singa- pore était l'emporium de la vente. — Aujourd'hui tout cela est changé ; ce sont quelques négociants, métis hollandais de Ternate qui monopolisent le commerce des dépouilles d'oi- seaux de la Nouvelle-Guinée et sont cause à la fois de la surproduction et de l'importation de dépouilles de qualité inférieure. Jadis les indigènes de la Grande Terre acquittaient le tri- but annuel que leur imposaient les petits sultans des lies voisines par la remise d'un certain nombre de dépouilles d'oiseaux de diverses espèces. — Leurs chasses se bornaient alors à la recherche de quatre ou cinq espèces dont ils se procuraient des quantités assez importantes. Ces espèces étaient : 1" le Paradis grand Emeraude, Paradiseaaiioda, ou Paradis mâle des plumassiers ; 2" le Paradis i)etit Emeraude, Paradisea minor Papuana, Paradis femelle des Plumas- siers ; 3° le Paradisier rouge, Paradisea rulira ; 4° le Magni- fique, Diphyllodes speciosus ; 5<^ le Manucaude, Cicinnurus regius. ■ Outre les variétés ci-dessus indiquées, ils apportaient des 56 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. échantillons d'autres espèces, princijjalement de celles dési- gnées par l'appellation générale cVOiseavx de velours dont les spécimens de plumage presque toujours parlait, avaient autrefois une grande valeur. — De ceux-là on ne voit plus aujourd'hui que de troj) rares exemplaires tandis que les défectueux abondent. ,,^^,,|^ .^,y,;. D'après M. Rafïray, les objets d'échange avec les Papous sont: les Sarongs, sorte de grande serviette multicolore que les hommes et femmes de la Malaisie s'attachent autour des reins. Ils valent environ 3 francs. Les Papous les estiment fort, bien qu'ils n'en fassent aucun usage pour leur costume ; mais pour eux c'est un type monétaire indispensable dans toute transaction importante. Le Kaïn, étoffe bleue valant environ 5 fr. 30, jouit à peu près de la même faveur sur les marchés. Sont admis aussi les Manimani, verroterie de Venise bleu clair opaque qui s'écliange à la brasse {Depas), pour faire des colliers, les couperets [Pedas], les couteaux de formes et valeurs diverses et enfin, mais en dernière ligne, les petits miroirs. , ,,., ^.,vt,,irï^,(to'v ^.ui^'^fi «'^i Dans la Nouvelle-Guinée allemande depuis le l*^"" janvier 1892, des règlements de protection en faveur des Oiseaux de Paradis sont entrés en vigueur. Une nouvelle loi formulée dans cinq articles, exige une autorisation spéciale pour la chasse de ces oiseaux splendides et il faut espérer que, grâce à une protection raisonnée, on réussira à empêcher leur des- truction complète. L'adoption de ces mesures de conservation doit devenir générale, c'est par elles seulement qu'on évitera à nos successeurs dans Findustrie des iilumes pour parures, la disparition d'un des éléments les i)lus importants de leur commerce. C'est aux gouvernements Anglais et Hollandais qui se par- tagent la souveraineté des autres parties de la Nouvelle-Gui- née qu'incombe la tâche de prendre d'accord des mesures de prévoyance. Il y a urgence, car le mal sera bientôt sans remède, si l'on en juge par les quantités innombrables de spécimens que les importateurs livrent depuis i)lusieurs années au com- merce. Une expérience personnelle de vingt années m'a mis à même de constater que, s'il y a eu accroissement quant à la quantité, il y a eu diminution constante quant à la qualité. L'avidité sans limite des traitants métis hollandais deTernate, 'absence de tout contrôle sont les causes réelles de cette ex- CONTRIBUTIONS ORNITHÛLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. o7 ploitatioii déraisonnable dont les résultats funestes sont déjà appréciables. On ne peut plus aujourd'hui se procurer ces beaux sujets adultes, au plumage parlait qu'on rencontrait encore il y a dix ans, et bientôt nos Musées ne sauront où s'adresser pour remplacer leurs exemplaires détériorés. Les Oiseaux qui actuellement inondent le marché de Paris, sont surtout des jeunes revêtus encore de leur première livrée sans éclat, et par suite sans grande valeur industrielle. Le plumage ])arrait chez l'Oiseau est le signe caractéristique de son aptitude à la reproduction; or si on tue les mâles avant (iu"ils aient pu remplir le rôle de reproducteurs on arrivera forcément à l'anéantissement de l'espèce, quand même on admettrait avec M. Oustalet que le mâle étant polygame, un seul suffirait à la fécondation de plusieurs femelles. Puisse donc notre appel être entendu de tous ceux qui à des points de vue diflerents s'intéressent à la conservation de l'Oiseau de Paradis, une des merveilles de la nature ! Que l'industriel et le savant, les agents consulaires et les sociétés zoologiques s'unissent pour réclamer une législation protectrice ! •; Une trentaine d'espèces ont été figurées en couleur par M. Elliot dans sa splendide Monographie des Paradisicî's, et par M. Gould, dans ses Oiseaux de la Nouvelle-Guinée ; grâce aux planches de ces ouvrages, on peut apprécier la beauté et la richesse des Paradisiers. Le Paradis femelle,. des Plumassiers, est l'espèce la plus commune aujourd'hui. La préparation classique pratiquée de temps immémcrial î)ar les Papous : La peau raccornie autour d'un morceau de bois dur, effilé à un bout, ou d'une tige de Sagou dont l'extrémité sort par le bec de l'oiseau, devient rare aujourd'hui. Les pré-., parafions sont modifiées à l'Européenne, c'est généralement en peaux bourrées, complètes, que nous parviennent les in- nombrables dépouilles d'oiseaux tués en toute saison ; ce qui explique l'énorme proportion de dépouilles défectueuses qui abondent aujourd'hui. Jeunes ou adultes, mâles ou femelles, tout fait nombre ; il semblerait que la chasse est commandée par des entrepreneurs ayant passé marché pour la fourniture d'un nombre indétermine, avec un prix fixé à forfait à une moyenne par oiseau lout venanl. Je ne puis trouver d'autre explication à l'importation à jet continu d'oiseaux défec- tueux, fait déplorable sous tous rapports. o8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Quand dans une industrie de luxe, il y a surproduction, le négociant est amené à créer de nouveaux débouchés ; la qua- lité et les prix s'abaissent ; l'article à la portée de tous est déprécié aux yeux de ceux ou de celles dont le goût fait loi. C'est ainsi que sont tombées en défaveur ces belles fantaisies qui ornaient les chapeaux des dames et dont les Paradisiers fournissaient l'élément principal. — Aujourd'hui, perles, rubans, dentelles ont remplacé la plume devenue trop com- mune et la ruine est imminente pour une industrie autrefois florissante et qui déjà ne forme plus d'apitrenties. Se trou- vera -t -il une artiste de génie pour ramener la vogue? Quelque élégante aura-t-elle l'heureuse initiative nécessaire pour réagir ? nous le souhaitons sans trop l'espérer; et pour- tant quelle admirable parure que l'Oiseau de Paradis, non pas celui au plumage décoloré qui nous parvient aujourd'hui, mais ce mâle adulte, rutilant d'or et dont les gerbes retom- baient avec tant de grâce. — Quel spectacle plus ravissant encore doit ofï'rir l'oiseau à l'observateur assez heureux pour le contempler vivant au milieu de ses forêts ! De temps immémorial, les plumes de flancs des Paradi- siers ont servi à orner les turbans des mandarins de la Chine, des Rajahs de l'Inde et de la Malaisie. En Europe, le turban de Paradis, confectionné avec le Petit Emeraude, fut à la mode depuis la fln du règne de Charles X jusqu'au milieu du règne de Louis-Philippe : Cette vogue prolongée fut due aux expéditions scientifiques de la Coquille en 1824, de V As- trolabe et de la Zélée en 18.39. — Le premier de ces navires séjourna près d'un inois dans le havre de Dorey, sur la c(3te septentrionale de la Nouvelle-Guinée, et à l'entrée de la baie de Gelwinck, les deux autres visitèrent les îles Arou, situées au sud de la Nouvelle -Guinée et la baie du Triton, qui s'ouvre sur la côte méridionale, et oftîciers et marins rappor- tèrent de leurs voyages de nombreuses dépouilles, qu'en leur honneur on s'empressa d'utiliser. Le turban de Paradis , la coifl"ure de nos aïeules, était alors le complément nécessaire du costume du temps du Directoire et de la Restauration. De nos jours, si les grands couturiers restent scrupuleux dans la reproduction du vêtement des différentes époques, ils sont rarement imités par les modistes dont la fantaisie est le seul guide. L'Oiseau de Paradis est encore employé, mais son usage n'est soumis à aucune règle. CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. o9 Il en est de même, du reste, pour les costumes historiques dans lesquels la plume d'Autiniche occupait comme ornement une place importante. — Au moyen âge, le cimier du cheva- lier, sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, le chapeau des seigneurs et des châtelaines, sous le Directoire et même sous l'Empire, la coifTure des grands dignitaires étaient ornés de la plume d'Autruche simple et sans aucune doublure, plume que seul produit l'oiseau sauvage du Soudan. Aujourd'hui, sur nos scènes lyriques et dramatiques , nous retrouvons les costumes d'autrefois exactement reproduits. Quant aux plumes, il serait difficile d'établir leur provenance, et leur aspect lamentable détruit l'effet cherché. L'ordre scientifique adopté par divers auteurs, les classi- fications multiples, les dénominations bizarres pour le même oiseau, parfois fort confuses, mettent souvent le profane dans l'embarras. -- , La classification la plus généralement admise pour toute la catégorie d'oiseaux de Paradis est celle du célèbre natura- liste anglais Graj'; nous reproduisons le tableau qui se trouve dans Hand-list of Gênera and species of Blt^ls, du 8 juillet 1871, qui nous guidera dans l'ordre dç cette étude. i'-t-t" m! 'f r'î -r!'- :'l 'f^ O TRIliUï. II Teiuiirostrcs .\ fc / III Denliroslres t. FAMILIA. SUBFAMIMA. G EN US. I Upupid.e . i PfHo.-nis \ III EjiiiJiachinie • • . j E/tiiiiachus . [ Falculia. . . . \ IV Couirc'Slres.-, I Oi-ioUnce Ptilonorliynchiiiif.') Pcilonortjnrhin; . . . î II Pai'adiseidœ. I Faradiseinto . . . XII OHiOLib,E.< I Serictdm. (il III Stnrnidie. . I Manncodi'Ke . Cklami/dei\i . . . Paradisea .... I Astrapia ( Afanncodia | 2 lu y] D Z a o a n •20 4 7 1 o o » 4 11 o 10 60 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQLÉES. Ce tableau comprend cinquante espèces connues en 1871 ; ce nombre n'a pas considérablement augmenté depuis cette date. Notre travail plus spécialement limité aux variétés ayant un emi)loi industriel ne comprendra que les espèces intéressant le commerce de la parure, qui y trouvera d'utiles renseignements ; nous ne citerons que pour mémoire les sortes encore fort rares dont le prix élevé ne permet pas l'utilisation commerciale, autre que celle de iburniture pour collection ou musée. La lamille la plus importante dans l'industrie, celle connue sous le nom de Paradisiers (vrais paradisiers), est la mieux connue aujourd'hui sous tous rappoi-ts. Dans les Merveilles de la Nature, de Brehm (traduction française), Oiseaux, les amateurs d'érudition trouveront tous les éléments devant les satisfaire. ■ , . {A suivre.) '■. -.'^1' i r.n'i '■ ■:■':) ilJ'j •jii>rU'\ . :J ',U-.\ -.■ LA QUESTION DE L'ANGUILLE Par m. de SCILECK. '' ' " ^"^' "*'■' '■■'-■m;'' fid ■*( IV,' D'après Aristotc, rAngnille [Anguilla vnlgaris Flem.) naîtrait du Ver de terre. Linné et d'autres croyaient que ce Poisson mettait au monde des petits vivants. Un Hollandais, F. Ruisch, assurait qu'un seul produisait à la fois dix jeunes de l'épaisseur d'une ficelle. Enfin, suivant l'opinion d'autres naturalistes, l'Anguille ne naissait pas d'une Anguille, mais d'un Poisson resté inconnu. Les recherches plus récentes de Mondini et de Syrski établirent trois points importants, sa- voir : l'Anguille n'est pas hermaphrodite ; elle n'est pas non plus vivipare ; on distingue facilement une Anguille mâle d'une Anguille femelle. On n'en revient pas quand on voit qu'on a été fixé si tard sur l'origine de ce Poisson répandu dans presque toute lEurope, qui dès la plus haute antiquité fut apprécié et recherché pour sa valeur culinaire. Mais l'on s'étonne encore davantage quand on constate que son mode de reproduction et son développement n'ont pu jusqu'ici être étudiés à fond. Sa vie mystérieuse le dérobe aux observateurs les plus ardents. Cependant des données viennent s'ajouter peu à peu à son histoire. Pour la comprendre, nous devons remonter au siècle dernier. En ViTi, un professeur de Bologne, Carlo Mondini, décou- vrait les organes femelles chez l'Anguille. Sa découverte ne fut point acceptée par ses collègues italiens, en particulier par Si)allanzani qui ne voyait dans ces ovaires autre chose que des bourrelets graisseux formés par la peau du ventre. On s'inclina devant l'autorité de Spallanzani, qui lui-même s'oc- cupait de la question, car il séjourna deux ans de suite à Co- macchio au moment de la pèche aux Anguilles. Vers la même époque (1780) un Allemand, Otto F. Millier, retrouvait ces mêmes ovaires. En 1824, II. Rathke les obser- vait aussi. Un demi-siècle après (1874), Syrski, Directeur du Musée de zoologie à Trieste, découvrait chez de jeunes An- guilles un nouvel organe qu'il appela « Organe de Syrski ». Tout porte à croire que c'est là l'organe mâle ; sur les An- G2 KEVUE DES SCIENCES NATUliELLES AITLIQL'EES. g-nilles où on le trouve, l'organe de génération femelle (de Mondini) manque. Quant aux caractères extérieurs qui distinguent les sexes, on constata que l'Anguille mâle était plus petite que la le- melle. Syrski reconnut d'abord que le mâle atteignait tout au plus 430 millimètres de taille ; mais depuis (1880), M. Jacoby rencontra à Trieste et à Comacchio des Anguilles reconnues comme mâles qui mesuraient de 450 à 480 millimètres. M. E. Sennebogen, auquel nous empruntons ces données (1), recueil- lit récemment dans les lagunes à Venise des mâles mesurant 485 jusqu'à 490 millimètres en longueur. Il paraîtrait que les Anguilles mâles de la vallée de Comac- chio et de Saint-Esprit, près de Mesola, ne dépassent jamais 4(50 millimètres de taille. M. Sennebogen séjourna dix ans dans les lagunes de l'Adriatique; il constata que les Anguilles portant les organes femelles sont toujours plus abondantes que celles où l'on trouve les organes de Syrski (Poissons mâles ?) Les femelles des lagunes vénitiennes seraient encore, en moyenne, plus nombreuses qu'à Comacchio. Ce naturaliste définit les caractères extérieurs des deux sexes de la façon suivante : Le Poisson mâle dépasse rarement 490 millimètres détaille; la femelle peut dépasser un mètre et atteindre une épaisseur exceptionnelle. Les yeux du mâle sont toujours proportion- nellement plus développés que ceux de la femelle. — Suivant M. Jacoby, la femelle posséderait la nageoire dorsale plus élevée et plus large que le mâle ; mais les avis sont encore partagés sur ce caractère. — La coloration diffère beaucoup suivant le sexe. La femelle est plus claire que le mâle. Celui- ci est verdâtre dans la région dorsale et blanc ou blanc-jau- nâtre sur le ventre et ne porte aucun reflet métallique sur cette partie. Au contraire, chez la femelle, le dos est d'un vert sombre tirant au noirâtre; le ventre est d'un blanc ar- genté ou bleuâtre (jamais jaunâtre) ; on y voit des reflets mé- talliques très prononcés. Quand on tire des Anguilles de l'eau, en ayant soin de séparer les sexes, on observe que les fe- melles se débarrassent d'une quantité de mucosité plus grande que les mâles. Si l'on coupe un morceau de peau d'une femelle morte pour le placer sous un microscope, on (1) Zciuxlir'ift fil,- Fischcrci, 1803, no 4. Ll LA QUESTION DE L'ANGUILLE. 63 reconnaît que ses écailles sont plus petites et plus fines que chez le mâle. Enfin, des gastronomes assurent que la chair de l'Anguille mâle, marinée, rôtie ou simplement cuite, est très supérieure à celle de l'Anguille Temelle. En résumé, on distingue maintenant le Poisson mâle du Poisson femelle. Mais quatre questions n'ont point encore été élucidées : 1. Les œuls déposés produisent-ils réellement de jeunes Anguilles ? Personne n'en a été témoin. 2. Les organes de Syrski renferment-ils des spermato- zoaires, c'est-à-dire de la laitance fécondante? ., ,, j,i 3. Les Anguilles mâles et femelles qui descendent en mer pour se reproduire, remontent-elles? — De Siehold émet à ce sujet une opinion dans son ouvrage sur les Poissons d'eau douce de l'Europe centrale ; l'Anguille meurt, dit-il, peu après l'acte de reproduction. Il en atti-ibue la cause au déve- loppement excessif et trop rapide des organes générateurs. 4. On n'a pas réussi jusqu'ici à repêcher en mer des An- guilles qui aient frayé. La Revue des Sciences naturelles appliquées a publié, à liverses reprises, des détails particuliers sur les Anguilles. Nous renvoyons à ces numéros (1). Nous rappellerons seule- ment le plan d'expériences de M. le prof. E. Blancliard pour examiner, si possible, les Anguilles après leur frai (-2). Il con- siste à les pourvoir de médailles, moyen adopté aujourd'hui dans plusieurs pays et notamment en Angleterre pour étu- dier les migrations chez les Poissons. Nous mentionnerons quelques chiffres qui prouvent toute l'importance qu'a de nos jours la pèche des Anguilles, princi- palement en Italie. Vallée de Moraro (lagunes de Venise). — Propriétaire : le chevalier Emile de Penzo, On pèche annuellement 25,000 kilogs. de ce Poisson; le poids moyen est de 480 grammes la pièce. Vallée de Cannevié, près Mesola (lagunes de Comacchio). — Propriétaire : l'hôpital du vSaint-Esprit à Rome. La pêche s'élève à 27,000 kilogs. par an. Les Anguilles pèsent en moyenne 290 grammes. Dans les eaux saumâtres, l'on rencontre une autre sorte d'Anguille, considérée comme une variété de VAngailla flu- (1) Revue, 1885, p. 325, 3:14, G04 ; 1889, p. 399, 693 et 93o. 12) Ib., 1889, p. 7G6. 64 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. viaiUis (femelle) et nommée par Th. de Siebold, Anguilla fluviatilis femina sterilis. En examinant, sous le microscope, sur celle-ci les organes de la génération, on observe des œuls, mais l'on n'y voit pas des vésicules, c'est-à-dire des noyaux. Cette Ibrme se reconnaît, en outre, à certains signes extérieurs : le dos est d'une couleur verdâtre sombre ; le ventre est d'un jaune accentué, soit beaucoup plus jaune que chez les lémelles ordinaires ; les yeux sont petits et la tête remarquablement large. Ces sortes d'Anguilles mangent pen- dant toute l'année ; l'instinct et la nécessité de migration ne leur viennent pas. Comme elles séjournent continuellement dans les lagunes, on pense qu'elles ne frayent jamais. M. Sennebogen suppose, au contraire, qu'elles subissent plus tard une ])hase que nous ne connaissons pas, pour devenir ensuite des femelles normales. Nous reproduisons ci-après ses intéressantes expériences à ce sujet. En 1885, M. Sennebogen plaça dans un bassin artificiel dix Anguilles dites « stériles » dont l'âge paraissait varier entre trois et cinq ans. Leurs dimensions prises avant Vcx- 2)érience sont notées sur le tableau n" 1. TABLEAU 1. u 9 V '3 La peur du museau euti'o uasnles. Larpcur du miisrau entre les yeu.v. La\ Epufîur du lit tête; le milipn tljs yeux. =3 5 S Loasu?ui- (le U tête jusqu'aux ouïe-. n.iutoiu- lie la nageoire ilor.-iile. Coloration du dop. C ul o r a tio n (lu veutre. I 4!I5 9.0 17.5 IS 3.5 GS 8 Vin-[e:ille. Jaune aocealaé. II 492 9.5 17.5 17.5 4 G7 8 » >> III 480 8 17 17.5 4 G7 i » » TV 4S0 7.5 1G.5 17.5 4 G j . 5 8 Verl-sombre. » V 475 7.5 10.5 17 4 G3 7 Vsn-fer.lle. » YI 4G5 7.5 ir, 1(3 4.5 G 2 G. 5 i> » VII 440 7.5 15 15 4.5 (')0 . 5 0.5 » » Vin 410 7 15 14.5 4 55 G » ^> IX 3 /5 7 12.5 12 4 52 7 5 » » X 360 7 12.5 12 4 51 7 » /> Dans le courant de la première année, trois périrent (au- tant que M. Sennebogen put s'assurer, les n°' IT, VII et IX). LA QUESTION HE L'AXiiUILLE. 65 Chez les sept autres, il constata une augmentation de poids insignifiante, mais un allongement de corps; sauf cela, aucun changement marqué. Il en fut ainsi la seconde et la troisième année. Au printemps, on versait dans le bassin de l'eau de mer ; mais les Poissons ne s'en apercevaient pas et conti- nuaient de manger. En l'été de la quatrième année, M. Sen- nebogen remarqua une modiflcation dans les couleurs de trois de ses Anguilles (n^^^ V, VIII et IX). Elles avaient pris la teinte normale de femelles ordinaires. Vers la fin d'août de la même année, ces trois Anguilles cessèrent subitement de manger et, quand on introduisit dans le bassin l'eau de mer, elles s'agitèrent. Elles s'aperce- vaient de l'intrusion de l'eau sans chercher à s'échapper, ce que l'on observe chez les Anguilles ordinaires. Elles mesu- raient à cette époque (Voy. tableau n° 2]: TABLEAU 2. . o L:irnHUr ? — du o - d ^ tft ii)Ust;au 2 H ^ entre le.'* fns-es W ■^ nasales. I 500 9 III 492 8 IV 491 i V 483 i VI 475 7.5 VIII 414 6.5 IX 379 6.5 L;\i"geur du m liteau entre les yeux. 17. 17 16 15. 16 13 12 Long-uPur de la tùte depuU le milieu dos yeux. 17 17 17. 16 16 14 12 = -A Lon£,rileui' u (le la têti 5 2 jusqu'iiui ouïes. 3.5 67 4 67 4 66 6 6Û.5 4.5 62 5.5 53.8 5 50 Hauteur de la napeoiro dorsale. 8 7 8 7 6.5 6 6 Culor.ntiou do dos. Vert-feuille. » Coloration du ventre. Jaune accentué. » » » » Jaucà'.re. » Jaune accentué en. Blanc-jaunâtre » Jaunâtre. En comparant les deux tableaux, nous trouvons un chan- gement marqué aussi bien dans les couleurs que dans les di- mensions des n"^ V, VIII et IX. Quand on disséqua V, on trouva des ovaires normalement développés des deux côtés de la colonne vertébrale, en place des masses graisseuses et gélatineuses que l'on voyait auparavant. Chez les deux autres, VIII et IX, les ovaires étaient moins développés ; ici encore les organes s'étaient modifiés. L'Anguille dite « stérile » est nommée à Comacchio Pas- ciuio: le vulgaire appelle ces Poissons Prcsciidii. A Venise 20 Janvier 1894. 5 66 REVUK DES tiCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. et à Chioggia, on la désigne à tort sous le nom de Bisalto marino ou Anguille de mer. Pasciuto signifie « nourri » pour la distinguer des autres dont les intestins et l'estomac sont toujours yides quand on les capture. Dans les vallées et sur les marchés italiens, ce Poisson porte deux noms différents. Les deux sexes sont également YAnguilla feminale (femelle) ; mais l'on distingue encore la Pasciulo ou Bisatto mcunno. Les premières sont surtout re- cherchées ; elles atteignent des prix plus élevés. Elles se prê- tent principalement à être marinées ; leur chair est ferme et compacte. Au contraire, la Pasciuto, dont la chair est tendre et savoureuse, ne doit jamais être marinée ; comme nous venons de le voir, son estomac et ses intestins contiennent des restes de nourriture ou d'excréments qui nuisent à sa conservation. Malheureusement, dans les grandes fabriques de conserves d'Anguilles, on ne fait aucune différence entre les deux. La Pascmio, coûtant moins cher, entre plus que l'autre dans la consommation. . , ■-. : . --•■■'• ■ ■ I ',■ ^:' '1 i I ' I V ; ■ ,- :■- I ■'!(/ ; : ' '■■ ■' .1 V\ I Mil ;M»,Uf)l!:MV((: ■.■Oifr,!; LES BOIS INDUSTRIELS - INDIGÈNES ET EXOTIQUES i,;/ ,': Par Jules GRISARD et Maximilien VANDEN-BERGHb:. ( SUITE * ) BRYA EBENÙS DG. Bois de Grenadille de Cuba. Bois d'Aspalath. i Arnerimnum ebeniis Swartz. Aspalathus ebenus L. P(eroca7'pus biix-f/oUa 'Munv.. ^ '■; ' -'''ii — ebenus Pers. ' i"' '-:f)i:''' '> ! t — glabra Reich. Anglais : Jamaica Hbonij, West Indian TUbony, Grcen Ebonij, Cocui-wooa. Antilles : Bois noir. Amérique espagnole : Granai/illo. Mexique: Eiano, Palo fierro. Salvador-: Ebaiio neqro. Arbre forestier d'une hauteur de 10-15 mètres, dont la tige est recouverte d'une écorce très mince, légère, se déta- chant facilement par lamelles fibreuses; feuilles subsessiles, obovales, obtuses, coriaces. Originaire des Antilles, cette espèce se rencontre encore sur le continent, au Mexique, au Venezuela, au Salvador, etc. Son bois, de couleur brun rougeâtre et verdâtre veiné de vert pâle, est lourd, compact et très dur ; il est formé de couches concentriques très nombreuses, les unes rougeâtres et les autres verdàtres. La coupe longitudinale offre au centre des nœuds formant de gracieux dessins. L'aubier est peu épais, blanc-jaune, moins dur et moins compact que le bois. Cette essence est employée en Amérique dans la cons- truction des habitations, pour piliers, colonnes, etc., ainsi que pour la menuiserie et la fabrication des meubles. En (*) Voyez Eevue, années 1891, note p. 342 ; 1892, 1" semestre, note p. 583, et 2° semestre, note p. 517 ; 1893, !'"■ semestre, note p. 512, et 2° semestre] note p. 503. 68 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Europe, c'est im des bois les pins estimés pour le tour et la marqueterie. Le bois de Grenadille de Cuba nous arrive en bûches de l'^,50 à 2 mètres sur un diamètre de 8-10 centi- mètres, soit en grume, soit privé de son écorce. Sa densité est de 1,320. CA.STANOSPERMUM AUSTRALE A. Cunngh. Queensland : Mcrton Ba>j Chesnut. Grand et très bel arbre atteignant une hauteur de 25-30 mètres, sur un diamètre variant de 60 centimètres à l'",25. Feuilles pennées avec impaire, à folioles nombreuses, ellip- tiques, glabres, disposées comme celles du Robinier, mais plus grandes. ' ' ■*^'- " Commun au Queensland sur le bord des rivières où il cons- titue l'essence dominante de beaucoup de jungles très éten- dues, cet arbre se rencontre encore sur quelques points de la Nouvelle-Calédonie, mais il y est assez rare. Son bois, de couleur brun foncé, compact, d-'une densité et d'une dureté moyenne, présente une grande ressemblance avec le Noyer; son grain fin permet de lui donner un poli brillant. Très joli étant verni, il convient à l'ébénisterie et à la menuiserie fine; ses fibres longues et droites en font aussi nn bon bois de fente pour la fabrication des merrams des- tinés à la tonnellerie. ^uvm Ses graines, contenues dans une gousse volumineuse, oblongue, cylindrique, sont farineuses et très bonnes à manger étant cuites à la manière de nos châtaignes dont elles ont, du reste, la grosseur et aussi un peu la forme. Cette espèce a été introduite dans la culture ornementale; elle prospère bien en serre tempérée, mais elle ne tarde guère à y devenir encombrante. li f-Tu CENTROLOBIUM ROBUSTUM Benth. Bois de Cartan. Nissolla robmta Arrub. ■'•■ Brésil ; ArarihA ou Jiririba roxo, Pao da rainha. Guyane : Cartanich. i,Ui-; . ijj,- t Yéaézuéla : Balcnistre, Cartan, Arbre inerme, a feuilles imparipennées, accompagnées de stipules inégalement ovales, foliacées et caduques, originaire de l'Amérique tropicale : Brésil, Guyane, Venezuela, etc. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 69 L'aubier est blanc et peu éjjais ; le bois, d'une belle couleur jaune orangé ou rouge pâle dans les jeunes arbres, prend une teinte rouge loncé, quelquefois parsemée de veines brunes presque noires dans les vieux arbres, ce qui lui donne une assez grande ressemblance avec l'acajou dont il possède les qualités. Ses couches annuelles forment des anneaux con- centriques très apparents sur la coupe transversale, chose assez rare dans les bois exotiques. Ses fibres sont longues et droites, ce qui permet de le fendre avec facilité et de le divi- ser suivant les travaux auxquels on le destine. Élastique et résistante, d'une dureté et d'une densité moyennes, presque incorruptible et inattaquable par les insectes, cette essence est très appréciée dans la construction, comme bois de char- pente, ainsi que pour les ouvrages de menuiserie, notamment ceux de parquetage. On a observé, dans des démolitions laites il y a quelques années à Rio de Janeiro, que des boise- ries intérieures et extérieures avaient résisté environ un siècle. La marine tire également un excellent parti du Bois de Cartan parce qu'il possède la propriété de se durcir au contact de l'eau, ce qui augmente considérablement sa durée et fait que les tarets ont peu d'action sur lui. Sa ténacité le recommande en outre pour la fabrication des échelles, cannes, archets de violons, etc. Les Lidiens en l'ont des arcs, des manches de haches et autres objets demandant de la résis- tance. Sa densité est de 0,850. Le Bois de Cartan est rare dans le commerce européen. Cependant, d'après M. Grosourdy, il mériterait d'être exporté en plus grande quantité, car sa vente serait assurée parce qu'il convient admirablement à toutes sortes de travaux et trouverait un emploi avantageux dans la teinture et l'ébé- nisterie. Le C. rohuslum secrète une résine qui peut être utilisée dan?; l'industrie. Les Aravibâ amarella et rosa du Brésil ne sont que des variétés de cette espèce. Le Centra loUum Paracnse Mart., Brésil : Macacaûha, Miilràpinuna, Pait-rainlia (Bois la reine) est un grand arbre dont le bois est employé dans les constructions civiles et navales et aussi dans l'ébénisterie et la menuiserie. Le Centrolodium iomentosum Benth., de la Guyane, est encore à citer pour les qualités de son bois. 70 REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. CLA.DRASTIS AMURENSIS Benth. et Hook. i'"j . .iiiJii'/i, Buergeria floribunda Mio, Ciadrastis floribunda Max. '■ Japon : Inu-ijcnju, Kiwada. (Bois jaune.) Arbre d'une hauteur de 10-12 mètres sur un diamètre de 25-30 centimètres, recouvert d'une écorce blanche ; feuilles inégalement pinnées à 3-4 paires de folioles ovales, oblon- gues, dentées, couvertes de i)oils fins. '• ■ ■ i — - Originaire de la région du fleuve Amour et de son af- fluent rUssuri, cette espèce croît aussi naturellement au Ja- pon, dans les forêts et les parties incultes des régions monta- gneuses des îles de Kiusiu, Nippon, etc., elle est également cultiAfée comme ornement dans les jardins. Son bois, de couleur gris jaunâtre ou brunâtre, est solide, résistant, assez dur, à fibres obliques, irrégulières. Employé dans les constructions japonaises, ce bois est encore utilisé pour fabriquer des boîtes, divers objets tournés, etc. Les Ja- ponais s'en servent aussi pour teindre les étoffes en jaune. L'écorce possède des propriétés astringentes qui la font employer dans la médecine japonaise contre les maux de gorge et les affections intestinales accompagnées de diarrhée. Les fruits sont regardés comme anthelmintiques par les Chi- nois et les Japonais. î . . . ..- ....-, .V.,, 4,, . .1 , .,,,.T, CLADRASTIS TINGTORIA Raf. Virgilier à bois jaune. Yirgilia lutea Mighx. Etats-Unis : Ycllo/o irood, Yellow ash, Gophcr irood. Bel arbre d'une hauteur de 10-15 mètres dont le tronc, re- couvert d'une écorce lisse, verdâtre, atteint un diamètre de 80-90 centimètres. Feuilles pennées avec impaire, composées de 5-9 folioles alternes, amples, généralement obovales-oblon- gues, arrondies, glabres. ' ' ■ 'j'-'^' Originaire de l'Amérique septentrionale, cette espèce croît spontanément dans les terrains profonds et fertiles du Ten- nessee, du Kentucky et de la Caroline du Nord. Cet arbre, fort ornemental, est introduit depuis longtemps dans les cul- LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 71 tnres européennes, mais il y est encore assez peu répandu ; très rustique et d'un développement rapide dans les sols riches, plutôt secs qu'humides, il ne donne, toutefois, qu'à une exposition chaude ses belles et longues grappes de fleurs blanches, presque aussi grandes que celles du Robinier. Son bois, d'une belle couleur jaune clair et brillante, tour- nant au brun sous l'action de la lumière, est assez lourd, très dur, solide, compact et d"un grain fin qui le rend susceptible de recevoir un beau poli. Ses couches annuelles d'accroisse- ment sont nettement marquées par plusieurs rangs de vais- seaux ouverts et contiennent une multitude de canaux sem- blables également distribués Très bonne pour le charronnage, le tour, la menuiserie et autres travaux, cette essence est peu employée en Amérique comme bois de travail et n'est guère utilisée que pour le chaufiage et occasionnellement pour la confection des bois de fusils. Le Virgilier fournit en outre une matière colorante jaune safran dont on tire parti industriellement pour la teinture des étofiés, mais on dit cette couleur peu fixe. .:i.in!-i'M , •.■ v... , Ce bel arbre mérite d'être propagé dans nos parcs et jardins. DALBERGIA LATIFOLIA Roxb. Anglais : Black-mood. Bengali : Hhisham, Siveta-shala. Tamoul : No:igue- marom, Eroupoutou-marom, Iti-eruvadi. Télenga : Verii-gudn-chawa. Jitegi. Bel arbre d'une hauteur moyenne de 20 mètres, à feuilles imparipennées, composées de folioles alternes, arrondies et échancrées. croissant dans les régions montagneuses de la côte de Coromandel. ^ Son bois, de couleur gris rougeàtre, plus rarement rouge foncé, veiné et moucheté de tons plus clairs, est dur, assez pesant et de bonne qualité. Il est recherché dans l'Inde pour la fabrication des meubles, jougs, courbes de bateaux, char- rues, etc. On en tire aussi un bon parti pour la confection de diverses pièces de charronnage, telles que roues, jantes et moyeux. Cette essence se trouve dans le commerce euro- péen ; c'est le plus rouge, le i)lus clair et en même temps le plus inférieur des bois de Palissandre; toutefois, ses pores sont privés de la matière résineuse dans laquelle réside l'o- deur du vrai Palissandre. , :■ , 12 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. DALBERGIA MEL ANOXYLON Guill. elPiiRR. Ebène du Sénégal. Ahyssiuie : Zoppi. Afrique portugaise : Minnpingué. Sénégal : Dialambaiu, , , , Ghclembann. Petit arbre d'une hauteur de 5-7 mètres, atteignant sou- vent les proportions d'un arbre de moyenne taille, à feuilles alternes, imparipennées, composées de folioles alternes, ovales, cunéiformes. Originaire de l'Afrique occidentale, cette espèce croît naturellement dans les forêts de la Séné- gambie, de l'Abvssinie, ainsi que dans les possessions por- tugaises. ; , ,' ._ , Son bois, de couleur noirâtre à la' périphérie et d'un noir intense vers le cœur, est solide, très dur et d'une longue conservation ; son grain fin et serré permet de lui donner un poli brillant. Excellent pour la fabrication de tous les objets demandant une grande résistance, il est encoi^e em- ployé avantageusement pour l'ébénisterie, la tabletterie,, la menuiserie et autres travaux. Les indigènes du Oualo en font des cannes et des grains de chapelet ; en Abyssinie, on s'en sert surtout pour les poignées de sabres et les modèles des dessins qu'on imprime sur le' cuir des livres reliés et des fourreaux d'armes. Cette essence est l'objet d'un trafic impor- tant au Sénégal où elle atteint même un prix assez élevé. Les DaWergia malifolia et nitidula Welw. donnent des bois semblables sous le rapport des qualités. On trouve encore dans le commerce, sous les noms de Dialamham et (VEbèiw du Sénégal, un bois de même aspect et de même force pro- venant d'une espèce du genre Diospyros. DALBERGIA NIGRA Allem. Palissandre ou Palixandre. Bois violet ou Bois de violette. ( " , • . , .anglais : Palis!:an.dev-wooil , Caviuua-ioool. Jacaraiidd-wood. Violet Flonj. Rui>e-wood. Brésil : Cabii'nia, Cabiûna prcta^ Jacuraudn cabiûna, Jficaranda negro. Jacaranda preto, Maria prêta, Cabre/iva. Paraguay : Jacnranda. Ja- caré vits. Képubliijue Argeutiue : Jacaranda. Yacaranda. Arbre de dimensions variables, à feuilles alternes attei- gnant parfois de fortes proportions dans, les terrains qui lui sont favorables. ■■•^■'^\\ù\\ty:■ 00-''^^ 'iff- ^■^rtl Originaire des régions chaudes de l'Amérique du Sud, LES BUIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTigUES. 73 cette espèce croît naturellement à la République Argentine, au Paraguay et, surtout, da,ns les forêts du Brésil et de la Guyane hollandaise. Elle Iburnit au commerce européen une partie du bois désigné sous le nom de Palissandre et autrefois sous celui de Sainte- Lucie; l'autre partie provient de plusieurs espèces des genres Machœrium et Jacaranda. Considéré sous l'ensemble de ses qualités, le Palissandre est un bois le plus souvent de couleur violacée brunissant avec le temps, mais pouvant varier du noisette clair au pourpre foncé, suivant les provenances. Outre ses jolies veines noi- râtres, il est encore pourvu de nuances marbrées et satinées parfois irrégulières et brusquement contrastées, d'autres fois rubannées ou plus ou moins confondues. Sa cou[)e longitudi- nale et oblique présente des pores très allongés formant des petits canaux ouverts et remplis de résine. Inodore ou fai- blement odorant à froid, le Palissandre exhale une odeur aromatique, douce, analogue à celle de la violette lorsqu'on le frotte ; cette odeur, due à la matière résineuse dont il est imprégné, se dissipe avec le temps. Lourd, compact, sonore et très dur, d'un grain fin et serré, ce bois est difficile à tra- vailler par suite de la dureté de ses veines ; il se polit assez bien, mais conserve mal le vernis. Sa densité est de 1,207. L'aubier est blanchâtre, tendre et assez épais. Le Palissandre est encore un des bois les plus recherchés pour la fabrication des meubles, des billards et des pianos de . luxe, quoique son importance ait beaucoup diminué depuis l'introduction, dans l'industrie de l'Acajou, d'autres essences exotiques. Outre son emploi dans l'ébénisterie, le Palis- sandre est d'un usage très fréquent dans la tabletterie et la marqueterie. Les luthiers s'en servent parfois pour faire des archets à cause de sa raideur. En Amérique il est utilisé dans les constructions, notamment au Paraguay, où on entait aussi de très belles cannes tournées. Les petits éclats brûlent avec facilité et servent à faire d'excellentes allumettes. Le Palissandre est reçu du Brésil en Europe par la voie de Bahia et de Rio-de-Janeiro ; ce dernier est le plus estimé. Il arrive quelquefois débité en planches, mais le plus souvent en billes nues ou en gros madriers d'une longueur de 3-5 mè- tres sur 20-60 centimètres de diamètre. 74 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. DALBERGIA SISSOO Roxb. Sissou. Pterocarpus Siasoo Koxb. Bengali et Hiudouslani : Sissoo. Sanscrit : Sinç/shupa. Sondanais : Aroij-sehoe ou setno!, Aroij-tjoekil andjieng. Tamoul : Roukan-marom, Sirrou-marom. Grand arbre d'une hauteur de 20-30 mètres dont le port rappelle celui de certains peupliers d'Europe, à feuilles alternes, imparipennées. Originaire des régions septentrio- nales de l'Inde, cette espèce croit principalement dans les forêts des montagnes de l'Himalaya, jusqu'à une altitude de 1,600 mètres, de préférence dans les terres sablonneuses; on la rencontre également dans quelques-unes des lies de la Sonde . Le bois, richement veiné de brun et de noir, d'une texture fine et serrée surtout vers le centre, constitue par ses qua- lités de force et de durée une des essences forestières les plus précieuses de l'Inde. Facile à travailler lorsque ses fibres ne sont pas trop ondulées, très élastique, plus résistant à la rupture transversale que le teck, le D. :^lssoo est un bois de chariiente de premier ordre; ses grandes dimensions per- mettent en outre de l'employer avantageusement dans les constructions navales. Comme il prend bien le poli et.se prête admirablement à la sculpture la plus délicate, on s'en sert souvent pour la fabrication des meubles de luxe. Les indi- gènes en confectionnent aussi divers instruments aratoires, notamment des socs de charrues d'une longue conservation. Très rustique et d'une croissance rapide, le Z). 'A. — tetrajitera Poir. Podah/ria telrapùera Poir. Î'-^'^ .^3 bxnriU So2)hora éeiraptera Ait. fin mh ^r-viiuu ù'i Nouvelle-Zélande : Kowai, Kowhai, KoliWM ou Khowai. Petit arbre d'une hauteur de ]0-ï5 mètres sur une circon- férence de l'",50 environ à la base, rarement droit, lançant des branches dans toutes les directions ; feuilles pennées, comi)Osées de plus de quarante petites folioles. Originaire de la Nouvelle-Zélande, cette espèce est assez commune dans toutes les îles, au bord des rivières et des fleuves. Elle est aussi cultivée en Europe, pour ses belles et larges fleurs jaunes pendantes. ,,,.,>., . m/,,, r i.* , Son bois, généralement rouge, parfois aussi jauiie-rbu- geâtre, est dur, sohde,. de très longue durée à l'air, dans la terre et dans l'eau ; de plus, il est sans aubier. Employé pour la fabrication des meubles et pour tous les travaux de me- 78 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ■• nuiserie, ce bois est également recherché pour clôtures et pa- lissades, piles de ponts, édification des quais et autres tra- vaux exigeant une longue résistance à l'humidité. Les Ma- cris en l'ont aussi des pagayes pour leurs pirogues. Les graines, contenues dans de longues grappes, servent à la nourriture de certains oiseaux. Edioardsia Macnabiana Grah. (Chili : Pelu). Arbre de grandes dimensions croissant spontanément au Chili. Son bois, d'une dureté excessive, lourd, solide et très résistant convient à un grand nombre d'applications, mais il est plus particulièrement recherché pour la confection des pièces de mécanique des moulins, notamment des roues dentées pour engrenages ; on en fait aussi des moyeux de voitures. ERYTHRINA CORALLODENDRON L. Arbre de corail. Eri/thrina spiaosa Mill. Annamite (vulg.) : Bon, Bounrj, Trich dàong bï. (mand.) : Tiim yr xu. An- tilles : Immortel, Bois immortel, Flamhoijant, Arbre à pois cafres, Bois de corail. Brésil : Mulungil. Cuba : Pii/oii cspinoso. Guyane (française) : Arbre immortel ; (anglaise) : Baracara. Salvador : Pito. Venezuela : Pericoa, Pericoca. -. Bel arbre atteignant parfois d'assez grandes dimensions, dont le tronc est souvent armé d'aiguillons épars et courts. Feuilles alternes, trifoliées, glabres, presque rhomboïdales, entières, stipulées et accompagnées d'épines aiguës, noirâtres. Originaire des régions chaudes de l'Amérique tropicale et méridionale où on la rencontre au Brésil, à la Guyane, au Venezuela, au Salvador, aux Antilles, etc., cette espèce est surtout très commune à la Guadeloupe et particulièrement plantée en lisières pour établir le bornage des propriétés. L'arbre est remarquable par la beauté de ses fleurs, d'un rouge foncé, disposées en grappes auxiliaires, terminales, nombreuses, naissant avant les feuilles, et par ses graines d'un rouge vif, tachées de noir, lisses, arrondies, employées par les nègres des Antilles pour faire des parures. Son bois, blanchâtre ou un peu grisâtre, quelquefois par- semé de petites veines noires bien tranchées vers le centre, est très grossier, d'un tissu lâche et spongieux, très léger et difficile à travailler. Cette essence n'offre aucun intérêt in- dustriel ; de plus, elle fournit un mauvais combustible qui se LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 79 consume sans donner de flammes. Sa densité approximative est de 0,270. : --■!" À la Martinique, on fait usage des fleurs comme pectorales et des feuilles comme laxatives. L'écorce de la racine possède une acîtion sudorifîque marquée. ERYTHRINA INDIGA La.mk. . V r /O r ^ I il ! Il -"lIll'Lf.'lV: Uriithrina corallodendroii LouR i,p L.;. . : — onentalis Mukr. Anglais : Dadap, Indtan Coml tree. Benf^'ali : Furrud. Guadeloupe : Holo- causte. Ilindoustani : Pangva, Palta-mandar. Marquises : Kcnaé. Maurice : Nonrouc. Nouvelle-Coléiionie (vai'.) : Meh. Surinam : Koffic-mama. San- dwich : Viri viri. Tuïli : Ataé. Bel arbre de moyenne grandeur, dont le tronc, cylin- drique, d'un diamètre assez fort, muni de petites épines sèches, se termine par une cime arrondie et compacte. Feuilles trifoliées, à folioles ovales-arrondies, subcordi- formes, membraneuses, aiguës au sommet. ■\ ■ u < ■ -^ r: Cultivé dans la plus grande partie de l'Inde et dans la Bir- manie, surtout pour faire des haies, cette espèce se rencontre également à la Guyane, en Océanie, aux Antilles et dans l'Inde ; elle est souvent plantée pour abriter les caféiers et comme tuteur des poivriers. Son bois, blanc, mou et léger, à grain lâche, de peu de du- rée, est utilisé pour des caisses d'emballage, des jouets et autres menus objets demandant peu de résistance. Par une exception singulière dans une famille si riche en essences de valeur, il est à remarquer que les Erythrina ne fournissent que des bois tout à fait mous et mauvais. LABURNUM VULGARE Griseb. Aubours. Ci/tisiis Laburnum L. Spartium Laburnum Cav. Français : Aubours, Alhours, Alhois. Cytise Auhoxirs, Cytise à grappes. Arbre de Danaé, Acacia jaune, Faux ébénier. Pluie d'or. Bois d'Aubo:irs, Bots d'arr, Arc-bois, Arbois, Bois de Cytise, Bois de lessive, Bois de lièvre, Bois d'ébène (faux). Grand et bel arbrisseau ou petit arbre pouvant atteindre quelquefois jusqu'à 10 mètres de hauteur, souvent buisson- nant dans les cultures, à rameaux cylindriques et blanchcâtres. 80 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ; Feuilles à 3-5 folioles oblongues, pubescentes en dessous, très variables dans leurs formes. Originaire des forêts subalpines, le Faux ébénier croit na- turellement dans les Alpes, le Daupliiné, le Maçonnais, ainsi qu'en Suisse et en Algérie, de préférence dans les terrains secs et pierreux et même dans les sols formés de calcaire cré- tacé. Cette espèce et un grand nombre du même genre sont très recherchées dans l'ornementation des jardins pour la formation des massifs et des plates-bandes. Cultivée comme essence forestière, elle se reproduit facilement par semis, au printemps et en automne. Son bois, parsemé de larges veines d'un brun verdâtre très foncé sur un fond jaunâtre ou verdâtre, devient d'une teinte noirâti'e au centre dans les arbres âgés et offre alors une certaine ressemblance avec l'ébène ; ses couches an- nuelles sont très apparentes. Lourd, très dur, souple et très élastiiiue, d'un grain fin et serré, le Faux ébénier prend un beau poli, se travaille aisément avec de bons outils et résiste très longtemps à la pourriture eu terre et aux intempéries. Sa densité varie entre 0.699 et 0.816. Peu employé dans l'ébénisterie proprement dite, mais es- timé pour la marqueterie, le Bois d'Aubours est surtout pré- cieux pour les tourneurs, les tabletiers et les luthiers, qui en font, suivant leur partie, des bâtons de chaises, des manches de couteaux, des flûtes et autres instruments de musique, des boites et des coffrets de toutes formes, etc. Dans quelques pays du Maçonnais, les habitants des campagnes s'en servent encore pour faire des arcs qui conservent toute leur sou- plesse pendant un demi-siècle. On suppose même que c'est avec ce bois que les Gaulois fabriquaient leurs arcs de chasse et de combat. Dans les pays vignobles où croît le Cytise, son bois est fréquemment employé pour faire des échalas, à cause de sa longue durée en terre, et pour remplacer le châtaignier dans la confection des cercles de tonneaux, par suite de sa force et de sa grande flexibilité. Dans ce cas, la coupe doit se pratiquer vers l'âge de huit ans, parce que la croissance, d'abord rapide, se ralentit après ce laps de temps. Toutes les parties non ligneuses de cette plante, notamment les semences, contiennent un principe vénéneux qui n'est pas sans inconvénient si on les fait entrer inconsidérément dans l'alimentation des bestiaux. , , LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 81 Le Lalmrmim Alpinwn Griseb. {Cytisiis Alpbius Mill. C. angustifolius Mœnch. ) «Cytise des Alpes » est une espèce très voisine, à feuilles glabres et luisantes, croissant naturel- lement dans les endroits sombres et humides des Alpes, oii elle n'est que rarement buissonnante et atteint parfois une hauteur de 10 mètres. Son bois ne se distingue pas de celui de l'espèce précédente et présente les mêmes qualités de force, de flexibilité et de durée. Les autres parties, écorce, fleurs, gousses, sont également vénéneuses. MACH^RIUM SGHOMBURGHII Benth. ' Bois de lettre marbré ou tigré. Guyane (française) : Bois de lettres mouche t:IO ■■:■:■■ : .'.; /■ III. CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. L'agriculture à Diego-Suarez (Madagascar). — La colo- nie française de Diego-Suarez jouit d'une merveilleuse ferlililc du sol. L'analyse des terres voge'lales a donné une quantité' surprenante d'acide phospborique , beaucoup de potasse due aux incendies annuels de pâturages et en plus de cela une quantité considérable de calcaire due à la de'sagregalion des monts du Français, du Windsor, du Dover Castlc, etc. > : i • , . : - On trouve à l'e'tat sauvage dans la montagne d'Ambre : Le Calé; six espèces dilférentes, dont l'une semble toute pareille au café du Ilarrar ou du Moka. Le Ricin, aussi, vient partout dans les bois. Le Coton sauvage couvre les plaines que les incendies annuels ont e'pargne' ; ce coton donne une soie longue et fine et ses capsules e'clatent au mois de mai avant la saison des grandes brises qui s'op- poseraient à la récolte. \ Le palmier Raphia forme des forêts entières le long de plusieurs ruisseaux, sur le revers ouest de la montagne d'Ambre. Ces régions n'ont encore jamais été exploite'es. Le Citronnier et l'Oranger sauvage abondent dans les forêts d'Ambre. Les cultures qui sont habituelles aux indigènes sont celles de : La canne à sucre, cultivée seulement pour en extraire le jus qu'on laisse fermenter et qu'on boit sous le nom de hetsabesa. Le Riz de marais et le Riz de montagne, deux espèces différentes, dont la seconde demande plus de travail. Le Manioc vient partout et donne des racines succulentes. Quant aux cultures importe'es par les colons, presque toutes ont réussi d'emblée ou promettent d'excellents re'sultats. Le Maïs, le Sorgho, donnent des tiges assez hautes pour masquer un cavalier et les re'coltes de la vallée d'Anemakia ont rendu jusqu'à dix tonneaux à l'hectare. L'Aloës (Agave), le Bananier de Manille donnent partout. Le Cacao paraît prospérer dans les valle'es de l'Ouest à l'abri du large. Divers directeurs de culture de l'île Maurice qui sont venus e'tudior à Diego-Suarez la possibilité de créer des plantations de Thé ont de'clarë que le terrain convenait parfaitement à cette culture et que Madagascar leur semblait devoir rivaliser avec Ceylan pour faire con- currence au Thé chinois. La Vanille plante'e par plusieurs cre'oles de la Réunion prospère à Diego comme à Nossy-Bé. 88 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Enfin sur tous les plateaux qui descendent en pente douce de la montagne, les Arachides donnent des récoltes d'une abondance extra- ordinaire. Il suffit d'e'corcher la terre avec une charrue primitive un mois avant les premières pluies, et de semer ; on récolle cinq mois après. A signaler encore le Cocotier auquel conviendrait admirablement les longues plages de sable de la colonie; mais xine maladie qui mine toutes les cocoteries dans la mer des Indes rendrait sans doute pré- caires des plantations à essayer. ,., ' Enfin une liane qui abonde dans toute la région, « faux caout- chouc », sorte de Strophantus d'où le docteur Jaillet a trouvé moyen d'extraire un caoutchouc excellent, demanderait à être cultivée à la façon des houblonnières. Ce Slropluaitiis vient de bouture, résiste à toutes les se'cberesses, s'accommode du sol le plus aride et donne toujours un lait abondant. A la montagne, à l'altitude de 800 à 900 mètres, le Blé dur d'Algérie et l'Orge ainsi que le Tabac ont donné d'excellents résultats. Des échantillons de Tabac ont été soumis à la Régie. Les Haricots, les Fèves, les Embrevades, les Pois du Cap, le hari- cot Soja poussent presque sans culture. L'Administration concède gratuitement cinq hectares de terre le long des ruisseaux et vend les terres au prix de 20 francs l'heclare, pour le surplus. — {Min. Agr.) , Industrie des fromages dans la Dobroudscha (Rou- manie). — L'industrie des fromages dans la Dobroudscha donne lieu à un commerce assez e'tendu pour attirer l'attention des grands propriétaires et éleveurs roumains. On commence à se demander s'il ne serait pas temps d'étudier sérieusement cette question, afin d'appli- quer dans la fabrication de cet article de consommation les principes scientifiques en usage en France et dans d'autres pays. Certains éle- veurs ont fait demander s'il serait possible de trouver dans les écoles d'agriculture françaises un bon e'iève ou contremaître, capable de diriger une fruitière modèle à Conslantza ou dans ses environs. En 1892, l'exportation des fromages de brebis — et ce sont presque les seuls qu'on fabrique ici — a e'ié d'environ 4,842 kilogr. 60, repré- sentant une valeur de 387,408 francs ; ces fromages sont de deux sortes, le Caahcaval et le Salaraoura. Le premier est de beaucoup le plus important ; le second, e'tant toujours consommé sur place, ne donne lieu qu'à un commerce local. Actuellement le Cashcaval est fabriqué par des Bulgares et certains Roumains qui recueillent le lait des brebis, le laissant cailler, et, à époques périodiques, le font cuire au bain-marie, en y ajoutant une certaine quantité de sel. Cette opération est, dit-on, plus délicate qu'on ne le suppose géne'ralement, non seulement en raison de l'e'bul- CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 89 lition elle-même, qui présente certaines difficultés, mais aussi par suite de la re'partition du sel. Pour donner une forme à ce produit, on le place dans des moules en bois, ayant une forme cylindrique, d'une e'paisseur variant entre quatre et cinq centimètres sur environ quinze centimètres de diamètre. — Le fromage ainsi fabrique' garde une couleur blanchâtre ou laiteuse, une croiite assez épaisse se forme à l'extérieur et il se conserve longtemps. Le Salamoura constitue presque une pâte molle et friable, d'une couleur grisûtre, d'un goiit salin aigrelet ; il sert surtout aux domes- tiques et aux pauvres, qui l'utilisent en l'étendant sur du pain ; sa fabrication n'est pas très importante. Dans l'un et l'autre cas, le produit laisse beaucoup à désirer comme qualité; il semble, sans aucun doute, susceptible de grandes améliorations, et peut-être un Français actif, intelligent et connais- sant le me'tier, arriverait-il à un résultat avantageux? — [Min. Agr.) Traitement de la fièvre aphteuse par le Thym-serpolet. — La tièvre aphteuse, aphte épizootique, se'vit dans plusieurs pays de l'Italie sous le nom de taglione. Les ravages causes étant considérables, Monseigneur Jacques- Marie, évêque, adresse aux curés de son diocièse (Vigevano) une lettre épiscopale où nous remarquons le passage suivant : « 11 existe un remède très simple et très sûr pour guérir les bœufs de la maladie du taglione ; il consiste dans le lavage des parties malades des animaux avec l'infusion du thym-serpolet, qui croît presque partout en abondance. Ce remède est approuvé par le Mi- nistre de l'Agriculture italien ; en outre, de nombreuses attestations délivre'es par des maires, vétérinaires, fermiers et propriétaires, des diplômes confe'rés par plusieurs députations provinciales prouvent son efficacité. » — {Min. Agr.) ' Sur l'armement pour la pêche à la Baleine dans les mers Arctiques et Antarctiques. — Dundee (Ecosse) est avec Pelzhead le principal centre d'armement pour la chasse à la Baleine et au Phoque dans les mers polaires. Les navires employés sont du type « auxiliaire », c'est-à-dire à voiles et à vapeur. Ils marchent à des vitesses variables de 5 à 9 nœuds. Ils sont construits en bois très solidement pour pouvoir re'- sister à la pression des glaces. Les navires en fer sont inutilisables dans les régions arctiques, car ils se briseraient au moindre choc contre les glaces d'autant plus que, sous une température basse, le métal devient cassant. Nous avons vu, au mois de juin dernier, à Dundee, les Directeurs de la Tai/ Whale Fisliing C'". Cette compagnie avait envoyé l'année dernière la première expe'dition dans les mers antarctiques; quatre navires partis en septembre 1892, sont descendus 90. REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. jusqu'au cercle antarctique au-dessous des îles Shetland du sud. Ils n'ont pas trouvé de Baleines iSlack Whales) , mais ils ont capturé un nombre conside'rable d'Otaries de grande dimension qui ne se mon- traient nullement sauvages. Nous avons vu rentrer à Dundee un de ces navires, le Pôle Star. MM. Stephen et Sou nous ont fait visiter un autre de leurs baleiniers, le plus important du port, la Terra Nova, jaugeant 700 tonneaux, avec 26 hommes d'équipage, retour de Terre- Neuve. Les engins dont se servent les baleiniers pour harponner la Baleine se composent d'un petit canon qui lance un projectile, un harpon, dont le manche est relie' au navire par une corde très longue. De s. Emploi des Pigeons dans les pêcheries américaines. — A Cleveland, plusieurs compagnies de pêche se servent maintenant des Pigeons messagers. On en remet deux à chaque bateau. Quand les tilets sont retirc's, on en lâche un qui renseigne la pêcherie sur la quantité et les sortes de Poissons que Ton vient de capturer. Cela permet de faire les préparatifs ne'cessaires pour les recevoir et de télé- graphier aux acheteurs. Le second Pigeon est généralement réservé pour donner l'alarme en cas de danger. De B. Anguilles dans le Danube. — En septembre dernier, un pê- cheur prit à Tutteudôrfel, près de Vienne, une Anguille pesant plus d'unkilog. Ce Poisson est rare dans ce fleuve- La lievue des Sc'enc/'.s naturelles appliquées signala dans sa chronique (1889, p. 468) la pre- mière capture. ,iT, , I.-, .- , ^• Emploi de la Bruyère comme fourrage. — Le Ministre de l'Agriculture a reçu diverses communications concernant l'emploi de la Bruyère comme fourrage et comme litière. Nous extrayons d'une de ces notes les conside'ralions suivantes : La diminution du nombre des têtes de bétail et l'obligation de rationner celui que l'on a conserve' s'ajoutent, pour concourir à la suppression d'une importante quantité' de fumier ; et la suppression du fumier (qui fait déjà défaut en temps normal), c'est l'absence de récoltes be'néficiaires, et, partant, la ruine du cultivateur, entraînant fatalement celle du pays tout entier. Ce tableau est d'autant moins réjouissant pour le présent et p^our l'avenir, qu'il est malheureusement plus exact et plus vrai ! Un moyen d'atte'nuer ce désastre consisterait à trouver des produits pouvant remplacer, eu totalité' ou en partie la nourriture et le litage des animaux, à des conditions possibles et avantageuses, et nous pensons rendre service aux agriculteurs et aux propriétaires de che- CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 9\ vaux en appelant leur attention sur les avantages que les uns et les autres, pourrait retirer de l'emploi de la Bruyère. Cette plante, employée depuis quelque temps déjà, présente les avantages suivant que nous allons exposer : La Bruyère fait de bonne litière et les animaux mangent celle plante très volontiers. En remplaçant complètement la paille comme litière par de la Bruyère, on constate que les chevaux et les vaches mangent une im- portante portion de cette litière. Certains chevaux en mangent la valeur d'une botte et demie par jour. L'expérience a prouve' qu'en faisant donner le soir aux animaux, el spécialement comme nourriture, auprès de la mangeoire, une botte de Bruyère, en plus du litagc abondant, le matin les animaux n'avaient laisse' que les brindilles trop dures pour être mange'es. Les urines des chevaux sont retenues par la Bruyère à ce point que bien que les écuries eussent leur sol cimente', et absolument imper- me'able, on ne voit rien dans les rigoles destine'es à recevoir ce genre de déjections et à les conduire au puisard de réunion. On ne perçoit dans l'écurie aucune odeur do'sagréable, et surtout rien de celle, sui (jeneris, que l'on sent d'habitude dans les écuries, odeur si désagréable qui vous prend à la gorge et vous suffoque par sa teneur ammoniacale. Les déjections liquides et solides du cheval, au lieu d'avoir cette odeur repoussante et insupportable qu'elles ont d'habitude et que chacun connaît, ont, au contraire, une odeur aromatique plutôt agre'able (si l'on peut dire) qu'infecte. Il résulterait de ces constatations : 1" Que la Bruyère aurait des qualités balsamiques inde'niables ; 2° Que la Bruyère aurait des qualite's antiseptiques remarquables; 3'^ Que l'usage de la Bruyère, comme nourriture, assurerait la cor- rection du travail digestif, en s'opposant à la fermentation des masses alimentaires dans l'intestin et, de ce fait, supprimerait Tune des nom- breuses et importantes causes de coliques et de mort chez le cheval. En outre, la Bruyère, par ses principes odorants, assainit l'atmos- phère de Te'table et de l'écurie, pour deux raisons : La première, parce qu'elle est ime litière aromatique absorbant complètement les déjections liquides ; La seconde, parce que, donne'e en nourriture el alisorbée par les animaux, sa pre'sence dans le tube digestif modifie dans le sens de la santé et de l'antisepsie les produits d'assimilation et ceux d'élimina- tion ; ces derniers étant influence's à ce point qu'ils sentent plutôt bon que mauvais, et qu'ils n'ont plus alors qualité pour empester les locaux où se'journent les animaux. Au point de vue balsamique, l'usage interne de la bruyère parait 92 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. rendre aux animaux, pour les affections de poitrine, les mêmes ser- vices que rendent à l'homme : l'Hysope, le bourgeon de Sapin, le ser- polet, la te'rébenthine, le baume de Tolu, etc. Dans les villes, oii les emplacements sont généralement restreints et où les personnes qui ont chez elles des chevaux sont forcées de les avoir dans une promiscuité malsaine, le litage et l'addition de Bruyère à la nourriture peuvent rendre, au point de vue de la désinfection et de la tolérance qui en résulte, de très signalés et de très intéressants services, aux gens comme aux bêtes. Pour les personnes ne pouvant disposer que de locaux restreints et n'ayant par conséquent pas le moyen de s'encombrer de matières pre- mières et de résidus de fumier, l'usage de la Bruyère à laquelle on ferait subir un léger supplément de prix pourrait avoir lieu, en émon- dant celle-ci des mousses, des feuilles, des herbes et du peu de terre qui accompagne généralement la Bruyère brute. Dans ces conditions, la Bruyère réduite exclusivement à ses parties utiles comme nourriture pourrait être placée dans le râtelier comme les autres fourrages , et la partie dédaignée par l'animal servirait, comme à l'ordinaire pour la litière. Pour la culture, la Bruyère brute est ce qu'il y a de mieux à em- ployer. En conséquence do ce qui précède, nous croyons rendre service à toutes les personnes ayant des animaux en appelant leur attention sur les observations ci-dessus établissant les avantages que chacun des Intéressés peut retirer de l'emploi et de l'utilisation de la Bruyère, plante que l'on a à notre avis trop longtemps négligée. La Bruyère offre en tout temps et pendant la mauvaise saison un fourrage vert et frais, que l'on peut couper à mesure des besoins, et qui se conserve sans s'altérer bien que frais et humide, pendant un laps de temps relativement long, si on a le soin de ne pas la mettre en masses trop épaisses et trop comprimées. A partir d'octobre, et avec une avance d'un mois pour parer à une période de neige, avance que l'on entretient tant que le temps le permet en utilisant journellement ia plus ancienne Bruyère, et la rem- plaçant par de la nouvelle, on peut passer toute la mauvaise saison en ayant à sa disposition de la litière et de la nourriture fraîche, saine et désinfectante à fournir à ses animaux. ,. , , En temps ordinaire, où la paille et les fourrages ne font pas défaut, la Bruyère vient encore très à point pour assainir les étables et les écuries et pour augmenter les quantités du fumier. [Min- agr.) Propriétés vénéneuses du Cytise. — Tous les journaux agri- coles ont rapporté à diverses époques des cas assez fréquents d'em- poisonnements de personnes ou d'animaux par l'ingestion des Heurs et des graines de Cytise. Pour l'homme, le danger n'existe guère que CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 93 dans le cas où l'on confondrait les fleurs avec celles du Robinier dont elles ne diffèrent, pour ainsi dire, que par leur couleur jaune, et où on les ferait entrer à un titre quelconque dans une préparation culinaire. Lorsqu'il s'agit au contraire de l'alimentation des animaux domes- tiques, la question devient plus importante : aussi, est-ce dans le but d'être utile aux agriculteurs que M. Cornevin a entrepris une série d'expériences intéressantes sur les effets toxiques produits sur le bé- tail par les diverses parties du Faux e'be'nier. D'après cet auteur, les solipèdes seraient plus sensibles à l'action du poison, tandis que les ruminants y seraient presque réfractaires. Il est d'ailleurs assez diffi- cile de savoir exactemeol à quoi s'en tenir, parce que s'ils mangent d'abord, ils s'arrêtent bienti^it avertis par leur instinct. Il ajoute naêrne n'être pas parvenu, dans ce genre d'expériences, à faire apparaître des symptômes d'empoisonnement chez la chèvre et le mouton. Il faut leur injecter des quantite's considérables d'extrait de Cytise pour obtenir des effets appréciables. En re'sumé, les animaux qui peuvent rejeter les matières toxiques inge're'es, trouvent rarement la mort, tandis que ceux qui ne peuvent pas vomir, par exemple l'âne et le cheval, sont tués rapidement par asphyxie. Cependant, d'après une re'cente communication de M. Boiret, pro- fesseur de'partemental d'agriculture de la Lozère, adressée au Ministre de l'Agriculture, les feuilles de Cytise perdraient presque toute pro- prie'té nocive aux approches de l'automne et il n'y aurait pas d'incon- ve'uient à ce que le be'tail en consommât alors, accidentellement de petites quantités. ■' '! Le meilleur moyen pour combattre l'empoisonnement chez l'homme, est d'entretenir la respiration artificielle pendant une demi-heure envi- ron, administrer un e'méto-cathartique, puis ensuite une forte infu- sion de café noir, à laquelle succéderont des boissons toniques et mucilagineuses. Les propriétés véne'neuses de la plante sont dues à un alcaloïde, la Cijtisine de Housmann et Marmi. La cytisine, considérée comme chimiquement identique à rf7/(?^»i(2 par Vander Moer, est une sub- stance amère et caustique, susceptible de cristalliser en longues ai- "■uilles par la sublimation. Cet alcaloïde se dissout facilement dans l'eau et l'alcool étendu, mais il est presque insoluble dans les autres réactifs. C'est un poison violent qui se combine aux acides en for- mant des sels simples ou doubles. A haute dose, la Cytisine exerce une action physiologique paralyso-motrice offrant une grande analogie avec les effets du Curare. Malgré ses propriétés émétiqiies et purgatives, le Cytise est peu ou point usité en médecine. La Laburniiie est un autre alcaloïde que l'on extrait des graines non mures et des gousses ; elle n'offre qu'un intérêt purement scientifique. M. \ .-B. IV. BIBLIOGRAPHIE. Encyclopédie vétérinaire, publiée sous la dlrcclion de M. C. Cadeac, professeur de clinique à l'école vétérinaire de Lyon, Col- lection nouvelle de 20 volumes in-18 jësus, de 400 à 500 pages avec figures, à 5 francs le volume cartonné, fj^j^j^,. Vient de paraître le deuxième volume : Séméiologie, diagnostic et trai- tement des maladies des animaux domestiques, par G. Cadeag, 1 vol. in-19 Jésus de 404 pages avec 61 figures. Cartonné 5 francs. Librairie J.-B. Bailliére et Fils, 19, rue Ilautefeuille, à Paris. \^ Enajclopédie vétérinaire a pour objet les matières les plus indis- pensables à la profession vétérinaire : Pathologie et anatomie patholo- gique générales, séméiologie et diagnostic, manuel opératoire, pathologie interne, maladies parasitaires et contagieuses, pathologie chirurgicale^ obstétrique, police sanitaire, jurisprudence, médecine légale, inspection des viandes, thérapeutique, hygiène, zootechnie, maréchalerie, etc. Toutes ces matières seront traitées en vingt volumes portatifs : l'élève y trouvera la somme des connaissances exigibles pour ses examens : le praticien, un tableau fidèle du mouvement scientifique contempo- rain et une initiation à toutes les méthodes nouvelles,,, cliniques et thérapeutiques. r, ;\.,,; . ,-, ,- . ;;.-; On évitera soigneusement les repétitions qui paraissent être l'inévi- table ecueil de toute œuvre encyclopédique. On sera bref, car la science progresse si rapidement qu'il devient de plus en plus difficile aux spécialistes eux-mêmes de lire tous les ouvrages et tous les recueils traitant de leurs e'tudes de prédilection. Toutes les matières seront dirigées dans le même esprit, parce que les ide'es générales des collaborateurs choisis sont les mômes. Toute la médecine, qu'il s'agisse de Ihomme ou des animaux, re- pose sur les données bien comprises de la pathologie générale et de V anatomie pathologique. Etant bien possédées et bien comprises, ces branches de l'enseignement, relève arrivera très vite à acquérir le reste. Ce ne sera plus pour lui qu'une affaire de temps et d'observa- tion. Le premier volume e'cril avec méthode, clarté' et pre'cision, est un excellent résumé de nos connaissances actuelles sur ces intéres- santes matières. ■<,a,\u\ ;- ;- •-- Les deuxième et troisième volumes embrassent l'étude des moyens de diagnostic (insp'Cctiou, palpation, cultures, inoculations révéla- trices), Yexploration des appareils digestif, respiratoire, circulatoire, etc.), le diagnostic, le pronostic et le traitement de la maladie. Cette encyclopédie répond à un besoin depuis longtemps de côté et que personne n'avait véritablement cherché à satisfaire. Elle donne la sensation du progrès accompli, BIBLIOGRAPHIE 95 La science marche et il faut savoir marcher soi-même dans le sillou lumineux qu'elle trace. Se contenter de l'acquis, c'est s'immobiliser, c'est s'isoler, c'est rester en arriére sans profit pour soi-même, sans utilité pour la socie'lc. G. de G. -'• Nos alliés, nos ennemis, traité théorique et pratique des ani- maux utiles et nuisibles, avec des considérations mathématiquesi sur les dégâts qu'ils causent ou les services qu'ils rendent, par « Un Amateur ». — Les fils d'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris. Prix 5 francs ; franco 5 fr. 35. Sous une forme amusante souvent, intéressante toujours, ce volume renferme des documents précieux et nouveaux sur l'importance des dommages que les animaux de toutes sortes causent aux ve'gélaux et à leurs produits et sur celle des services que rendent certains d'entre eux à l'agriculture. Il est le fruit des observations sagaces et des expériences aussi in- génieuses que patientes d'un savant qui, avec une modestie et une bonhomie pleines de charme, vous fait part de ce qu'il a vu et vous le fait pour ainsi dire toucher du doigt. ~-i'- , ' ' Tous ceux qui habitent la campagne, instituteurs, agriculteurs, jardiniers ou propriétaires tireront de la lecture de ce traite' amuse- ment, instruction et profit. G. de G. u'i Le Chat, par Alexandre La.ndrin, membre de la Société nationale d'Acclimatation et de plusieurs Sociéte's savantes. — G. Carre, e'di- teur, Paris. Dans un volume de prés de 300 pages, M. Landrin vient de donner une monographie bien complète du gracieux animal dont on a dit tant de bien et tant de mal à la fois. Après l'avoir étudié au point de vue zoologique et physiologique, l'auteur entre dans l'examen de ses qualités et de ses défauts, de ses instincts et de ses habitudes, ap- puyant de nombreuses anecdotes les jugements qu'il émet. Puis, avec lui, le lecteur parcourt l'histoire du Chat, car le Chat a son his- toire légendaire et réelle. Il a aussi ses maladies ; celles-ci font l'objet de chapitres spéciaux où sont décrits les symptômes et indi- quo's les remèdes. M. Landrin termine par un aperçu sur les divers auxiliaires du Chat dans sa mission destructive des animaux nui- sibles. En somme, ouvrage très intéressant, e'iégamment écrit et ins- tructif, qui sera bien accueilli des savants et des nombreux amis du Chat. G. DE G. 96 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Liste des principaux ouvrages français et étrangers traitant des Animaux de basse-cour (i). 2° OUVRAGES ALLEMANDS. I. PÉRIODIQUES. BUUter fur Geflûgelzucht. Centralorgan sâmmtlicher deutscher Geflû- gelzùchler Vereinc u. des osterreicb. Getlûgelzuchtvereins in Wien. Red. von Jul. Braun, Dresden Mcinbold u. Sôhne. Btdletin pour l'élevage de la volaille. Organe central de toutes les So- ciétés ailemaudes d'éleveurs de volaille et de la Société autrichienne des éleveurs de volaille à Vienne. Rédacteur : Jules Braun Dresde, Meiuhold et fils. : BUltter frankiscbe liir Gefliigel u. Vogelzucht zugleicli Correspon- denzblalt fur aile naturwissenscbafUicben Liebbabereien. — Ile- rausgegeben von M. Possl Bayreutb, Weilra, Teubels, 1879. Bulletin franconien, pour l'élevage de la voladle et des oiseaux, avec correspondance pour tous les amateurs d'histoire naturelle. Edité par M, Pôssl Bayreuth, Wcitra, Teubels, 1879. BUUter Leipziger fiir Geflûgelzucbt. Organ des Verbandes mittcldeut- scber Yereine fiir Vogelkunde, Vogelscbutz, Gefliigel und Vogel- zucbt. — Red. von E.-W. Fritzscb, Leipzig, G. Voigt, seit 1876. Bulletin de Leipzig sur l'élevage de la volaille. Organe de l'union des Sociétés de l'Allemagne centrale pour l'ornithologip, la protection et l'élevage des oiseaux et des volailles. Rédacteur : E.-W. F. . . , Leipzig, G. Voigt, depuis 1876. Bliitter Osterreicb. ungar. fiir Gefliigel u. Kanincbenzucbt. Organ des Kleinlbier Zucbtvereins fiir Bôbmen in Prag. — Ilerausgegeben v. J.-F. No^\otav, Wien, Frick, seit 1878. Bulletin de l'Autriche-Hongrie pour l'élevage de la Volaille et des Lapins. Organe de la Société des éleveurs de volaille, pour la Bohême, à Prague. Edité par J.-F. Nowotny, Vienne, Frick. Depuis 1878. Blàlter Scbleswig-Holsteiniscbe, fiir Gefliigelzucbt Hcrausgegebcn. von. G. Kôbler, Kiel, Lipsius u. Fiscber, seit 1879. Bulletin de Schleswig-Holsteiu pour l'élevage de la volaille. Edité par G. Kôhler, Kiel, Lipsius et Fischer. Depuis 1879. {A suivre.) ■ (1) Voyez Revue, année 1893, 1" semestre, p. 430 ; 2" semestre, p. o64 , et plus haut, p. ■';S. Le Gérant: Jules Grisard. I. TRAVAUX ADRESSAS A LA SOCIETE. ORIGINE DE LA DOMESTICATION DU LAPLN Par m. p. MÉGNIN (*). Messieurs, A propos d'une assertion que j'avais émise dans la séance précédente, que l'histoire nous donnait des renseignements très précis sur la domestication du Lapin, lequel avait com- mencé par être parqué dans les Leporaiia romaines en com- pagnie du Lièvre commun et du Lièvre des Alpes, M. Remy Saint-Loup a émis ro[)inion qu'il ne s'agissait pas du Lapin de garenne, mais d'un Lièvre de Marais! — dont pour ma part je n'ai jamais entendu parler. Je vous apporte la preuve que ce que j'avançais est bien la vérité. Parmi les écrits que l'antiquité nous a transmis se trouve^ une remarquable collection intitulée : Les Agronomes latins et due à Caton, Varron, Columelle et Paladins. Ces auteurs^, qui ont écrit à des époques diflerentes, mais dont on a réuni^ les œuvres, nous donnent des renseignements très complets sur l'état de l'agriculture et de l'élevage des animaux domes- tiques chez les Romains, depuis 200 avant J.-C, époque oii écrivait Caton, jusqu'à l'an 400 de notre ère, date de l'ouvrage- de Palladius. En ce qui regarde le Lapin, c'est Varron (1) qui est le plus- explicite. Voici ce que nous lisons dans la meilleure traduc- tion des Agronomes latins, — due à Nisard et éditée chez. [*) Cûmmunicaliou faite en séance générale le 22 décembre 1893. [\) Terenlius Varron, le plus savant des Romains, au dire de Cicéron, était contemporain de Pompée dont il fat l'ami. Il écrivit ses agroaomiqdf.s a là^e de qualre-vinj;ts ans, l'an 717 de Uome, c'est-à-dire 30 ans avant .l.-C. li Février 189-1. 7 98 BEVUE DES SCIENCES NAIUIŒLLES APPLIQUEES. Firmin-Didot en 1874, avec le teste latin en regard, — livre III de Varron, article xii, page 145 : « Nous en sommes au second acte, c'est-à-dire à ces parcs annexés à nos villas, qu'on ai)pelle encore Lcporaria, d'après leur ancienne destination spéciale. Aujourd'hui il ne s'agit plus d'un arpent ou deux, où l'on réunit quelques Lièvres, mais de vastes espaces, de forêts entières où l'on renferme par bandes les Cerfs et les Chevreuils. On dit que Q. Fulvius Lupinus a dans les environs de Tarquinia un en- clos de 40 arpents, où, indépendamment des animaux dont nous venons de parler, on trouve des Moutons sauvages. Des parcs plus spacieux se rencontrent sur le territoii'e de Sta- tonia et en beaucoup d'autres endroits. T. Pompéius a, dans la Gaule transalpine, un parc consacré â la chasse, qui n'a pas moins de quarante mille pas carrés. Dans ces enclos sont en outre, des enceintes particulières réservées aux Escargots, et aux Abeilles, et des tonneaux oii on élève des Loirs. Rien de plus facile que la garde, l'entretien et la multiplication de ces animaux, les Abeilles exceptées. Tout le monde sait, en effet, qu'un parc doit être environné de murailles bien cré- pies pour empêcher les Chats, les Fouines, etc. d'y pénétrer, et assez élevées pour que les Loups ne puissent les franchir. On sait qu'il faut également qu'un parc abonde en gîtes où les Lièvres puissent se rendre invisibles pendant le jour et se tapir dans les broussailles et sous les herbes ; et que les arbres y doivent former une voûte assez épaisse pour empêcher l'aigle de s'y abattre. Personne enfin n'ignore qu'il suffît de quelques Lièvres de chasse pour que ce gibier pullule aussi- tôt. Deux couples vont peupler tout un parc. La race est pro- lifique, au point que si vous ouvrez une mère qui vient de mettre bas, vous allez la trouver déjà pleine. Archélaùs nous apprend que pour connaître l'âge d'une hase, on n'a qu'à examiner combien d'orifices elle a au ventre, cai- le nombre en dift'ère dans ces animaux selon leur âge. On a un procédé nouveau pour engraisser les Lièvres : c'est de les prendre dans le parc et de les placer dans des cages étroites et fermées. On compte trois espèces de Lièvres. La première est notre Lièvre d'Italie, qui a les pattes courtes par devant et très longues par derrière, le poil fauve sur le dos, blanc sous le ventre, de longues oreilles. On dit que pleines les hases sont en état de concevoir de nouveau. Les Lièvres de- ORIGINE LE LA LO.MESTICATION DU LAI'IX. 99 viennent très grands dans la Gaule transalpine et dans la Macédoine ; ils restent de taille moyenne en Espagne et en Italie. La seconde espèce que l'on rencontre dans la Gaule voisine des Alpes ne diffère de la première que par le pelage qui est tout blanc. On en apporte rarement à Rome. La troi- sième espèce, (^u'on appelle aussi Cuniculi (Lapins), est origi- naire d'Espagne et ressemble beaucoup aux nôtres ; sauf pour leur taille qui est plus petite. Lœlius a cru que Lepus (lièvre) venait de Ltvlpes{au. pied léger} à cause de la vitesse de cet animal. J'imagine, moi, que Lepus vient d'un ancien mot grec, car les Eoliens de Béotie appelaient un lièvre leporis. Les Lapins {Cuniculi) doivent leur nom aux terriers (Cuni- culi) qu'ils font sous terre pour se cacher. Les trois espèces doivent, autant qu'on le peut, être réunies dans les parcs. Quant aux deux premières, je ne doute pas, continue Appius en s'adressant à moi, que vous ne les ajez dans le vôtre; mais vous, qui êtes resté si longtemps en Espagne, peut-être vous êtes- vous aussi procuré des Lapins. » Comme on voit, les trois espèces de Leporinés sauvages européennes étaient réunies, du temps des Romains, dans des parcs clos de murs {Leporaria) tant pour en favoriser la pullulation que pour en rendre la chasse plus facile et plus agréable ; de plus, on en enfermait dans des cages pour les engraisser. Les leporaria romaines n'étaient pas autre chose que nos garennes fermées actuelles, et leurs boîtes à engrais- sement sont l'origine de nos clapiers. Jusqu'à l'époque de la Renaissance l'histoire est muette sur la question de la domestication du Lapin ; mais au xvi« siècle on a traduit les auteurs latins et nous trouvons, dans les plus anciens ouvrages imprimés en français sur l'agriculture, la liaison rustique de Charles Estienne et Jean Liébault, dont la première édition est de L574, des renseignements très com- plets. Le Lapin n'est pas encore domestiqué comme de nos jours et aucune des nombreuses races que nous connaissons n'existe encore. On n'en est encore qu'à la leporaria ro- maine, qui a pris le nom de Garenne, où l'on enferme des Lapins sauvages ; seulement, pour peupler plus rapidement la garenne ; on y a adjoint un clapier subdivisé en cages, où l'on tient des mâles et des femelles de Lapins sauvages, qui portent le nom de connins ou connils, et dont les petits sont lâchés dans la garenne aussitôt sevrés. 100 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. A la page 315 de la Maison rustique, nous trouvons la description de la Garenne, la manière de l'établir, la nature du sol qu'elle comporte et qui doit être meuble et sec afin que les connins puissent y établir facilement leurs terriers, les essences arborescentes dont elle doit être plantée et qui con- viennent à la nourriture des connins, tels que ronciers, pru- niers sauvages, fraisiers, framboisiers, genêts et surtout genévriers dont les connins aiment beaucoup la graine ; enfin les herbes qu'on y doit rencontrer, tels que force lasserons, séneçons, chicorées, chardons, navets, pois chiches, etc. Dans le chapitre II suivant, nous lisons que la garenne étant souvent dépeuplée par les vivandiers et les regnards il est indispensable d'assurer son repeuplement par l'établis- sement d'un clapier attenant à la garenne et communiquant avec. Ce clapier est un bâtiment en forme de carré long sur lequel sont élevées des petites loges ou tanières semblables aux terriers, séparées les unes des autres et pavées d'ais. On aura un mâle pour huit ou dix femelles, mais le mâle sera toujours enfermé dans sa tanière pour qu'il ne puisse faire de mal aux petits. Aus.sitôt qu'une femelle a fait ses petits, disent nos auteurs, on doit la mettre dans une autre tanière avec le mâle pour les accoupler de nouveau et on la rend à ses petits, après ; de la sorte, elle met au monde des petits tous les mois. Dès que les petits connins sont assez grands pour se passer de la mère, on les met en liberté dans la garenne afin de les faire redevenir sauvages : « autrement, si vous les tenez enclos et enfermés au clappier avec leurs mères, ils s'apprivoiseront et demeureront toujours comme endormis et pesants, tels que sont les t"o>^>^/;?5 de clapi)ier; ainsi auront la chair plus crasse et moins plaisante. » « Il se faut toutefois donner de garde de mettre en la garenne les grands connins de clapiuer, tant mâles que fe- melles, car, parce qu'ils n'ont point eu liberté de courir comme ceux de garenne et n'ont appris de se sauver des assaux et incursions des regnards et autres bêtes sauvages, incontinent seraient dévorés et pour ce les vaut mieux laisser en leurs clappiers accoutumés. » Ainsi donc, le Lapin de clapier n'est autre qu'un Lapin sau- vage réduit en servitude, et exclusivement pour assurer le repeuplement de la garenne ; on ne le mange pas parce qu'on ORIGINE DE LA DOMESTICATION DU LAPIN. 101 a reconnu que sa chair est bien inférieure à celle du Lai)in resté libre, tant par suite du manque d'exercice que par la différence d'alimentation : le Lapin de garenne se nourrissant surtout de plantes sauvages aromatiques et le Lapin de clapier n'ayant le plus souvent à se mettre sous la dent que les résidus du jardin et les produits du sarclage. .Nous terminerons les citations extraites de la MaUon rus- tique du XVP siêde par la suivante dans laquelle les au- teurs établissent un parallèle entre le Lapin de garenne et le Lapin modifié par la vie de clapier ; « Le connin de garenne a le poil plus roux et moins épais, le corps plus agile et moins gros, i)lus éveillé et plus sauvage, la chair plus plaisante et moins mélancholique que celui de clapier car celui de clapier parce qu'il n'a liberté de courir ne fait grand exercice, ainsi est plus privé, plus gros, plus touffu, plus pesant, plus endormy et moins gaillard. Quant au reste tous deux valent mieux au manger encore jeune que plus grands. » Ainsi la mise en clapier du Lapin sauvage a eu pour con- séquence de lui faire perdre son agilité, sa vivacité, de lui faire acquérir un corps plus gros, plus lourd, le poil plus long, plus épais et la chair moins sapide, moins savoureuse. Il n'est pas possible de donner une exposition plus claire, plus nette, plus irréfragable, de l'origine et des résultats de la domestication du Lapin. A la suite des temps les différences signalées par nos vieux auteurs se sont accentuées, mais sans marcher parallèlement : ainsi dans certaines contrées et sous l'influence de causes locales c'est la différence de taille qui a prédominé et nous voyons dans les Flandres se consti- tuer insensiblement la race des Lapins géants. Ailleurs, sous l'influence d'une atmosphère chaude, liumide et obscure, le poil s'est allongé, est devenu soyeux, et la race des Lapins dits à fourrure ou riche apparaît, et même celle des lapins dits Angoras. L'albinisme, qui se montre si fréquemment sur les animaux soumis à l'empire de l'homme, se présente de bonne heure chez le Lapin, et nous voyons surgir les Lapins à robe pie d'abord, puis les Lapins entièrement blancs et à yeux rouges. Enfin, la couleur du poil se modifie de plus en plus chez certains sujets, tandis que les uns conservent la robe gris roussàtre du Lapin sauvage, ou la robe blanche de l'al- binos, chez d'autres, le poil passe au roux ardent, au jaune et 102 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. même au noir, soit dans son ensemble, soit par tâches iné- gales comme si les couleurs dont le mélange intime constitue la robe grise roussâtre originelle, s'étaient isolées et grou- pées en masses distinctes, ou même si les unes avaient dominé aux dépens des autres. La plupart de ces variétés, produit exclusif de la domes- tication, sont devenues constantes, héréditaires entre les mains de l'homme, auquel a suffi pour cela d'appliquer les principes de la sélection. De là les races nombreuses et va- riées que nous voyons maintenant dans les Expositions d'a- nimaux de basse-cour, et auxquelles de temps à autre s'ajou- tent de nouvelles variétés. L'EXPLOITATION DES EPOxNGES A BATABANO ÎS^OTES RECUEILLIES PAR LE PROFESSEUR MaRIANO GRA.ÈLLS, Membre naturaliste du Comité consultatif du Ministère delà Marins à Madrid et de la Société nationale d'Acclimatation de France. Les abus commis par les pêcheurs d'Épongés à l'île de Cuba ont attiré l'attention de l'Administration de la Marine de la Grande-Antille et elle a jugé nécessaire de réglementer cette pêche pour éviter les conséquences désastreuses de l'exploi- tation indiscrète de spéculateurs trop avides. La Direction générale de la Marine de V Axjostaclero naval de la Habana a mis la question à l'étude et a fait parvenir les résultats de son enquête au Ministre de la Marine qui, à son tour, les a soumis à l'appréciation du Comité consultatif. Celui-ci m'a fait l'honneur de me charger de la rédaction, au point de vue technique, du rapport sur les questions à lui soumises. C'est à ces circonstances que je dois les renseignements détaillés sur l'exploitation des É[)onges à l'île de Cuba dont je viens faire part à la Société [nationale d'Acclimatation. Ils me paraissent ne pas manquer d'intérêt pour elle, tant au point de vue industriel qu'au point de vue commercial et même scientifique. Jusqu'en 1884 on ignorait que les Éponges existassent en quantité considérable sur les fonds qui entourent les Cayos (1) de Batabano. La constatation de l'existence des bancs d'E- ponges et de leur importance est due aux explorations sous- marines de la corvette Nautilus, vaisseau-école des gardes- marine de l'armée navale espagnole. Ce navire, dont les élèves se livrent, pour leur instruction et sous la direction de leurs officiers, à des investigations (1) Cdi/os : on donne ce nom à des îlots de rocailles situés au milieu des tiancs de sables des plages maritimes des Antilles. 104 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. marines de toutes sortes, explorant à l'aide de scaphandres les fonds des plages qui entourent les Cayos de Batabano, les trouva couverts d'une prodigieuse quantité d'Épongés de bonne qualité. La nouvelle de la découverte de ces bancs si riches se ré- [)andit et aussitôt les pêcheurs accoururent de toutes parts l)0ur les exploiter. — Quelques spéculateurs poussèrent même l'âpreté au gain jusqu'à solliciter du Ministre de la Marine la concession du monopole de la pêche des p]i)onges pour toute l'ile de Cuba moyennant une redevance à l'Etat par kilo d'É- l)onges utiles qui seraient extraites. La proposition lut rejetée par le Ministre, qui se basa sur linterdicticn des monopoles en matière de pêche prononcée [)ar la loi : celle-ci veut, en elîét, que dans les eaux libres, tous les Espagnols puissent se livrer à la pêche, à condition d'observer les règlements. Aujourd'hui, plus de 180 pêcheurs de la petite île du Cayo de Batabano se livrent à l'exploitation des bancs d'Épongés de la côte, et les quantités extraites ont assez d'importance pour qu'il se soit créé dans la ville des établissements spé- ciaux, où s'opèrent le nettoyage et la préjtaration des pro- duits de la pêche, afin de les mettre en état d'être livrés au commerce et à l'exportation. Cette industrie est une source (le bénéfices considérables pour la petite colonie, qui ne tirait jusqu'alors de l'exploitation du sol que de maigres ressources. Le mode de reproduction des p]ponges est aujourd'hui bien (xmnu, et après les travaux des savants de tous les pays, leur embr3^ogénie n'a plus de mystère, mais la recherche des con- ditions qui dans une localité favorisent le développement des germes organiques, doit se continuer toujours ; car c'est elle (pii conduit à la connaissance des fonds et des milieux favo- rables à l'acclimatation dans d'autres contrées, éloignées m(''me du jiays d'origine. Sans pouvoir l'afîirmer, faute de renseignements précis sur la marche suivie par MM. Schmidt et Burich dans leurs essais d'acclimatation des Éponges sur le littoral de la Dalmatie et à Collen dans la Floride, je suppose que leur insuccès pro- vient de ce que ces conditions nécessaires leur étaient impar- faitement connues et ne se trouvaient pas réunies là où ils ont fait leurs tentatives. Dans mon rapport au Ministre de la Marine sur les Éponges L'EXPLOITATION DES ÉPONGES A BATABANO. 105 de Batabano, je recommande de choisir pour les essais de multiplication sur le littoral de l'île de Cuba les Cayos dont les anfractuosités sont recouvertes par l'eau de mer. — C'est là qu'il faut tenter l'ensemencement à la main, comme il se pra- tique en Europe pour les huîtres et les moules. Le succès me paraît probable, si on en juge par ce fait qu'un Cayo ayant été dernièrement envahi par la mer, les Éponges se sont d'elles- mêmes naturellement installées dans le petit lac d'eau salée qui avait formé au centre des rochers un parc naturel d'assez grande dimension. Le fait en lui-même n'a rien de surprenant, car ce petit lac, communiquant directement avec la mer, se trouve dans les conditions semblables à celles des anses de la côte directe- ment baignées par elle. — Si donc dans les petites baies de Cuba on pouvait obtenir une production analogue des Éponges, on ferait pour les pauvres pêcheurs de cette île ce qui a été accompli en France par la création des parcs d'huîtres et de moules, à Arcachon, par exemple, qui en 1845 n'était qu'un hameau de 25 à 30 cabanes et est devenu au- jourd'hui une véritable ville aux châteaux et villas nom- breuses, que fréquente été comme hiver la plus haute société. Mais revenons à l'exploitation des bancs de Batabano et aux documents officiels qui les concernent. — L'étendue des fonds rocailleux ou Placelès producteurs d'Épongés est de plus de huit mille mètres carrés. Dans ce chiffre sont compris certains endroits où la pêche ne peut se faire par tous les temps. Tels sont ceux qu'on désigne sous le nom de Placelès de fuera situés entre la première cayeria (1) et celles qui entourent l'île de Pinos, laquelle est inaccessible aux pêcheurs, quel que soit le genre de pêche, pendant toute la durée des vents de Nord-Est. A cette époque, l'exploitation ne peut se pratiquer que dans les Cayos voisins de la côte, sur les rochers des bas- fonds et dans les Placelès où la profondeur est moindre et où les eaux sont claires. Au commencement du printemps, sous l'action du vent, les dépôts fangeux sont remués et se mêlent aux eaux qu'ils troublent, rendant la pêche impraticable d'octobre à mars et obligeant les pêcheurs à retourner aux cayeria de la côte. (1] Cayeria : groupe de Cayos. 106 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Classification des Éponges adoptée par les pêcheurs DE BaTABANO. Comme on peut le supposer, cette classification n'a rien de scientifique, bien qu'elle soit basée sur des formes exté- rieures et sur certains caractères dont les naturalistes tiennent compte eux-mêmes. Les Épongéograplies batabanois établissent d'abord une grande division, partageant les Éponges, en Éponges mâles et Éponges femelles. Il va sans dire qu'un naturaliste ne peut admettre cette première classification, puisque les animal- cules qui produisent l'éponge n'ont pas d'organes sexuels spé- ciaux, et que la reproduction s'opère au moj-en d'embryons ciliés prenant naissance au milieu d'un tissu gélatineux dont ils sont eux-mêmes formés. Il est une assertion des Batabanois, qui m'a frappé, bien que je ne la croie pas fondée. Ils prétendent que la reproduction de l'Éponge a lieu sans interruption toute Tannée, et c'est à cela qu'ils attribuent la prodigieuse quantité d'Épongés qui peuplent les fonds des plages de leurs cayos. Ils en tirent aussi un argument contre l'interdiction de la pêche à une époque déterminée, puisque déclarer que la pêche ne pourrait avoir lieu pendant l'époque de la repro- duction reviendrait, selon eux, à la défendre toujours. Malgré ces affirmations, l'administration de la Marine de La Havane, à la demande du Conseil des pêches, qui sans doute était mieux renseigné sur la question, a interdit la pêche des Éponges à Cuba du !<"■ février au 31 mai. Reprenons la classification des Éponges selon les Bata- banais. Eponges femelles. 1° Éponge blanche de /ytofcT (1). — Elle se recueille sur les placer pendant les mois d'été; elle y est abondante, d'excellente qualité et atteint souvent de grandes dimensions. Elle diffère des autres par sa grande blancheur. Mais quand elle prend un grand développement, la base se pourrit et il se creuse un vide qui gagne de bas en haut , formant (1) Placer : récif, chaîne de rochers. L'EXPLOITATION DES ÉPONGES A BATABANO. 107 au centre un trou circulaire plus ou moins large. Son prix sur le marché de Batabano est de 2 i'v. 10 le kilogramme. 2° Éponge prieta (1). — Son tissu est semblable à €elui de la précédente, mais d'une couleur très foncée. Sa consistance est plus grande, son poids plus considérable. Bien que très recherchée par les connaisseurs, elle se vend moins cher que la blanche : 1 fr. 90, 2 fr. le kilogramme. Elle se pèche dans les cayos rocailleux à de petites profondeurs. 3" Éponge rododora (2). — Ce n'est pas à proprement par- ler une espèce particulière ; cette dénomination vient de la forme ronde que prennent les éponges qui ont été roulées sur les fonds par l'action des courants. Elle s'applique donc à des éponges de toutes les espèces qui ont été détachées du sol. 4° Éponge d'hiver. — Elle est d'une couleur sombre et sa valeur est inférieure à celle de l'Éponge de placer, parce que ses vides sont envahis par du sable et des petits cailloux qui lui donnent un poids factice. Les pêcheurs la recueillent pen- dant la mauvaise saison, alors qu'ils ne peuvent exercer leur industrie au large, et sont obligés de se contenter de ce que leur fournissent les rochers de la côte. 5° Éponges aforradas (3). — C'est une éponge fine et de peu de consistance, aussi la dénomination employée s'ex- plique-t-elle peu, car un objet doublé, fourré a ordinaire- ment une résistance plus grande et ici c'est le contraire. Cette éponge se pêche en tout temps et sa délicatesse tient sans doute à ce qu'elle n'a pas acquis son développement complet. Son prix de vente est toujours inférieur de 30 0/0 au prix des autres espèces. Éponges mâles. 6° Maciio-fino {Mâle fin). — Cette Éponge se pêche sur les bas-fonds ; son développement est variable. — Toujours peu recherchée elle n'a trouvé que récemment un emploi. — On a en effet imaginé de la suspendre, après avoir semé dans (1) Priéta : très obscure, noirâtre. (2) Rododora : qui roule. (3) Aforradas : àoxûAées, fourrées. 108 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. s(\s cellules des graines de certaines plantes d'ornement. Celles-ci se développent et fleurissent et on obtient ainsi des bouquets aériens. Blanchi, le Mâcho fïno a l'apparence de l'Éponge de Syrie, mais sa consistance est faible. 1° Mâle âpre. — Comme son nom l'indique, cette Eponge est rude au toucher, mais elle a plus de résistance que celles des autres espèces, elle est très abondante et de peu de valeur. 8° Macho de cueva {Mâle de cave). — On la trouve en grande quantité sur les bas-fonds, elle atteint souvent de grandes dimensions. Elle a de la consistance. Son prix, tou- joui's peu élevé, suit pourtant une progression constante. 9'' Macho peludo [Mâle velu). — Les Eponges de cette espèce offrent à leur surface des trous ronds dont les bords forment des proéminences régulières. Leur tissu est plus résistant que celui de toutes les autres E})onges mâles. Elles n'existent pas sur la côte nord et ne se trouvent que dans certaines localités de la côte sud. Très demandées sur les marchés d'Europe, elles ont vu leur prix monter jusqu'à 40 et 50 centaves le kilo. 10" Macho guaiste [Mâle gant). — Son tissu est très fin et doux au toucher, mais de faible consistance et se déchirant facilement. Aussi a-t-elle peu de valeur commerciale. Les pécheurs en prennent, mais n'en cherchent pas. 11" Macho dulce [Mâle doux). — Ressemble au Macho ) elwio, est rare, ne fait pas l'objet d'un commerce spécial et se vend mélangé aux autres Eponges, Telles sont, d'après les pécheurs de Batabano,les différentes variétés d'Epongés que produisent leurs côtes. Nous ne pou- vons sur ces indications établir une classification scientifique, nous tenterons de le faire dès que seront parvenus les divers échantillons demandés par le Ministère de la Marine et que nous aurons pu les étudier nous-mêmes. l'exploitation des ÉPONdES A BATABANO. 109 La Pèche. On a d'abord essayé du sca[)liandre, qui permettait de choisir les meilleurs écliantilloiis ; mais son emploi coûtait trop cher et les quantités extraites étaient trop faibles. — Au scaphandre on substitua les plongeurs ; les résultats obtenus ne furent pas meilleurs. Aujourd'hui on semble avoir adopté définitivement l'usage du croc {El garahaio) et celui de la Pinciiarra, espèce de crochet ou harpon en fer fixé au bout d'une longue perche, ou même parfois, simplement, attaclié à une corde au moyen de laquelle on le traîne sur les fonds. Quand les eaux sont claires on peut, avec Tel garahaio ou la Pincharra fixée à une perche, choisir les Eponges ; mais l'usage du crochet promené sur le fond au moyen d'une corde est des plus nuisibles. Par ce procédé en effet on entraîne tout indistinctement, les grandes Éponges comme les petites, les bonnes comme les mauvaises. Voici comment se pratique la \)(\'he : Un bateau remorque, jusqu'au lieu où se trouvent les bancs d'Épongés, un certain nombre de petites chaloupes montées chacune par deux pêcheurs. Arrivé h destination le remorqueur jette l'ancre et aussitôt on se met au travail. Chaque chaloupe s'avance lentement, un des [)écheurs la dii-ige tandis que l'autre, muni d'une lunette, examine le fond et l'explore avec la perche du garahato. A son commandement la barque s'arrête, il s'oc- cupe alors de détacher rÉi)onge aperçue et qui bientôt vient flotter à la surface où elle est recueillie et déposée à bord. Cette pèche, on le comprend, ne peut se pratiquer que pendant le jour, par une mer calme et un temps clair. Quand elle est terminée, la petite flottille se groupe à nouveau der- rière le remorqueur qui la ramène au [lort de Batabauo. On s'occupe alors du nettoyage des Éponges, qui, à leur sortie de l'eau, sont couvertes (fuu enduit noirâtre particulier dont on les débarrasse en les exposant au soleil pendant vingt- quatre heures. . PaiÎPARATION DES ÉpONGES. Les pêcheurs se bornent à déposer les Éponges dans un récipient plein d'eau, afin d'obt-nir par la pourriture, la 110 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES- destruction des polypes logés dans les cellules. Ce premier résultat obtenu, les Éponges sont lavées dans l'eau salée et battues avec des baguettes jusqu'à ce qu'elles soient devenues bien propres. Après quoi elles sont sécliées et enfilées dans des cordes par douzaines pour la mise en vente. Il existe à Batabano des usines où, par l'emploi de pro- cédés chimiques, le lavage des Éponges est fait plus com- plètement. Dès qu'elles sortent des mains des pécheurs elles sont lavées dans l'eau douce avec du savon ; s'il existe des taches rouges ferrugineuses on les fait disparaître au moyen d'un lavage dans de Feau additionnée d'acide sulfurique dans la proportion de 5 0/0. Le bain doit durer douze heures au moins et être suivi du lavage sus-indiqué. Puis on plonge les Éponges pendant cinq minutes dans une solution à 1 0/0 de permanganate de potasse. Ce temps suffit pour leur donner une belle couleur pourpre changeante ; alors on les retire du bain, on les presse fortement et on les soumet de nouveau à un lavage dans de l'eau où on a versé 1 0/0 d'acide sulfurique et 2 0/0 d'hiposulfîte de soude, ce qui donne £tu liquide une couleur opaline laiteuse et à l'Éponge même une parfaite blancheur. — Enfin par un dernier lavage à l'eau douce, on enlève l'odeur sulfureuse provenant des bains précédents. D'autres procédés sont emploj^és aussi pour donner aux Éponges diverses colorations. Il n'y a pas lieu, selon nous, de nous y arrêter. L.A Vente. Des représentants de maisons étrangères se font déjà, à Batabano, concurrence pour l'achat des Éponges et la lutte entre eux est parfois si vive que les prix arrivent à dépasser la valeur réelle. D'après les déclarations consignées dans le rapport que la Société des pêcheurs de Batabano a adressé à la Direction générale de la marine de la Havane, le 15 janvier I89I : la pêche annuelle représente environ 40,000 douros ou, en francs, 560,000. — Si la pèche est interdite pendant quatre mois, il faudra de cette somme retrancher le tiers, de là les plaintes et les réclamations. L'EXPLOITATION DES ÉPONGES A BATABANO. 411 Terminons par le règlement donné par la marine le 3 jan- vier 1891 : RÈGLEMENT POUR LA PÈCHE DES ÉpONGES A l'ILE DE CuBA. ^yl_ jcv^ — 4^1 point de vue de la pêche et de la vente, les Eponges sont divisées en trois classes : 1° les Aforradas et de Ojo (femelles) et Macho de Cueva ; 2° les Macîios felpii- dos et de Seda ; 3' les Machos finos. Art. i. — Le minimum de dimension légal pour la pèche et la vente est fixé à 0,40 c. de circonférence pour les Éponges communes ; à 0,30 c. pour les Machos de Seda et peludos ; à 0,25 c. pour les Machos finos. La dimension se calcule sur le plus petit diamètre. A7-f. ô. — En cas de contravention à cet article, la respon- sabilité incombera solidairement aux armateurs, aux patrons et aux pécheurs. Art. i. — L'Administration de la Marine punira les infrac- tions prévues par l'art. 2, la première fois : par la saisie des Éponges et par une amende d'un ?>6'50 de Oro par chaque douzaine d'Epongés n'atteignant pas le minimum de dimen- sion exigé. Art. o. — Les Éponges saisies seront vendues en vente publique, et du produit de la vente il sera l'ait deux parts, dont l'une sera attribuée à la Caisse de bienfaisance de la Matricule de la Havane, et l'autre à la Société de sauvetage des naufragés. Art. 6. — Les amendes seront acquittées sur présentation du papier timbré qui les constate, lequel sera annulé en pré- sence de celui qui le présente. Art. 7. — En cas de récidive, il sera, en outre des peines édictées plus haut, rendu contre le patron de l'embarcation un jugement prononçant une peine, laquelle pourra s'élever jusqu'à la condamnation à une campagne de service à bord dun navire de guerre. Art. S. — La pêche des Éponges à Cuba sera interdite du 1" janvier au 31 mai. Art. 9. - Pour obtenir l'autorisation de pêche des Éponges, chaque patron devra présenter au commissaire de Marine de sa circonscription, un état signé, indiquant le nombre d'É- 112 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES- ponges de chaque classe recueillies par lui dans la campagne précédente avec, en regard, le prix de vente obtenu, AiH. 10. — Les chiffres l'ournis pour ces états serviront à établir des états mensuels que chaque commissaire trans- mettra à la direction maritime de sa province. Art. 1i. — Les Directions maritimes feront chacune transcrire ces états sur un registre spécial et les transmet - ti'ont à la Direction générale de la Marine de la Havane. AtH. 12. — Les i)résentes dispositions réglementaires seront notifiées à toutes les Directions maritimes de l'île de Cuba, et par celles-ci aux commissaires de leur province qui les porte- ront à la connaissance des intéressés par voie d'affichage aux lieux publics. LE LIEGE ET SA PRODUCTION Par m. CAPURON-LUDEAU, Négociant en liipre. Le Liège est produit \)i\v récorce d'une espèce de Chêne (Querciis snber) appartenant à la l'aniille des Cupullleres, qui croît généralement dans la région latine : c'est la ma- tière pi-emière servant à la fabrication des bouchons. Cette écorce, substance subéreuse sécrétée par le liber du Chène-liège, est remarquablement souple, élastique, tou- jours saine et absolument neutre de goût et d'odeur; ce qui fait que dans son application générale elle ne peut être rem- placée par aucune autre matière. La végétation du Chène-liège, ou région subérienne, est circonscrite entre la partie sud-ouest de l'océan Atlantique qui commence dans les environs de Bordeaux, remonte vers les landes de Gascogne et suit le Portugal dans presque tout son entier. Elle s'étend ensuite sur le littoral de la Médi- terranée en côtoyant le sud de l'Espagne où elle couvre prin- cipalement les provinces d'Andalousie, de Valence, de Ca- talogne et se continue, en France, i)ar le Roussillon et la Provence jusqu'au pied des Alpes Maritimes. On la retrouve encore au Maroc, en Algérie, en Tunisie, dans les parties orientales des îles de Corse et de Sardaigne, et elle se termine enfin dans la mer T^rrhénienne par la Sicile et l'Italie méridionale. ' En dehors de ces contrées relativement restreintes, on ne ti-ouve trace du Clu'Mie-liège sitr aucune aut>-e partie du. globe. Par la nomenclature des pays que nous citons on voit que ce végétal pousse presijue exclusivement dans le voisinage ou à peu de distance de la mer. — Il est donc vrai de dire que les Chênes -liège sont des arbres littoraux, au moins dans la zone que nous avons décrite. Du reste, ce qui tendrait à le prouver, c'est que la nourriture qui leur convient le mieux et que les racines recherchent le plus, est i)uisée 5 Février 1894. 8 114 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. préférablement dans les fonds sablonneux, argilo-siliceux, Ibliacés et à base schisteuse. Ensuite, ce vieux proverbe vérifié et fort juste : « Là où il y a du sable il y a du Liège. » Le Chêne-liège donne une récolte tous les dix ans et la pre- mière n'a généralement pas lieu avant sa trentième année, — avant cette époque, en effet, on ne peut guère prétendre avoir du liège de reproduction vraiment marchand, pou- vant être d'une utilisation générale. Par Liège de reproduction on entend le Liège reproduit l)ar le liber de l'arbre à la suite du premier levage (extrac- tion du Liège mâle) ou démasclage, que l'on pratique vers la vingtième année du sujet. Contrairement au Liège de reproduction, le Liège mâle ou première écorce n'a pas d'emploi dans l'industrie des bou- chons ; il est trop ligneux, trop dense, sans élasticité et cre- vassé à l'excès. On le vend habituellement aux horticulteurs- fleuristes qui, en raison de son aspect extérieur, bizarre et rustique, s'en servent pour confectionner des cache-pots et des jardinières originales. La récolte ou levée a lieu tous les ans, de mai à juillet, se- lon les lieux. Ici plus tôt, là plus tard, mais toujours inva- riablement au moment précis où la sève circule dans l'arbre. Ce moment passé, l'opération devient impossible et il faut la renvoyer à l'année suivante, si on ne veut détruire l'arbre. Après juillet le liber, ralentissant sa sécrétion, et la ma- tière subéreuse un moment détachée se rattachant de nou- veau très intimement à lui, une tentative de décorticage au- rait pour effet d'arracher k l'arbre l'un et l'autre, le liber et le Liège, la partie génératrice et le produit, ce qui rendrait le sujet, pour l'avenir, tout à fait impropre à la reproduction et, par suite, à toute nouvelle récolte. Nous avons dit que le Chêne-liège donne une récolte tous les dix ans. Nous entendons par là une récolte normale four- nissant un produit industriel marchand, c'est-à-dire du Liège ayant l'épaisseur généralement employée dans la consomma- tion. Mais rien n'empêche d'obtenir des récoltes anticipées ou tardives, puisque l'arbre se prête tous les ans, au moment de la sève, à la même opération du levage. La période décennale est observée parce qu'elle répond à peu près exactement aux besoins courants qui réclament une épaisseur d'environ 25 à 32 millimètres. LE LIÈGE ET SA PRODUCTION. 115 Si on voulait obtenir du Liège plus épais, il n'j^ aurait sim- plement qu'à attendre plus longtemps et vice-versa pour en avoir de plus mince. Mais on trouve toujours assez de ce der- nier pour n'avoir pas à le rechercher dans des levées spé- ciales; de plus, la couche du Liège n'étant pas répandue uni- formément sur toute l'étendue de l'arbre (l'accumulation de la matière étant plus grande du côté sud que du côté nord), il y a toujours à écarter, même dans les levées décennales, des parties ayant une épaisseur inférieure à 25 millimètres. Une particularité qui frappe l'œil de l'observateur exercé, c'est qu'à partir de la cinquième ou sixième année de repro- duction, la sécrétion subéreuse semble diminuer sensible- ment. On remarque, en effet, qu'à partir de ce moment les couches annuelles deviennent moins espacées, et que la sou- dure des cellules est beaucoup moins apparente : il faut eu conclure qu'à partir de la sixième année et au-dessus l'action reproductrice est moins active. La population d'une forêt est l'image d'une population d'hommes. Les arbres et les hommes se développent et pro- duisent selon que les milieux où ils végètent ou vivent, leur sont plus ou moins favorables. Si le sort jette le gland, — la graine de l'arbre, — sur un point culminant et dénudé, une crête de rocher, par exemple, ou dans un sol pierreux et ré- sistant, il va sans dire que ces obstacles gênants pour les ra- cines contribueront à rendre le sujet malingre et chétif. Le liber alors sécrétera peu et lentement. Les couches subé- reuses très rapprochées formeront un produit maigre et dense appelé Liège à veine sensée; c'est-à-dire ayant les cel- lules espacées de 1 à 2 millimètres et que, dans cette condi- tion, on ne pourra lever que tous les douze à quinze ans. Le contraire arrive quand le Chêne-liège est placé dans un fonds d'alluvion. Ce terrain léger et peu résistant procure une surabondance de sève qui occasionne, comme consé- quence, la veine large (5 à 8 millimètres), mais, dans ce cas, le produit qui est gras et soufflé n'est pas estimé. — Ce Liège qui atteint dans sept à huit années une épaisseur semblable à celle fournie décennalement par les arbres placés en si- tuation normale, est d'une excessive souplesse et en même temps sans élasticité : les cellules se brisant à la simple pression. 11 G REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. En Corse, il y a des contrées où les Lièges présentent ce grand défaut. Il faut donc à l'arbre, nous l'avons dit, un terrain spécial, renfermant en quantité suffisante les éléments nutritifs qui lui conviennent et dont il a besoin pour pouvoir prospé- rer et grandir régulièrement. Placé dans ces conditions seu- lement, il fournira dans la période décennale une épaisseur normale de Liège et c'est dans cette catégorie que l'on trouve couramment la veine moyenne très recherchée des connais- seurs. Les Lièges à veine moyenne sont les meilleurs, parce qu'ils sont à la fois consistants et élastiques et procurent le bou- chage le plus hermétique, aussi les emploie-t-on préférable- ment pour les grands produits, tels que vins de Champagne, Bordeaux, Bourgogne, etc. Il ressort de la comparaison ci-dessus que l'arbre qui donne du Liège à veine large, produit dans le même laps de temps plus de matière que celui à veine moyenne, et à peu près le double que celui à veine serrée. On calcule qu'un arbre Chène-liège d'âge moyen, vigou- reux et en bon état de reproduction, peut sécréter annuelle- ment environ 4 à 500 grammes de Liège brut, soit 4 à 5 kilo- grammes dans la période décennale. C'est là une moyenne qui est corroborée d'ailleurs par les états de produit de forêts actuellement en exploitation et en plein rapport. En général, il est démontré par de nombreuses expériences faites en Algérie, à des époques et dans des endroits difté- rents, que sur des surfaces dépassant un millier d'hectares, on peut compter sur un lu'oduit moyen de 7 à 8 k. 1/2 de Liège brut par arbre. Le Liège brut valant environ 30 francs les 100 kilogrammes, la récolte moyenne d'un arbre repré- senterait donc une valeur de 2.10 à 2.55. A l'appui de notre dire nous citerons la forêt des « Beni- amram » (Djidjelli) dont le poids de Liège à récolter par arbre, tous les dix ans, est de 10 kilogrammes (1), Une forêt bien aménagée peut même arriver à atteindre un rendement décennal de 11 k. 74 par arbre (2). (1) Rapport de la Commission t'oreslière nommée pour le district de Djidjelli par le commandant de la province de Constautine, 7 avril 1872. (2) Voir Exjiloitatiun dea forêts de Chcne-liî'ge en Algérie, par E. Lambert, inspecteur des forêts. LE LIÈGE ET SA PRODUCTION. 117 On calcule qu'à cent ans (sept récoltes), un Cliène-liége a produit en moyenne 54.89 ou 0.55 par an (1). On peut affirmer qu'aucun arbre forestier, soit d'essence feuillue, soit d'essence résineuse, n'est capable de donner un produit égal à celui-là. A sa dixième récolte, un arbre Chéne-liège a produit en revenu décennal autant qu'un pin maritime donnerait en capital (2). Le Liège a dans son ensemble une couleur spéciale qui lui est propre et qui le distingue ; nous ne pouvons mieux la comparer qu'à celle du cuir brut tanné. Il s'en trouve aussi à nuances rougeâtres et même bleuâtres, mais c'est là une exception relativement assez rare et qui, selon nous, ne peut provenir que du crû ; c'est-à-dire du terroir. On remarque en effet que les Lièges à nuances rougeâtres sont produits habituellement par les terrains sablonneux- rougeâtres ou bien par ceux dits « terre glaise » et que les bleuâtres — ou marbrés — ne se rencontrent que dans les fonds qui renferment, dans les couches inférieures, des mine- rais de fer ou de plomb. On suppose à juste raison que les racines qui s'alimentent dans un fond à base de plomb, doivent fournir aux veines capillaires cette couleur sombre dont elles sont saturées et que la sève, dans son action, apporte au liber qui, forcé- ment, secrète, ainsi entachées, les couches subéreuses. Mais, dira-t-on, il arrive que toutes les couches annuelles du même arbre ne portent pas trace de la tache dite « marbrée ». Souvent même il y a saut de deux à trois années. Cela est vrai. Il faudrait supposer alors que ce fait, cette interruption, provient de certaines influences spéciales insaisissables. Ou bien devons-nous croire que ces différences résultent simplement, comme cela paraît rationnel , des années pluvieuses ou sèches. Il est évident que dans les années pluvieuses, les sous-sols, détrempés, diluent les mi- néraux, et que, dans ce cas, la sève doit charrier facilement la matière colorante ; tandis que dans les années de sécheresse les minéraux restent à l'état solide, et partant ne sont pas charriables. (11 Le Chêtie-liège, par A. Lamey, conservateur des forêts. (2) E. Lamey, conservateur des forêts. 118 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Les produits rongeâtres se rencontrent assez fréquemment, en France, dans les départements du Lot-et-Garonne , du Var et des Alpes-Maritimes ; aussi en Algérie et en Sar- daigne. Les bleuâtres ou marbrés sont presque spéciaux à l'Es- pagne et surtout à la province d'Andalousie. Dans ces con- trées, du reste, les fonds à plomb argentifère sont assez fré- quents. En Algérie, il se trouve également quelques endroits où la onarbrîire apparaît, et ces lieux couvrent précisément des gisements de plomb argentifère. En somme, la nuance rougeâtre est généralement acceptée sans trop d'observations, parce qu'elle est d'assez bon œil, mais la bleuâtre, ou marbrée, donne lieu à une dépréciation considérable quand un bouchon se trouve entaché, dans pres(xue toutes ses parties, de la couleur grisâtre, l'eflét pro- duit est incontestablement très désavantageux. Cette particularité nuit énormément à quelques prove- nances de l'Andalousie, et les produits de certaines forêts sont cotés souvent moitié moins que ceux d'autres qui leur sont limitrophes, tout simplement parce que celles-ci sont exemptes du défaut signalé. Ce défaut n'est pas le seul. ■ Nous allons en indiquer un autre très important inhé- rent à certains Lièges : ils ont l'inconvénient, une lois transformés en bouchons, de communiquer aux liquides bou- chés un goût spécial très désagréable, qui les rend absolu- ment imbuvables. On appelle vulgairement ce goût « goût de bouchon », mais c'est là un terme impropre : le Liège, nous l'avons déjà dit, n'a par lui-même ni odeur, ni saveur ; c'est là un simple accident. Nous ne voyons à ce défaut capital que les causes sui- vantes : 1° La gouttière, 2° La capillarité, 3° La végétation parasitaire. La gouttière est une partie creuse de l'arbre qui se ren- contre généralement à l'intersection des grosses branches et dans laquelle les eaux pluviales s'accumulent et séjournent. Le séjour prolongé des eaux de pluie, sous l'influence des LE LIÈGE ET SA PRODUCTION. 119 rayons solaires, finit nécessairement par altérer et même par pourrir la couche de Liège. Les Lièges denses, principale- ment, sont sujets à la gouttière : ceux à veine large se débar- rassent assez facilement de Fliumidité par le seul phénomène de févaporation. Il est incontestable qu'un bouchon issu de la partie d'une planche de liège ainsi altérée, devra gâter les liquides, mais nous nous empressons cependant d'ajouter que ces cas sont assez rares. Du reste, il est facile de remédier à cet inconvé- nient, puisqu'au moment de la fabrication il est loisible à l'ouvrier préparateur de rejeter les parties infectieuses. Les Lièges malsains, par la cause susdite, sont très reconnais- sablés à l'œil, surtout en raison de leur couleur jaunâtre qui aide beaucoup à les distinguer. Par capillarité, nous voulons dire que les Lièges récoltés, par exemple, dans des terrains fossiles, bas et humides, peuvent être corrompus en raison des sucs puisés par les ra- cines et que les tubes capillaires apportent et répandent dans les couches annuelles. Ces terrains formés par la décompo- sition de corps organiques doivent nécessairement imprégner le produit d'un principe infectieux. La caw^a parasitaire doit être cependant plus fréquente. Voici comment nous l'expliquons : Etant donné qu'après l'opération du levage, les planches récoltées et détachées de l'arbre séjournent en forêt où on les empile pour les faire sécher, il arrive que les émanations, les buées du sol en- vahissent la matière et l.a pénètrent par tous ses pores ; cette absorption détermine une survégétation intérieure et exté- rieure donnant naissance à un champignon microscopique, invisible à l'œil nu qui, aussitôt mis en contact avec le liquide, entre en décomposition et l'empoisonne. On remarque précisément que le Liège qui croît au niveau du sol, la partie qui entoure le pied de l'arbre, est celle qui procure généralement le goût dit de bouchon. Aussi les négo- ciants en Lièges l'écartent-ils soigneusement quand ils tra- vaillent à la distribution des planches et au classement des qualités : les planches marchandes doivent en être exemptes. Avant de passer en revue les différentes contrées produc- trices et d'aborder le mouvement général du produit brut, il nous reste à dire où se trouvent les meilleurs Lièges, c'est-â- 120 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. dire quels sont ceux qui sont les plus recherchés des fabri- cants de bouchons et des connaisseurs. Nous l'avons dit déjà, les qualités sont absolument subor- données aux crus: il y a donc partout de bons et de mauvais Lièges. Dans tous les pays où croît le Chène-liège, il existe des variations considérables à ce sujet et des différences sensibles sont constatées, non seulement d'une commune à l'autre, mais sur le territoire de la même commune. En général, on reconnaît cependant que le département du Var produit des Lièges à veines moyennes, nourries, et à nuance blanchâtre, qui sont d'une qualité supérieure. Dans la région de Bormes, par exemple, le produit est vérita- blement hors ligne. Dans les Pyrénées-Orientales, le Liège, qui est de nuance rosée, est remarquablement beau et bon. Les Landes et le Lot-et-Garonne fournissent des qualités très estimées. Dans le Lot-et-Garonne principalement, on trouve des Lièges bâtards, de très grand planchage, qu'on ne rencontre pas ailleurs. En Espagne, les provinces de Valence et de Catalogne surtout, donnent des natures universellement réputées. C'est précisément avec les Lièges de Catalogne que sont faits les bouchons servant aux vins de Champagne. Les produits du Portugal très légers, peu denses, blancs- rosés, sont assez recherchés. En Algérie il y a des crus excellents, surtout dans la région de Bône, la Calle, Djidjelli et Collo. Dans la contrée de Bône, vers l'Edough, les qualités sont incomparables. La Sardaigne et la Corse fournissent un produit de belle couleur, mais peu résistant, en raison de ses veines larges résultant d'une croissance trop rapide. Avec les Lièges de ces pays, de la Corse surtout, on fait des bouchons ayant du coup d'œil ; c'est-à-dire très flatteurs à la vente, mais c'est tout. Nous pensons que cette courte étude technique aura suffi pour initier le lecteur aux diverses connaissances à acquérir pour se livrer au commerce, à l'industrie ou à la culture des Lièges. Nous allons maintenant passer aux chilFres ; c'est-à-dire LE LIÈGE ET SA PRODUCTION. ' : 121 étudier en détail, mais rapidement, l'ensemble de la produc- tion et en faire connaître la véritable importance. RAPPORT SUR LA SITUATION GÉNÉRALE DES LlègCS briUS FRANÇAIS ET ÉTRANGERS Afin de donner à notre travail le plus de clarté possible, nous allons opérer par la division en 3 groupes que nous traitons dans l'ordre suivant : 1° France, Algérie, Tunisie, Corse; 2" Portugal, Espagne; 3° Sardaigne, Sicile, Maroc. I France, Algérie, Corse. Var. En France, c'est le département du Var qui tient la tète comme importance productrice : on évalue à 100 ou 110 mille quintaux métriques ses récoltes annuelles. Dans tout son parcours, ce pittoresque littoral méditer- ranéen, qui mesure près de 100 kilomètres de longueur, est peuplé de Chênes-liège. Depuis le golfe de Lèques jusqu'à la pointe de l'Esguillon, on en voit presque partout. Mais les massifs principaux se trouvent centralisés dans les chaînes littorales de l'Estérel, des Maures et Maurettes, et en général dans les cantons de Fréjus, Draguignan, Le Luc, Grimaud, Besse, Saint-Tropez, Collobrières, Cuers et Hyères. Les trois quarts de la production sont là. Ces forêts sont exploitées par l'Etat, par les communes et par les particuliers. Les forêts de l'Etat ou domaniales comprennent: l'Estérel, Saint-Paul, les Maures de Pignans et diverses parcelles vers Bormes. Les communales situées dans les cantons susdits se divisent en deux catégories : 1° Forêts exploitées directement par les communes ; 2° Forêts affermées à des particuliers. 122 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Les communes qui exploitent elles-mêmes sont les sui- vantes : Pignans, Fréjus, Bagnols, Saint-Raphaël, Saint-Paul, Seillans, etc. Parmi celles qui afferment aux particuliers avec baux de douze ans, les principales sont : Pierrefeu, les Arcs, Collo- Lrières, Bonnes, Gontaron, etc. Les produits des forêts de l'Etat (domaniales et commu- nales) sont vendus à l'adjudication sous le contrôle de l'Ad- ministration forestière. Pour les communes, la vente est faite par les maires, auto- risés par les préfets, mais toujours par voie d'adjudication; ce n'est qu'en cas d'insuccès que ces administrateurs ont recours à la vente de gré à gré ; ce cas est pourtant assez rare. Avec les propriétaires on traite invariablement de gré à gré. La vente des Lièges a généralement lieu, tous les ans, cou- rant septembre. Le Var est un des départements les plus boisés de France. Plus du tiers de sa superficie est recouverte de bois et forêts, soit au total 214,238 hectares, dont la moitié, à peu près (109,598), sont peuplés de Chênes-liège: domaniales, 8,297 hectares ; communales, 17,601 hectares; particulières, 83,700 hectares. Dans cet ensemble on voit que la plus grande partie appar- tient aux propriétaires particuliers (1,500 à 2,000) et aux fermiers communaux qui récoltent en Liège, au bas mot, les neuf dixièmes de la production totale. Si, dans ce département, les massifs forestiers, au lieu d'être des agrégations de différentes essences, étaient homogènes comme ceux d'Algérie, la production, en raison de l'étendue de la surface boisée, serait considérable. 11 est bon de remarquer que la propriété est fort divisée dans le Var, de sorte que le Liège y est récolté généralement par petits lots. 11 y a bien cependant quelques propriétaires produisant annuellement pour 10, 20 ou 30 mille francs de Liège — du côté de Hyères surtout — mais le nombre en est très limité et nous croyons qu'il ne dépasse pas 50. Nous avons dit que la production annuelle des Lièges bruts du Var atteignait environ 110 mille quintaux métriques. Le LE LIÈGE ET SA PRODUCTION. 123 prix moyen des 100 kilog. étant évalués à 55 francs, l'en- semble des récoltes représente donc une valeur totale de 6 millions de francs. Si le Var est un pays important pour la production du Liège, il est aussi un centre considérable de fabrication, à ce point que les récoltes locales ne suffisent pas aux besoins annuels de ses nombreuses manufactures. Il sort annuellement du Var pour aller à l'étranger, dans le Lot-et-Garonne et dans les Landes, 1/3 environ de la ré- colte ; soit 36 mille quintaux valant 2 millions de francs. D'autre part, pour servir à l'alimentation de ses 150 fa- briques, ce département absorbe, chaque année, environ 150 mille quintaux ou 8 millions 500 mille francs de Lièges bruts. En conséquence, il se trouve annuellement en déficit de 4 millions 500 mille francs de matière première d'où nécessité de demander la différence à l'Algérie, à la Sardaigne et à la Corse. Tableau résumant la situation des Lièges dans le Var : QUINTAUX. PRIX MOYEN. VALEUH. Production 1 10,000 55 fr. 6,000,000 fr. Consommation 149,000 57 8,500,000 Importation 75,000 60 4,500,000 Exportation 36,000 55 2,000,000 Observations. — Exporte à l'étranger, Gascogne et Landes. Con- sommation : Algérie, 75,000 quintaux à 60 fr. ; Var, 74,000 quintaux à 55 fr. Alpes-Maritimes. Ce département, limitroplie du Var, est de peu d'impor- tance pour la production du Liège ; il est le point terminus de la zone subérienne française. On estime cependant que les forêts de Chênes-liège, qui y sont plus ou moins agrégés de Pins, comprennent une éten- due de 4 à 5,000 hectares, dont la presque totalité appartient à des propriétaires particuliers. Les massifs de Chênes-liège se bornent à l'arrondisse- ment de Grasse. Si, comme dans le Var, on devait compter sur 100 kilog. 124 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. de Liège environ par hectare en plein rapport, les récoltes annuelles atteindraient le chiffre de 4 à 5,000 quintaux mé- triques, mais les massifs étant moins homogènes, leur pro- duit n'excède pas celui de 3,500. On constate, généralement, que les produits de ce départe- ment sont quelque peu rougeâtres et piqûres, ce qui en dimi- nue la valeur. On peut néanmoins évaluer le prix moyen à 50 francs les 100 kilog., ce qui représente un rendement total de 1*75,000 fr. C'est principalement le Var qui utilise cette production. Tableau résumant la situation des lÀèges dans les Alpes-Maritimes : QUINTAUX. PRIX MOYEN. VALEUR. Production 3,500 50 fr. 175,000 fr. Consommation » » » Importation » » » Exportation 3 500 50 175,000 Observation. — La presque totalité' s'exporte et se manufacture dans le Var. {A suivre.) LES BOEUFS TUNISIENS AU CONCOURS GÉNÉRAL Par m. E. PION, Vétérinaire inspecteur de boucherie. Je ne répéterai pas, cette année, les éloges partout ré- pandus du concours agricole ; il y a là beaucoup de graisse exubérante, malgré la pénurie de nos fourrages. Je me de- mande à combien la livre peut revenir le GharoUais, prix d'honneur, pesant 1,200 kilog. A voir ces carrures plantu- reuses, on ne se douterait guère du nombre anormal des bêtes maigres qui ont encombré nos marchés. Nous parlerons surtout d'un i)oint qui nous a paru nou- veau, c'est-à-dire l'apparition d'une bande de Bœufs tunisiens, au nombre de dix (121 à 130). Notre plaisir eût été grand de leur voir adjoints un Taureau et plusieurs Vaches. L'étude en eût été facilitée. Ces animaux, de moyenne taille, avec l'ossa- ture des Choletais, par comparaison, sont gris clair, avec les épaules et les cuisses un peu plus foncées, ainsi que la partie dorsale; ils ont le mufle noir et les cornes en lyre, peu longues, légèrement projetées en avant ; leur arrière-main a le chevalet très haut ; les pattes fortes sont terminées par des sabots larges, aplatis ; on leur croirait les semelles ou les chaussons des chameaux. Cette conformation tient sans doute à leur habitat : c'est dans le sable en eff'et qu'ils sont accou- tumés de marcher. Le plus gras, le plus en chair, était le n° 124. Parmi eux, on en distinguait un, de robe très brune, confluant au noir, avec une bande très blanche en arrière du mufle. J'ai rencontré les pareils à ce dernier, dans l'abattoir de Naples ; on les appelle là bas les Abruzzi : ce sont des montagnards certainement. Pour accentuer la couleur locale, un tunisien authentique et un nègre brillant servent de barnum à cette exposition. C'est la Compagnie franco-tunisienne, digne d'être encou- ragée, qui a nourri ce lot de Bœufs étrangers. A cette occa- sion, le Jury a décerné un prix exceptionnel, un peu hors cadre. On comprend que ces bêtes, si poussées en graisse 126 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. qu'elles puissent être, ne sauraient rivaliser avec rampleur et la finesse de nos Bœufs nationaux. S'il y a là un progrès évident, grâce à des soins mieux or- donnés, grâce à l'apport abondant de la nourriture, on est en droit d'espérer mieux encore. L'amélioration réelle des Moutons africains envoyés à la Villette, nous en est un sûr garant. Il y a quelque vingt ans, nos Marcliois, nos Gascons, nos Béarnais, même nos grands Maraîchins avaient des formes détestables, et semblaient rebelles à tout engraisse- ment. Et les Bœufs auvergnats jadis méprisés ? quel cban- gement aujourd'hui ! La question zootechnique concernant les Bœufs tunisiens paraît se réduire à ceci : trouver le moyen de les nourrir d'une façon égale et continue. La sobriété légendaire des ani- maux de ce terroir, leurs réserves de graisse pour le temps de disette (bosse des Chameaux, Moutons à large queue), nous montrent les effets excessifs d'un climat tout particulier. Dans ce cas, il importe à la prévoyance de l'homme de lutter contre la nature. J'estime qu'avant d'essayer tout croisement, il faut d'abord s'assurer des greniers bien garnis. Ensuite (car le problème est complexe), ne faudrait-il pas soustraire le bétail aux ardeurs ensoleillées du jour? Durant cette pé- riode terrible de dessèchement et de simoun, les animaux ont-ils le même appétit qu'au printemps ? Ce sont des points à contrôler sur place. Si j'en juge par les Bœufs que j'ai visités en Corse et en Italie méridionale et les Bœufs africains que j'ai examinés à Marseille et à la Villette, il y a une grande ressemblance entre eux et les Tunisiens. Le Bœuf de Sardaigne, meilleur que le Corse, paraît bien être du même type aussi. Il me semble, en bonne zootechnie, que ces animaux doivent être l'objet d'une sélection bien raisonnée. — Amé- liorez-les par eux-mêmes : songer de suite à des croisements serait une grave imprudence. — Si on les croisait plus tard, je me figure que les Taureaux Italiens ou les Sardinois ou les Siciliens seraient les seuls à employer, en les choisissant un peu plus gros que la race indigène. La Compagnie franco-tu- nisienne, je suppose, n'en est pas encore à ce point. Il faut, en vraie logique, qu'elle prélude au succès par le commen- cement de toute industrie, c'est-à-dire par la nourriture des sujets dont elle veut tirer parti. II. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. SÉANCE GÉNÉRALE DU 5 JANVIER 1894. PRÉSIDENCE DE M. LE PROFESSEUR LÉON VAILLANT, VICE-PRÉSIDENT. Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. — A propos d'une communication de M. Pichot inscrite au dernier procès-verbal et relative à l'élevage du Lapin en Angleterre, M. Mégnin fait part à la Société de ses observa- tions sur les établissements qui, en France, ont pour objet ce même élevage, tant pour les Lapins domestiques que pour les Lapins de garenne, M. Mégnin. — A Vieil-Evreux (Eure), existe un établisse- ment créé par MM. L. Concedieu et C'% sous le nom de Grande Lapinerie de VEiœe, dans le but de permettre le repeuplement aisé et rapide des cbasses. Les Lapins que livre la Grande Lapinerie de VEure sont exclusivement de garenne, c'est-à-dire des Lapins de vraie race sauvages, alertes, vifs, remuants, défiant les Chiens courants et leur échappant sans peine ; des Lapins aussi à chair fine, savoureuse, parfumée. L'établissement s'approvisionne dans les quatre grandes forêts de la Ferté-Vidame (Eure), de l'Orne, du Calvados et de la Mayenne. Ces forêts, que sur- veillent 60 gardes, sont très riches en Lapins de garenne nerveux et vifs d'allure. Les Lapins de garenne pris dans les forêts sont amenés à Vieil-Evreux et lâchés dans d'immenses enclos que possède l'établissement. Au moment de la livraison, on les met dans des caisses spéciales divisées par compartiments où ils sont à l'aise, respirent facilement et ne peuvent se blesser ; on les expédie ainsi par toute la France et dans le monde entier. On peut, si les clients le désirent, expédier directement de la forêt oii les Lapins sont pris. On élève aussi à la Grande Lapinerie de VEure, des myriades de Lapins qui sont le produit du croisement de fe- melles métisses et de mâles purs garenne. A cet efièt, MM. L. Concedieu et C'= ont fait construire 3,600 niches en brique 128 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. et ciment romain et 40 grandes niches pouvant donner asile chacune à 500 Lapins. C'est dans les petites niches que les femelles mettent bas et qu'on élève les lapereaux. Ces der- niers sont principalement destinés à lalimentation , bien qu'ils puissent aussi faire d'excellents animaux de chasse. La Grande Lapinerie de VEiire est organisée pour livrer facilement 4000 Lapins par semaine. Rien n'est plus curieux à visiter que cet établissement. Le parc où se trouvent les 3,600 niches est une véritable ville parcourue par neuf rues et entourée d'un boulevard circu- laire sur lequel ouvrent les niches. Ces niches, en brique comme nous l'avons dit, cloisonnées de planches, sont aérées par un système spécial qui les rend très hygiéniques. Les grandes niches, à 500 Lapins chacune, sont en bois et ne servent que de séjour provisoire aux Lapins. Elles sont aussi parfaitement disposées pour qu'ils s'y conservent en santé. Un détail à noter, c'est l'engrais qui est produit par ce nom- bre colossal d'animaux et qui est soigneusement recueilli. Cet engrais, de première qualité, constitue une poudrette particu- lière, naturellement pralinée et dans un hectolitre de laquelle on compte 20,000 crottes de lapins. Comme on le voit. l'Angleterre n'a pas le monopole des établissements considérables pour l'élevage des Lapins. M. le Secrétaire procède au dépouillement de la corres- pondance : La Société a reçu un ouvrage intitulé : Le Chat. Zoologie, origine, mœurs, par M. Alexandre Landrin. Ce livre est écrit avec esprit et renferme des documents intéressants. — Nous recevons en même temps un autre livre ayant pour titre: Nos Alliés, nos Ennemis. L'auteur se retranche avec modestie sous la signature « Un Amateur », et fait ainsi dé- sirer que tous les amis des Sciences qui se contentent d'être amateurs, sachent réunir des observations aussi nombreuses et intéressantes que celles qui sont relatées dans le livre dont il s'agit. — Une brochure est envoyée par M. Raymond Régnier sur les Oiseaux uitles à V agriculture, elle est rédigée d'une façon extrêmement claire ; c'est, du reste, pour une collec- tion de zoologie populaire que ce traité a été écrit. PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 429 — M. Bertrand nous a adressé une brochure intitulée : Observations sur divers modes de reproduction chez les Poissons. La section de pisciculture consultera avec plaisir cet ouvrage qui contient des renseignements particulièrement intéressants. ■ — M. Vander Snickt écrit à M. A. Geoffroy Saint-IIilaire pour lui annoncer un projet de système fermier ayant pour objet l'industrie piscicole. Ce projet sera exposé d'autre part. — M. R. Moniez nous envoie de Lille un certain nombre de brochures, a.yant pour titre : Note sur les Thysanoures, — Xote sur V Allantonema rigida, — Sur un Slrongle de la paroi stomacale des Lièvres et des Lapins, — Parasitisme accidentel sur Vhomnie du Tijroglijphus farinœ, — Noie sur VEylals erylhrina Lucas, — Mémoi'^e sur quelques Acariens et Thysanoures, — Coiitribuiion àVhistoire natu- relle du Tyroglyphus inycophagus, etc. Ces brochures mé- ritent d'être étudiées. Nous devons pour le moment nous borner à signaler l'intérêt qu'elles présentent. — M. Cornevin écrit à M. le Président : « Vous me faites l'honneur de me demander si le Sophora du Ja- pon est ve'ne'neux ou si, au contraire, sou feuillage, ses ramilles et ses fruits pourraient être distriLues impuuémeut aux animaux do- mestiques. Vous ajoutez avec iuliniment de raison qu'au mcmeut où tant d'agriculteurs se pre'occupent de l'alimentation de leur béUiil par les ramilles, la question vaut la peine d'être c'tudie'e. » Votre question ne me prend point au dépourvu, car, au mois de mai dernier, j"ai fait à la Socie'té de Biologie de Paris, d'une part, et à la Société d'Agriculture et Sciences naturelles de Lyon, d'autre part, une communication sur les Sopliora, il me suffira de la reproduire ici pour répondre à votre interrogation : « Deux espèces, Sophora. japonica et Sophop>a secjndiflora. ont » été' mises à ma disposition pour être expérimentées. » S. japonica. — Isl. L. Henry, du Muse'um de Paris, m'a adressé » un bon lot de ramilles et de fruits. J'ai oxpe'rimenté successivement » avec les écorces, les gousses et les graines. L'injection hypoder- » mique, à doses croissantes, des sucs extraits par macération, cbul- » lition et pression de ces diverses parties n a provoqué aucun cDfet » morbide sur les animaux qui l'ont reçu. J'ai fait distribuer à des » moulons la portion restante des brindilles et des gousses; ils les » ont consonime'es sans hésitation, comme sans malaise consécutif. » Le Sophora du Japon est donc un arbre non vénéneux. » 8. secicncU/lora. — M. Naudiu, de l'Institut, m'en a envoyé de la :. Février ÎS t'.)2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. GelUiyelzUcMev u. Vogel-freicnd, MonatsbliUfor fur Zûchler, Liebhaberu. Handler. — Herausgegobeu vou Wilhelm Mussiuger, Frankfurt-a/M., R. Morgenstem u. C^, 1879. Eleveur (L') et l'ami des oiseaux, bulletin mensuel rour les éleveurs, amateurs et marchands. Edité par Guillaume Môssinger, Francfort- s/M., K. Morgenstern et Comp., 1879. GeiiL-ralanzeiger fur Geflûgelzuclil. — Dresden, R. Wolf, 1881. Indicateur général pour l'élevage des volailles. Dresde, R. Wolf, 1881. MiLlheiluQgen des Ornitbologischen Vereiiis in Wicn BUUter fur Vogelkunde, Vogelschutz und Pflege, Section fïu' Geflùgelzucht u. Brieftaubenwesen. — Red. : von A. von Pelzelu, G- von Euderer, G. Hayek, A. Karmenis, F. Knauer, Wien, Frick. Rapport de la Société ornitholopique à Vienne, bulletin pour la science des oiseaux, leur protection et les soins à leur donner. Section pour l'élevage de la volaille et des Pigeons voyageurs. Red. : par A. de Pelzeln, C. d Enderer, G. Hayek, A. Karmenis, F. Knauer, Vienne, chez Frick. ]\Ionul.sblalL des badischen Vereins fiir Getliigelzucbt. — Herausge- geben von Cari Romer, Carslrube, F. Gutscb. Journal mensuel de la Société badoise pour l'élevage de la volaille. Edité par Charles Rômcr, Carlsruhe, F. Gutsch. Vogeh'neU [Die), ZeitscbrifL ûber Yogelzucltt, Ziicbtung von auslân- dischen Sing- u Scbmuckvôgeln und iiber Geflùgelzucht. — Kai- serslautern, Kayser, seiL 1879. Monde des oiseaux (Le), journal s\ir la timidité' àes oiseaux, l'élevage des oiseaux chanteurs et d'ornpment étrangers, et sur l'élevage de la volaille. Kaiserslautern, Kayser. Depuis 1879. Zcilscbrift des Verbandcs der Ornitbologischen Vereine Pommerns und Mccklenburgs. — Red. von G. Kôhl. Sleltin, Witteuhagen, Hessen- land, 1882 (1877). Journal de l'union des Sociétés ornithologiques de Poméramie et du Meckletnbourg. Réd. par G. Kôhl. Stettin, Witteuhague, pays de Hesse. 1882 (1877J. Zeilschrirt fur Gcfliigel-u. Singvôgelzucht Centralorgan des deulscben GcflïigelzùcliLor-Clubs, elc. — Red. v. L. Meycr u. D'' G. Niemeyer, Ilaonover, Meyer, soit 1871. Journal pour l'élevage de la volaille et des oiseaux chanteurs. Organe central du club des éleveurs de volaille allemands, elc. Rédacteurs : L. Mcyer et le D'' G. Niemeyer, Hanovre, Meyer. Depuis 1871. (a suivre.) Le Gérant: Jules Grisard. I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. A PROPOS DE LAPINS [ÉTUDES RELATIVES AUX MODIFICATIONS DE L'ESPÈCE) Par m. Remy SAINT-LOUP. • .. Dans un récent article de la Revue des Sciences naturelles appliquées, M. Mégnin (1) me fait l'honneur de rappeler que mes opinions relatives à l'origine de nos Lapins domes- tiques ne s'accordent pas entièrement avec les idées qu'il dé- fend. Il me paraît nécessaire de rapprocher des citations de M. Mégnin certains documents que j'ai i)ul)liés dès le mois de juillet 1893, et qui pourront servir à dissiper le malen- tendu. Auparavant il n"est pas superflu d'expliquer pourquoi la question de l'origine présente ici un certain intérêt, non point directement pour la pratique de l'élevage, mais au moins pour les sciences biologiques dont l'avancement est nécessaire pour les applications. Il importe peu à un éle- veur que le Lapin domestique vienne de Londres ou de Ma- drid, l'essentiel est pour lui que l'animal soit de nature à donner quelques profits. Au point de vue biologique, la ques- tion se pose en vue d'autres problèmes. Le fait de la modification des races sous l'influence de la domestication n'est contesté par personne, mais les lois de ces modifications, c'est-à-dire les rapports des changements avec les conditions extérieures et avec la nature de l'animal ne sont pas déterminés. M. Mégnin reconnaîtra qu'il serait bon d'arriver à quelque précision dans ces recherches. Or si l'on veut déterminer les modifications que le Lapin de ga- renne a subies pour devenir Lapin domestique, il faut être d'abord bien sûr de cette descendance et c'est sur ce point que la question ne me paraît pas devoir être tranchée à la légère. A la manière dont M. Mégnin présente la discussion on (1) • Origine de la domestication du Lapin •, 5 février 1893. 5 Mars 1894. ' * " ■ ■ 13 ■ J 494 REV.UE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. pourrait croire que j'ignorais les histoires classiques qu'il transcrit. Très facilement, je puis montrer que j'ai la priorité pour l'exposé de ces textes. Voici en effet un passage de mes « Notes pour servir à l'histoire zoologique du Lièvre et du Lapin (1) » : <( Quatre cents ans avant notre ère, les chasseurs distin- » guaient des Lièvres de deux sortes, car Xénoplion dans son » traité de la chasse parle de grands Lièvres noirâtres à » pelage brillant et d'autres plus petits qui étaient jaunes. » Trois siècles plus tard, la zoologie pratique a fait des pro- » grès, car Varron (de Re Ri'stica) distingue : 1° l'espèce » italienne qui a le dos noir, noirâtre ou cliâtain foncé, le » ventre blanc, les oreilles longues ; 2° l'aspèce des Gaules et » des Alpes qui est souvent blanche ; 3° l'espèce espagnole i> assez semblable aux précédentes, mais plus petite et dont ' )> on désigne les individus soxs le nom de Cuniculos. Un » Grec à peu près contemporain de Varron, l'historien Po- î> lybe, nomme ces animaux Conniclos, Couniclos et Cou- » nilos. » Tous ces noms sont évidemment semblables entre eux et » semblables encore à celui qui est employé de nos jours » pour désigner le Lapin de garenne : Lepus Cuniculus. » Certains étymologistes ont considéré le mot cunicidus y> comme un mot espagnol, mais nous ferons remarquer que )) ce terme trouve une signification dans le grec et le décom- » posait en xowt xT^wa qui signifie cabane dans le sable, en » xouvi sable et tî^o; tanière. Il s'agit donc bien là d'un animal » qui creuse sa tanière dans le sable et que les anciens Grecs » considèrent comme originaire de PEspagne. » Un peu plus loin j'ai écrit ceci : « Les Latins élevaient des » Lièvres dans de grands enclos qu'ils nommaient Leporaria » et que les Grecs nommaient î^ayoïpoïta ; ces enclos furent la » première ébauche des jardins d'acclimatation ou vivaria » de l'antiquité. » La traduction de Varron transcrite par M. Mégnin ne con- tredit pas ce que je résumais ainsi ; mais il faut remarquer dans la traduction même les phrases suivantes : « Les trois espèces (Lièvre d'Italie, Lièvre des Alpes et Lièvre d'Espagne ou Cuniculi) doivent autant qu'on le peut être réunies dans (Ij Z'^c/cM^^ewr, 8 juillet 1893. " "'"''" ' '' ' A PROPOS DE LAPINS. , 19S les parcs. Quant aux deux ^premières je ne doute pas, con- tinue Appins en s'adressant à moi, que vous ne les ayez dans le vôtre ; mais vous qui êtes resté si longtemps en Espagne peut-être vous êtes-vous aussi pyocuré des Lapins. » Ainsi les Lièvres sont communément enfermés dans les parcs; nous savons d'ailleurs qu'ils sont engraissés dans des cages, mais les Lapins sont peut-être capturés et on doit auta7it que possible les réunir aux autres espèces.- Le Lapin était donc chose rare chez ces Latins, tandis que le Lièvre d'Italie était communément élevé en enclos. Qu'est devenu ce Lièvre d'Italie sous l'influence de la do- mestication? S'est-il modifié, a-t-il [)u se transformer en un animal semhlahle à nos Lapins domestiques modernes ou au moins à certaines variétés d'entre eux ? S'est-il croisé avec d'autres variétés intermédiaires au Lièvre et au Lapin et dont l'existence est aujourd'hui hors de doute. On voit que plu- sieurs questions peuvent se poser et la réponse me parait devoir être très réservée. Il semble même que les expé- riences directes seraient seules bonnes pour la solution. Que la domestication d'un Lapin sauvage ait été à la longue effectuée en Italie, c'est possible, mais nous n'avons sur ce point qu'une citation dubitative. Quand Varron parle en na- turaliste, il cite l'espèce espagnole, quand il parle en éleveur il est moins catégorique. Admettons cependant la domestica- tion du Lapin chez les anciens. Est-ce à dire que le Lapin domestique commun de France soit sorti des Leporaria ro- maines ? A-t-il son origine dans la capture d'une espèce unique de Lapins sauvages ? Il faut avouer que le doute est permis et si nous acceptions sans plus de contrôle cette des- cendance nous serions en risque d'aboutir par les études de comparaison aux conclusions les plus erronées. Tout un chapitre de science biologique pourrait être fondé et la base en serait boiteuse ; c'est ainsi que l'on prête le flanc aux ad- versaires de la théorie de l'évolution et c'est pour la cause même du système transformiste que la méthode doit être rigoureuse et critique. • ' Ce n'est donc pas pour le vain plaisir de contredire M. Mé- gnin que j'ai voulu faire mes réserves en face des idées savamment documentées qu'il expose, mais pour la recherche de la vérité. Dans l'état actuel de nos connaissances nous ne pouvons 196 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. faire que des hypothèses, et si la question d'origine ne peut être résoKie il vaut mieux le déclarer franchement plutôt que de consacrer une notion inexacte. Aussi faut-il d'abord de- mander si ces hypothèses p(3uvent être vériliées et dans quelles limites. La plus grande difficulté est dans la confusion des termes qui fut aussi remarquable dans l'antiquité que de nos jours. • • Les mots grecs qui signifient Lièvre sont nombreux et ne désignent pas toujours exactement des Lièvres; les mots qui signifient Lapin ne s'appliquent pas exclusivement au Lapin ; en outre, les traductions n'ont pas toujours été faites avec tout le soin désirable. Ainsi en lisant la traduction d'Hérodote on est tenté de croire que le Lapin était distingué du Lièvre par cet auteur. Voici en effet ce qu'on lit dans le paragraphe 108 du livre III Thalie, traduction Pierre Saliat 1575 : « Pourtant le Lièvre est fort fécond et seul de toute venaison surcharge sa portée à cause que l'homme, bêtes et oiseaux le cherchent et pour- suivent à mort. Pareillement la hase du Comiil se trouve si pleine de Lapins que les uns sont encore sans poil, les autres sont un peu plus formés et les autres sortent du ventre. » Si nous nous reportons au texte grec nous voyons qu'il n'est en aucune manière question de Lapins, que le mot >.ayoî est employé, mais qu'il n'y a aucun mot ressemblant de près ou de loin à xovtXoç. Voici donc un exemple de Lièvre transformé en Lapin avec moins de difficulté que par la prestidigitation, et cet exemple commande une certaine réserve dans l'interprétation des textes. Aussi est-il impossible de décider s'il s'agit de l'une ou l'autre espèce lorsque Lucrèce dit que le iJeiit dit Lièvre cultivé et engraissé se nomme Gisan, et la môme hésitation sera permise en présence de la plupart des citations latines ou grecques. Ainsi à moins d'une étude très approfondie des auteurs anciens et à moins d'une critique philologique très serrée nous ne pouvons établir solidement le fait de la domestica- tion du Lapin dans l'antiquité. S'il s'agit simplement de noter le fait d'un élevage ancien, nous pouvons trouver des preuves bien antérieurement à l'époque de Varron. Les Chinois domestiquaient le Lapin ou le A PROPOS DE LAPINS. 1 97 Lièvre au temps de Confiicius et le considéraient comme une victime digne des dieux. Ceci nous ramène donc assez loin de l'époque romaine. On dira qu'il est plus facile d'amener en France des Lapins italiens que des Lapins chinois. Mais comme nous ignorons ce qui se passait en terre de Gaule avant l'époque romaine, et que nous ne savons guère mieux l'histoire de l'agriculture dans la période qui s'étend de Jésus- Christ au quinzième siècle, il pourra régner une certaine obscurité relativement aux élevages d'animaux autochtones et relativement aux importations. Il est convenu que tout nous vient des Romains, et que les Grecs ont été soit direc- tement soit par l'influence latine nos éducateurs en toutes choses. Cette notion classique ne se préoccupe en rien des relations des peuples de l'Europe entre eux avant l'époque Romaine, et nous pouvons supposer que les sauvages d'Eu- rope, les barbares, comme disaient les Grecs, étaient assez intelligents pour élever des Lapins et. d'autres animaux. Le Lapin ou le Lièvre avaient d'ailleurs été remarqués par les barbares du Nord puisque les Britanni au temps de César considéraient ce quadrupède comme un animal vénérable consacré à la terre. Il est curieux de remarquer à ce propos que le nom employé au Brésil pour désigner certains indi- vidus du genre Lepus s'écrit ou se prononce Tabeti, Tapeti et Tahiti. Or ce mot Tahiti se retrouve dans les langues scythiques primitives pour désigner une divinité adorée par les Scolotes. Nous nous abstenons de commenter cette re- marque citée seulement à titre de document. Le mot conil du vieux français ressemble certainement davantage au grec xoi.vi).oî qu'au latin cuniciUiis ; les mots qui signifient Lapin dans les langues slaves se rapprochent aussi du grec de telle sorte que l'on peut se demander si le Lapin n'était pas connu et nommé dans l'Europe centrale avant d'être découvert par les voyageurs romains du temps de Varron. D'autre part, je ne vois pas bien comment la léporaria romaine se transforme en garenne ou en clapier des Français. Ces deux mots ont d'ailleurs changé de signification. Le mot garenne est d'origine germanique, il signifie au début ré- serve ou chasse réservée, il ne paraît donc pas venir de Rome. Quant au mot clapier il équivaut à « tas de pierre » ou à « rocher », le même radical clap ou klaup signifie rocher 198 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. clans les langues Scandinaves. On peut supposer alors qu'un animal de clapier était primitivement un animal de rocher ou habitant des tas de pierres. Quant au mot lapin lui-même, au dire des philologues, on ignore son origine. Nous pouvons remarquer qu'en vieux flamand, lapin se dit napaï et qu'il y a entre les deux mots une similitude de consonnance. D'ailleurs le changement et la contraction de napaï en l'napaï et Lapin sont d'un mode admis par les philologues. D'autre part, en grec vaitatoî signi- fie qui habite les bois et les vallées, le rapprochement est donc admissible. Ainsi les Lapins domestiques d'Italie, en venant en France on ne sait quand, auraient en route perdu tous leurs papiers, le nom de leur domicile et tout cachet d'origine. Sans exagérer la valeur des remarques précédentes elles n'en sont pas moins de nature à l'aire ressortir les difficultés de l'enquête historique. Si le Lapin de Chine a pu être domestiqué sur place et sans l'intervention des Romains, le Lapin de l'Europe cen- trale a très bien pu être domestiqué aussi d'une manière in- dépendante. Déjà, à l'état sauvage il pouvait différer du Lapin sauvage appelé à tort Lapin de garenne. En résumé, il est permis de ne pas croire, d'une part, à l'unité de la domestication, d'autre part, à l'uniformité du type sauvage au moment des. diverses domestications. Au moyen âge, il est certainement question de Lapins de ga- renne et de Lapins de clapier, mais nous ne savons nulle- ment d'où venaient ces Lapins de clapier. Ces questions ne pourront être résolues que par la méthode expérimentale, il faut demander aux éleveurs d'élever des Lapins de garenne en captivité et de suivre leurs modifications; il faut tenter aussi la reproduction du Lièvre en cabanes et ces expé- riences faites, les discussions deviendrontjnutiles. Il est superflu d'ajouter que je n'ai jamais considéré les Lièvres de marais comme des ancêtres de nos Lapins, mais si M. Mégnin désire les renseignements sur cette catégorie établie par les anciens parmi les animaux du genre Lepus, notre honorable collègue en trouvera dans la Lagograpliic de AValdungo et dans des ouvrages zoologiques plus mo- dernes. . : . CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE lA NOUVELLE-GUINÉE OU PAPOUASIE DANS l'industrie DE L\ MODE , • . Par M. J. FOREST AiNic. (suite*) , . PARADISIERS VRAIS. ' 1. PARADiSEA APODA, LlNN Français : Le Paradis grand Emeraicde. ' " Allemand : Der Gottërvogel. Anglais : The Emerald Bird of Paradise. Hollandais : De grote Paradijivogd. - < La description physique de ce Paradis est bien connue, c'est le Paradis mâle des plumassiers un peu plus grand de corps que P. PetU-Emeraiide. Les ailes sont fortes, de cou- leur marron uniforme comme le corps, les flancs ont les bar- bules plus larges, plus longues que chez le petit Emeraude et sont de couleur rougeâtre marron clair. La gorge est d'un velours loutre très foncé. L'oiseau est presque de la dimension d'un corbeau ou plu- tôt d'une pie dont il rappelle les allures. La tète et le cou sont couleur paille claire, la gorge est couverte d'un riche plumage vert métallisé. Les longs panaches de plumes orange doré sont placés sous chaque aile et sont en partie recouverts par les ailes lorsque l'oiseau est en repos. Durant la période d'excitation (rut), les ailes sont dressées verticalement sur le dos, la tète relevée avec son plumage hérissé, les flancs sont redressés et déployés jusqu'à ce qu'ils forment deux magni-. (*] Voyez plus haut, paj^e 49. 200 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. fiqiies éventails rayés de rouge à la base, dont la nuance va en s'éclaircissant progressivement jusqu'au brun pâle, s'om- brant et miroitant sur les fines barbules composées de lon- gues plumes de cette aigrette animée et frémissante. Tout l'oiseau alors est voilé dans sa parure, le corps ramassé et accroupi; la tète jaune et la gorge vert émeraude, semblent être le piédestal d'une auréole dorée, s'agitant au-dessus et enveloppant l'oiseau. Cette description explique le nom d'oiseau de Paradis ; en effet, aucun nom ne conviendrait mieux à une des plus belles et des i)lus merveilleuses créa- tions de la nature. Wallace dit que le grand Emeraude est très actif et vigou- reux, qu'il est constamment en mouvement toute la journée. C'est un oiseau des plus répandus dans l'ile Arou, quelques petites troupes de femelles et de jeunes mâles sont constam- ment dans leur compagnie, les oiseaux adultes mâles de plu- mage complet sont plus rares, quoique leurs cris retentis- sants qui s'entendent toute la journée, les fassent paraître très nombreux. Leur cri est Waicli-Wawh-Wawli-Wôh- Wôh-Wôk, il est très perçant, son retentissement s'entend de très loin, c'est le son le plus caractéristique et la dominante des diverses clameurs du monde animal, dans l'île Arou. Le mode de nidification et les œufs ne sont pas connus ; les Pai)Ous croient qu'il n'y a qu'un petit par couvée. Le P. apoda fait sa mue vers janvier ou février et en mai; lorsqu'ils sont en plumage complet, les mâles se réunissent de grand matin, s'exliibent de la singulière manière ci- dessus décrite et figurée par le dessin de Wallace qui com- plète ces détails comme suit : « Les oiseaux ont maintenant commencé ce que les gens d'ici a[)pellent leur « sacalali » ou assemblée dansante, sur une espèce d'arbre de la forêt, qui ne portent pas de fruits, comme d'abord je le croyais, mais qui sont surmontés d'un immense panache de branches ajourées, et qui ont de larges feuilles espacées, permettant aux oiseaux de se livrer à leurs ébats tout à leur aise. Sur un de ces arbres une douzaine ou une vingtaine d'oiseaux mâles en plumage complet [de noce] sont réunis, étendent leurs ailes, redressent leurs tètes et élèvent leur exquise parure des flancs dans un mouvement continuel. Entre temps ils volent d'une branche sur une autre, dans une grande excita- tion de sorte que tout l'arbre semble couvert de plumes agi- CONTRIBUTIONS ORNITIIOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 204 tées et se mouvant dans toutes sortes de mouvements et de posture. » Les femelles qui alors font bande à part ne tardent 1. Le Sifilet. 2. Le pelit ÉmerauJe. 3. Le Manucode pas à récompenser les heureux vainqueurs dans ce tournoi de grâce et de beauté. La coloration des flancs de l'oiseau vivant, en plumage de 202 REVUE DES SCIENCES NATURELLES AfPLlQUÉES. noce, est de couleur très vive. Cette couleur est très fugace, une dépouille de Paradis exposée à la lumière du soleil, ou même à celle des bougies ou du gaz ne tarde point à se décolorer, et la nuance d'un jaune d'or pur qui est celle de l'oiseau frais et intact ne tarde pas à s'éteindre et à prendre une teinte blafarde. Dans la famille des vrais Paradisiers, les femelles n'ont pas la parure des tlancs du mâle, ni ses plumes métallisées de la tète. Elles se réunissent d'habitude sur le sommet des arbres les plus élevés des forêts en criant toutes à la fois, dans le but sans doute d'appeler les mâles. Les Paradisiers se nourrissent le plus ordinairement de fruits et ne se met- tent en quête de leur nourriture que le soir et le matin; d'a- près Lesson, ils restent tapis sous le feuillage dans le milieu du jour. Wallace dit qu'ils sont en mouvement toute la jour- née ; l'observation des deux éminents naturalistes, d'appa- rence contradictoire, s'applique sans doute à deux espèces différentes. Je crois que celle de Lesson concerne le Par. 7ni- no>\ tandis que Wallace parle certainement du Par. apoda. Les Paradis apoda semblent vivre en bandes dans les pro- fondes forêts de la Papouasie et dans les iles Arou, Waigiou où ils se trouvent à l'époque de la mousson d'ouest, ou sèche, et ils retournent à la Nouvelle-Guinée dès que la mousson d'est, ou pluvieuse, commence. La disposition des plumes de leurs lianes les oblige à voler constamment contre le vent, qui, s'il vient à changer, met l'oiseau en danger, parce qu'il ne peut pas voler lorsque le vent bouleverse et enchevêtre ses plumes hj'pocondriales en raison de leur longueur, de leur quantité et de leur souplesse. Nous ne nous attarderons pas dans des détails bibliographiques d'une érudition trop facile, toutefois nous rappellerons que les dépouilles de cet oiseau rapportées au xv siècle, en Europe par les Portugais, sous le nom de « Ai^e » ou « Passaro do Paraïso », qui n'avaient ni ailes, ni ])attes, ont donné naissance à la légende des oiseaux de Paradis, sans pattes, vivant dans les régions éthérées, etc. La réalité, bien connue aujourd'hui, les fait classer par certains naturalistes parmi les Corvidés, en rai- son de leurs mœurs qui sont loin d'être paradiséennes. En réalité, ils se comportent comme de vulgaires sturnidés dont ils ont surtout les mouvements en s'emparant d'une nourriture quelconque. . .. , .:. ... ., .. .,:.: CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGiQUES DE LA NOUVELLE -frUINÉE. 203 Le Vaillant nous a donné divers renseignements sur cette espèce bien connue aujourd'hui ; ceux de Lesson sont plus complets, ils ont le mérite d'avoir été pris par l'auteur, sur le vif, au cours de son séjour au liâvre de Dorey. Les renseignements les plus intéressants sur le grand Eme- raude nous sont fournis par Wallace qui croit pouvoir assurer que cette espèce est confinée dans l'intérieur du massif de l'ile Arou occidental et n'a jamais été trouvée dans les petites îles entourant le groupe central. , .- - - - M. Maindron dit que P. apoda se trouve sur la Grande- Terre Papoue, en face de l'ile Arou occidentale. Il est certain que les Malais et les marchands Bugis n'en rapportent d'au- cune autre partie de la Nouvelle-Guinée, ni de la Grande- Terre, ni des lies adjacentes. Pour Wallace, ce fait ne fournirait pas une preuve absolue, car la préparation des dépouilles pourrait être localisée sur un point et l'espèce pourrait cependant être rencontrée dans d'autres localités non fréquentées par les chasseurs indigènes. Cette réserve faite par Wallace remonte à 1857 et depuis cette époque le Par. apoda n'a été trouvé par les natura- listes qui ont visité la Nouvelle-Guinée qu'à l'île Arou. Ils ont rencontré ailleurs des Paradisiers, mais appartenant à des variétés de la même espèce et différant du Par. apoda par le plumage, tels que : Pa)-. Raggiana et Par. liudolphi qui ha- bitent la Nouvelle-Guinée méridionale et occidentale. — Finsch parle d'une variété de l'espèce, Par. raUior, mais de taille beaucoup inférieure, qu'il a rencontrée dans la Nouvelle- Guinée méridionale, au nord de Kaiser AMlhelmsland, et qu'il nomme Par. Fmschia, il signale aussi quelques espèces rares, nouvelles. . •. Misole est un marché important pour la vente des Paradi- siers apot/a, provenant principalement des îles Arou. Une cer- taine quantité s'expédie par Banda et Amboine pour la Chine; la plus grande partie passe par Mangkassar (Macassar), de là à Singapore d'où elle est envoyée en Europe, par Amsterdam, Rotterdam, pour être offerts soit en ventes publiques dans les docks de Londres, soit, et c'est le plus grand nombre, directement chez les importeurs hollandais ayant des comp- toirs à Paris et qui fournissent la majeure partie de la con- sommation industrielle. Le marché de Dobo, dans les îles Arou, est surtout alimenté 204 • REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. par la production des indigènes, qui oflrent ces dépouilles en •échange ou troque contre diverses marchandises que nous avons désignées. Les noms de « Fanéam » et « Fanaam » sont ceux usités à Dobo : à Macassar, les dépouilles sont nommées « Boerong mati » (oiseau mort) et désignent indifféremment toutes les sortes de Paradisiers. Les prix sont très yariables à Dobo, dont le marché est alimenté principalement par Wanoembai ; ils varient suivant l'espèce, la préparation et d'autres circonstances plus spécia- lement commerciales, de un franc jusqu'à quinze francs pièce. Les principaux articles d'échange sont l'arak et le ge- nièvre. 2. PARADISEA APODA, var, NOV^ GUINEE Salvadori et d'Albertis. ' D'Albertis trouva dans les environs de la rivière Fly, de nombreux spécimens de tout âge et sexe, hybrides de P. ' apoda et Raggiana décrits par Salvadori « Ann. MsGenova » 1819 (XIV, p. 96) sous cette dénomination. Cette variété semble confinée dans la direction sud de la baie de Geelvink. Ces liybrides n'ont aucun intérêt au point de vue indus- triel. 3. PARADISEA RAGGIANA Sclater, Le Paradis de Raggi. Fig. pi. 8. EUiol, Monog of Ibe Paradise Birds. Les premiers exemplaires de cette espèce peu commune furent trouvés par Louis-Marie d'Albertis, le renommé voya- geur et naturaliste italien, en 1872, dans la baie de l'Oran- gerie et dans son voyage de 1876-77 sur la rivière Fly : les régions voisines du détroit de Torrès peuvent être considé- ■ rées comme domaine du P. Raggiana. Dans le récit de ses explorations dans l'Archipel Arou, d'Albertis en parle ainsi : « Sur Vile Ropo-Ropo, les matelots ont acheté des peaux d'un paradisier de toute beauté, abso- lument nouveau pour moi, et qui me parait tenir le milieu entre le P. Apoda et le P. minor ou Paradisier des Papous. Si, comme je le crois, c'est en réalité une espèce nouvelle, je CONTRIBUTIONS ORNITIIOLOGIQUES DE LA iNOUVELLE- GUINÉE- 205 propose qu'on la nomme Paradisea Raggiana en l'honneur de mon fidèle et vieil ami le marquis Raggi de Gênes, vail- lant chasseur et zoologiste ardent. » Cet oiseau encore assez rare aujourd'hui se distingue des P. apoda, P. Papiiana, par le coloris rouge de ses flancs de même forme que ceux des espèces précédentes et encore par les coloris de sa tète et de sa gorge, formant des dessins également distinctifs. L'emploi industriel en est fort limité; la rareté de l'espèce et la beauté remarquable de la tête ne le font pas rechercher avec préférence. Quant à la coloration particulière des flancs, il est très facile de l'imiter par teinture. Ce n'est en fait qu'un oiseau de collection qui atteint encore un prix assez élevé. J'ai eu la bonne fortune de compléter la riche collec- tion de Paradisiers du Muséum, par un exemplaire parlait de Par. Raggiana 5 ad. On ne connaît pas de détails particuliers quant aux mœurs de ce Paradisier. 4. PARADISEA AUGUSTE VICTORIJE FiNSCH. Le Paradis d'Augusta Victoria. Parmi les nouveautés de la superbe collection du Muséum, nous trouvons un exemplaire de ce Paradis, originaire sans doute de la Nouvelle-Guinée orientale allemande. Cette forme nous parait être la transition entre P. apoda, Para- dis grand émeraude et le Par. Raggiana. Les plumes des flancs ont les barbules aussi larges que celles du P. apoda, leur coloration rappelle celle des flancs du Par. Raggiana, elles sont d'un marron rougeâtre ainsi que les plumes roides sans barbules, sont d'un joli marron clair. La nuque, le dos et les épaulettes sont d'un beau jaune paille, le dessus de la tête est orné d'une raie de plumes écaillées métallisées rappelant celle du Gorge-d'acier {Cras- pedophora magnifica). . ,, ; .•,-:,;•. : 5. PARADISEA (PARADISORNIS)RUDOLPHI,FiNSCH, Le Paradisier bleu. Le Cyanoparadisea du Muséum de Bâle est le seul spé- cimen que nous connaissions de cette variété extraordinaire 20G REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. du groupe des vrais paradisiers qui possède des espèces, les unes aux flancs clairs, d'autres jaune d'or et jaune pâli, d'autres marron clair, d'autres enfin rouge vif; le Paradi- sier Rudolphi complète cette diversité de nuances par l'cn- i/;,' 'y) t. semble de sa coloration variant du bleu saphir profond jus- qu'au bleu turquoise, avec des reflets verdis d'algue marine. Comme coloris, c'est' le Rolïier ou'le'Cotinga de la famille. Cet oiseau a été trouvé par le chercheur d'or Karl Huns- tein sur les monts. Owen Stanley vers 1883, dans la région des Rhododendrons (altitude 6,000 pieds), et vendu au Musée de Bâle moyennant la somme de 2,500 francs, produits par CONTRIBUTIONS ORNITIIOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 207 une souscription publique. Bel exemple dont l'importation en France serait désirable ! Voici la description (1) : Longueur totale, c. 270 ■"/■«, ailes, 153, queue 94, bec, 32, ouverture, 3G, tarses, 48. Plumage du mâle adulte. — Devant et côtés de la tête, cou et collet d'un velouté noir aux reflets métalliques vert foncé, s'éteignant en arrière ; parties periophtalmiques lon- gues d'un blanc soyeux. Derrière l'œil une place nue. Der- rière de la tête jusqu'à la nuque, marron rougeâtre foncé. Dos bleu verdâtre mêlé de noir. Parties supérieures des ailes, bleu s'éclaircissant vers l'extrémité, les moyennes et les ■petites alaires, bleu clair bordé de bleu pâle, ainsi que la partie intérieure des tertiaires; sous-alaires noires; plastron de plumes allongées noirâtres, s'irisant cà la lumière, rayé de bleu à reflets verdâtres, formant sur l'abdomen une raie transversale se fondant dans le bleu ultramarine de la parure des flancs. Les couvertures internes des ailes, brunâtre, mêlé de gris foncé ; les axillaires extérieurement brunâtre, intérieurement bleu vert algue marine ; dessous de l'aile sur les primaires, gris noir avec extrémités bleuâtres. Les parures des flancs se partagent en deux parties, les plus grandes un peu rigides se courbent extérieurement, la partie inférieure est d'un beau bleu ultramarine à la base, s'irisant en lilas dans la partie supérieure, la naissance de la plume est blanche, les parties terminales brunes en dessous sont par- tout brun clair, les plus petites plumes des flancs sont par- tiellement fortement recourbées vers le corps, leur couleur est bleu de ciel â la base, au milieu, bleu ultramarine ou bleu cobalt, avec extrémités d'un beau bleu de ciel verdi. Ces plumes sont recouvertes de plumes vertes d'environ 3 '"/'" de long, d'un marron clair, mêlées de plumes plus courtes noires; les plumes marron sont fortement recourbées. La par- tie supérieure de la queue est bleue, à base vert sale frangé clair, la partie inférieure est uniformément bleu clair. Les deux fouets de la queue assez larges à leur naissance qui est blanche n'ont qu'un demi-centimètre de largeur dans leur passage dans la queue jusqu'à leur extrémité §e terminant en (1) Vogel von Neu Guinea, leschrielcn, von O. Finsch et A. B. Meyer I, Pa- radisidea, fig. xx dans Zeitschrift f. gcs. Ornith., 1885, Madarosz, Buda-Pest. 208 KKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. forme de spatule d'une largeur de 7 "'/", noir en dessous, à- reflets violet ; le dessous noir est bordé de taches d'un Meu céleste éclatant ; les tiges sont dessus et dessous noires ; le bec est blanc jaunâtre, les pieds (sur la dépouille) sont de cou- leur corne marron ; d'après Hunstein l'iris est marron. 6. PARADISEA MINOR Shaw., P. PAPUANA. Français : Paradis Pelit-Emeraude, Parad. minor. Allemand : Der Paradiesvogel. Anglais : The Paradise bird. Hollandais : Kleine-Paradijs-vogel. Son nom, sur la côlc de la Nouvelle-Guinoe, est « Tsjiangkar »; plus au nord, à l'entour de la baie de Maccluer : « Wœmbi » ; à Misole et environs : « Sjak » ; le long de la cote, au nord-ouest : « Tiaar »; à Macassar : « Boerœng raati »; à Ternate, où les autres variéte's sont fort rares : « Kleine Paradijsvogel ». Le Paradis Petit-Emeraude, le Paradis femelle du com- merce est l'espèce commune sur le continent de la Nouvelle- Guinée et dans les îles environnantes : Jobise, Salawatty, Misole, Biak et Sook. — Le naturaliste hollandais, Muller, le trouva sur la côte sud de la Nouvelle-Guinée, près de la rivière Oetanata, longitude 136 E. ; Wallace à Dorej^ ; de plus, le capitaine hollandais du steamer V Etna lui affirma que les naturels de la baie de Humboldt (141° E long.) pos- sédaient son plumage. Il est probable, par conséquent, que cette espèce doit se rencontrer dans toute l'étendue de la Nouvelle-Guinée. Le Paradis Petit-Emeraude se nourrit de Sauterelles, de Blattes, de Chenilles et de fruits; il est notamment très friand d'une Figue appelée dans le pays Papajas. Cette espèce, très abondante, embarquée sur les navires de Marseille, s'expédie des Philippines en Chine, et d'Amboine, Ternate, Menado à Macassar, de là à Singapore pour l'Europe. Les productions papoues de la Grande-Terre se distinguent par l'ablation des jambes et des ailes, la provenance de Mi- sole est mieux préparée et peut-être aussi celle de Ceram. Les meilleures dépouilles sont livrées au commerce par le sultan de Tidore, qui reçoit tous les ans un tribut annuel de CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 209 Menado, Amboine, Banda, surtout Ternate, envoient tous les ans des scliooners avec des chasseurs et des préparateurs récolter des dépouilles d'oiseaux, de l'écaillé et des coquilles de nacre qu'ils échangent contre des étoffes, des couteaux, des haches, etc. ; le tabac papou complète le fret de retour. Cette provenance fournit aussi de bonnes dépouilles attei- gnant jusque 3 fl. pour les beaux exemplaires Généralement, les dépouilles du Petit-Emeraude arrivent en couleur assez défraîchies , mais c'est d'imi)ortance mé- diocre. Les plumassiers et les préparateurs d'histoire natu- relle savent reteindre ces plumes de manière à tromper l'œil même exercé d'un naturaliste. En 1835, les turbans de Para- dis se faisaient nature ou imitation, soit teints jaune d'or. Cette indication que nous donne Lesson pourra servir pour la parfaite et exacte reproduction du turban d'autrefois; on le payait alors des prix qui aujourd'hui sembleraient fan- tastiques, de 100 à 150 francs. En 1880, un beau turban va- lait de 35 à 40 francs. Ce prix ne pourra plus être atteint, TU l'abondance des dépouilles et par suite des emplois com- muns faits de cette belle parure. Le Petit-Emeraude a été importé vivant en Europe. Wal- lace, en 1862, put s'en procurei* deux à Singapore, où il les paya 100 £ ; il parvint à les amener en bonne santé à Londres, où pendant deux ans ils firent l'admiration dû public (1). Berlin, Amsterdam, La Haye en possédèrent éga- lement. En 1875, deux exemplaires, un P. apocki., un P. Pa- puana ont existé au Jardin zoologiqi\e de Dresde, les détails très intéressants fournis par Meyer, se trouvent consignés dans le journal Nature [anglais), numéro du 16 septembre 1875. En 1878, les volières du Jardin des Plantes, à Paris, con- tenaient deux exemplaires de Paradisier Petit-Emeraude, la « great attraction » à l'époque. M. Oustalet, en étudiant ces oiseaux qui n'avaient jamais figuré dans les volières du Mu- séum, rend compte, comme suit, des très intéressantes obser- vations qu'il a pu faire snr le vif : « Toutes les personnes qui ont vu des oiseaux de Paradis en liberté ou même en captivité ont été frappées de la res- semblance qu'ils offrent avec les Corvidés, sinon dans le plu- (1) Un oiseau vécut jusqu'au 2o décembre 1863, Fautre jusqu'au 28 mars li864, au Jardin zoologique de Londres, 5 Mars 1894, 44 210 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. mage au moins dans les formes générales, dans les allures, dans la voix et dans le régime. Comme nos Pies et nos Geais, ils ont des mouvements brusques et sautent assez lourdement de branche en branche ; comme eux, ils sont très bruyants et doués d'un certain instinct d'imitation ; comme eux, ils sont à peu près omnivores, et peuvent être nourris en captivité avec des fruits, du riz bouilli, de la viande, etc. A l'état sau- vage, ils recherchent surtout les capsules légèrement char- nues des tecks et les fruits mucilagineux du Figuier ami- Jiou; mais parfois aussi, ils dévorent des insectes. Pendant le milieu du jour, ils se tiennent perchés au sommet des arbres les plus élevés et n'en descendent que le matin et le soir pour chercher leur nourriture. Leur cri d'appel est une sorte de jappement, mais ils peuvent faire entendre aussi d'autres cris fort bizarres et imiter tour à tour le gloussement d'un Gallinacé, le sifflement aigu d'un Merle, le braiement d'un Ane ou l'aboiement d'un Chien. Lorsqu'ils donnent a leur voix tout son volume, ils produisent un bruit assourdissant; on les voit alors se redresser sur la branche qui les porte, tendre le cou et agiter les ailes. Quelquefois aussi ils font la roue en étalant leurs panaches latéraux qui forment autour d'eux une véritable auréole (1 ) . » M. Ralïray nous fournit une très intéressante narration de ses chasses aux Paradisiers, complétant agréablement ce qui précède : « J'entendais aussi le cri sonore des oiseaux de Pa- radis mâles, qui ont complètement déserté les environs de Dorey. L'espèce en question est celle que Buffon appelait « le petit Emeraude », à cause des plumes vertes qui lui entou- rent le bec et forment un plastron sur la gorge, et que les naturalistes nomment aujourd'hui le Paradisier Papou (Pa- racUsea Papiiana). La femelle, comme celle de tous les Para- disiers, n'a rien de très remarquable, sa livrée passant du blanc au marron par des nuances douces et ternes. Les mâles de la première année sont semblables aux femelles ; mais à chaque mue les plumes en tombant, repoussent plus longues, jusqu'à ce qu'enfin, au bout de plusieurs années, sans doute quatre à cinq ans, comme paraissent le montrer les séries de Paradisiers de différents âges que j'ai rapportés , le mâle (1) Le Tour du mon le, 1870, I, Voijagc en NouvelUrGuitiife, p. 260. CONTRIBUTIONS ORNITIIOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 211 adulte soit dans toute sa beauté, avec sa visière et sa gorge de velours vert, les deux larges filets qui partent de la queue, et surtout ses deux plumets jaunes à leur base, grisâtres a leur extrémité, aux plumes longues, déliées, soui)les, vapo- reuses, son plus bel ornement. Bien que cet oiseau n'ait plus un grand attrait de valeur et de rareté et que j'en eusse déjà vu de vivants, en captivité, j'étais bien désireux de le poursuivre dans sa forêt natale. » C'est le matin, quand les lueurs du soleil levant pénè- trent indécises encore et sont tamisées par un épais feuillage, qu'on a chance d'apercevoir les Paradisiers mâles. Il faut se revêtir de vêtements grisâtres, marcher légèrement, et même, quand on le peut, quitter ses chaussures ; car de tous les gibiers que j'ai jamais chassés, le Paradisier est le plus sauvage; un rien l'effraye. Quand, après avoir quitté les fourrés de la lisière, on est en pleine forêt, sous un d(3me im- pénétrable de verdure que soutiennent, à plus de soixante pieds en l'air, les troncs géants d'arbres séculaires, dont ni la faux du temps, ni la cognée des hommes n'ont flétri l'écorce et ébranlé les racines ; quand, glissant à travers les lianes qui s'entrelacent, s'enroulent, se déroulent, se tordent, se recourbent, laissent tomber mollement ou redressent mena- çantes leurs tiges flexibles, dont l'écorce tantôt luisante, vis- queuse et raboteuse ajoute encore à l'illusion qui ferait croire, par instants, qu'on se trouve transporté dans un monde fabuleux de serpents fantastiques quand, au milieu de ces solitudes où il semble qu'on entende le silence, résonne inattendu un bruit rauque, sonore, une note vibrante qui respire à la fois la joie et l'audace, on peut s'arrêter, se blottir, se faire petit, retenir son souffle, le Paradisier n'est pas loin, vous le verrez bient(jt, surtout si une femelle répond à sa voix. D'autres cris ne tardent pas à se faire entendre et se rapprochent, car il est rare qu'un mâle soit seul à répondre à une femelle. » Mon Papou se chargeait, avec une habileté sans nul doute merveilleuse, d'imiter l'appel féminin. Les cris s'en- trecroisaient au-dessus de ma tête tout au sommet de la der- nière branche d'un arbre colossal; parfois j'apercevais comme un nuage jaune, puis il me semblait voir filer une comète ; je sentais plutôt que je ne voyais qu'à près de quatre-vingts pieds au-dessus de ma tête il y avait entre trois ou quatre 212 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. mâles une joute de beauté, de grâces, de séductions ; tantôt ils balançaient mollement leurs longs plumets, tantôt ils ten- daient leurs ailes vibrantes, et, le corps arqué, ils s'envelop- paient de leurs plumes redressées et frémissantes comme d'une vapeur d'or. » J'étais tout yeux et je ne me lassais pas d'admirer ; j'ou- bliais jusqu'à mon fusil que je tenais tout armé d'une main fiévreuse. Quand, sur un mot de mon Papou, je pensais à tirer, il n'était plus temps ; les oiseaux avaient fui, et je ne le regrettais guère, car je ne voulais pas être dans cette forêt seulement un messager de mort; je désirais voir aussi et surprendre la nature vivante pour garder le souvenir de ses charmes, en même temps que je voulais rapporter, embaumés dans leur cercueil scientifique, les précieuses dépouilles. » Mais que mes confrères en saint Hubert se rassurent : je ne fus pas toujours pris d'une si platonique admiration, et deux fois dans cette même forêt de Saobéba, j'eus la satis- faction cruelle, mais nécessaire, de voir tomber à mes pieds ces gracieux volatiles. » Cette description, d'un charme si pénétrant, se complète par celle que nous fournit d'Albertis : ; . , a En dépit d'un accès de fièvre qui m'a laissé très faible, je me suis rendu seul à la forêt et là, quelle jouissance ! Quelle fête pour mes yeux ! Soigneusement dissimulé sous la feuillée, j'épiais le manège de cinq mâles [Paradisea minor) se provoquant au combat, se poursuivant de branche en branche, avançant, se fuyant, revenant à la charge. Quand l'un d'eux croyait rester maître du terrain, il commençait à battre des ailes, à agiter les longs faisceaux jaunes qui lui ornent les flancs, pour déployer sa beauté, défier ses rivaux : et séduire les femelles spectatrices du tournoi. ,Mon fusil mit fin à ces prouesses et j'emportai comme trophée deux des lut- teurs et deux jeunes. Il est à regretter que la nature, en leur donnant ce plumage exquis, ait oubhé de les doter d'une voix moins désagréable. » ., ..' .. • D'après un autre auteur, la chasse des Paradisiers se pra- tique comme suit: — « Voici, dit Rosenberg, la manière dont les indigènes de la Nouvelle-Guinée chassent les Paradisiers ; Vers le milieu de la saison des sécheresses, ils recherchent les ■ arbres où ces oiseaux viennent percher, pendant la nuit : ce sont d'ordinaire les plus élevés. Ils s'y construisent parmi les CONTRIBUTIONS ORNITIIOLOrTlOUKS DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 213 branches une petite hutte, avec des feuilles et des rameaux. Une heure environ avant le coucher du soleil, un habile tireur }' grimpe, armé d'un arc et de flèches, et attend dans le profond silence. Dès que les oiseaux arrivent, il les tire l'un après l'autre, et un de ses compagnons, caché au pied de l'arljre, les ramasse. Les indigènes se servent de flèches très acérées, dont la blessure est mortelle pour l'oiseau ; ces flèches sont en outre munies de plusieurs pointes, en forme de triangles, entre lesquelles le corps de l'oiseau se trouve comme enchâssé, de telle façon que son i)lumage ne soit pas abimé dans sa cliute. » Un procédé de chasse bien plus extraordinaire nous est décrit par d'Albertis [Deuxième voyage, 187.5, p. 125) (1) : « Je ne pensais qu'aux Paradisiers promis par les naturels ; la forêt était muette, les heures s'écoulaient. Craignant de se voir fustrés de la récompense attendue, mes villageois essaient de la magie : Oa et deux des siens se postent de manière à former les trois sommets d'un triangle et, les yeux fixés les uns sur les autres, brisent quelques menues branches, se font des signes, appellent par leurs noms les oiseaux désirés. Ils renouvellent plusieurs fois cette petite cérémonie, jettent leurs branchettes et reprennent leur marclie. « Etrange coïncidence ! Dix minutes n'étaient pas passées que nous arrivons sous un arbre où perchaient trois mâles, parvenus à toute la perfection de leur plumage splendide. Je tue les deux plus beaux. A quoi bon décrire mon bonheur ! Les naturalistes seuls en pourraient excuser le délire ! » Si non e vo-o . , .,..'."'... [A suivre.) .,, ■ (1) La Nouvelle-Guince, trad. franc., Frédéric Bernard, Hacheite et C'% NOTICE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE SUR LES ENGINS DE CHASSE ET DE PÈCHE ( Armes, Pièges, Accessoires, etc. ) Par m. Jean de CLAYBROOKE (l). Armes d'hast de main [lances, épieiix, foënes, de. ..]. On a donné le nom d'armes d'hast^ de « liasta », lance, pique, à celles qui, de même que la lance, sont munies d'une hampe. Ce groupe d'armes est très vaste, et non seulement elles servent beaucoup pour la guerre, mais encore plus sou- vent pour l'usage qui nous occupe ici; nous en trouverons de semblables à peu près chez tous les peuples et à toutes les époques entre les mains des chasseurs et des pêcheurs. Les types d'armes d'hast de main, spéciales à la chasse ou à la pêche, sont la lance, Vépieu et la foëne. Il en existe en- core d'autres de forme analogue ; mais celles-ci sont desti- nées à être projetées au loin et par conséquent elles trouve- ront place dans le groupe des armes de jet. On se servait déjà de la lance dans les temps préhisto- riques et nous avons vu plus haut qu'il existait à la pé- riode de la pierre taillée de longues lames de silex (Epoque Solutréenne) (2) que certains auteurs considèrent comme des sommets de lances ; on connaît en outre des pointes de silex ou (1) Voyez daus cette Revue, année 1891, 2« semestre, page 161, la première partie de ce travail (Massues, casse-tête, haciie?, couteaux, poignards et épées). Des circonstances indépendantes de notre volonté nous ont empêché d"en conti- nuer la publication depuis celte époque. (2) On divise les temps préhistoriques en époques ClielUeime, Moust&ienne, Solutréenne, Maçidalénienne et Robciihansienne, noms tirés des localités où ont été trouvés les gisements les plus riches et les mieux décrits. Les quatre pre- mières époques appartiennent à la période de la pierre tadlée ou paléolithique la cinquième à celle de la pierre polie ou néolithique. (Voy. G. de Mortillet, Le Préhistorique.] LES ENGINS DE CHASSE ET DE PÉCIIE. 215 d •Kl. iVos, (l'une épof[iie moins ancienne, qui ne laissent aucun doute sur leur destination. On peut dire pour la lance, comme pour beaucoup d'autres armes, que la spécialisation n'en est bien établie qu'à la période de la pierre polie; auparavant, les in- struments divers, de formes peu variées, servaient à peu près à tout : ils étaient à la fois des armes et des outils. Ce n'est que peu à peu, à la suite d'un emploi souvent répété dans un but donné, que le type primitif se modifie pour donner nais- sance à une forme spécialement adaptée à ce but. Nous donnons comme exemples de ces lances, dans la figure 20, quelques pointes appar- tenant à l'époque Robenhau- sienne : c et rf, trouvées en France , sont unies d'un côté, taillées de l'autre ; a et & , provenant du Dane- mark, sont retouchées sur les deux faces ; toutes sont pointues à l'une de leurs extrémités seulement. Elles devaient être fixées à leur hampe en entaillant le bois de façon à former soit une fente , soit un cran , dans lequel la pierre se trouvait assujettie par un lien végé- tal, par des tendons d'animaux, par des lanières de cuir ou peut-être aussi par une résine quelconque. Les populations sauvages actuelles, qui ont des lances analogues, ne les montent pas autrement (I). Ces pointes avaient une grande force de pénétration. On a retrouvé des vertèbres de renne et aussi des vertèbres hu- maines dans lesquelles sont restées des lames de silex, profon- dément engagées dans l'os. Aux lances de bois, qui ont dû être les premières, aux lances à tête de pierre ou d'os, ont succédé celles en métal, bronze ou fer, qui ont été en usage à travers toute l'antiquité \\ Figure SO. Pointes de lances en silex. (Musée de St-Germaiii.) [1) Les indigènes de TAuslralie occidentale., entre autres, se servent d'une gomme très résistante pour fixer des éclats de roche à l'extrémité d'un morceau de bois dont ils l'ont ainsi une lance ; le même procédé est employé par eux pour fabriquer un grand nombre d'instruments très solides. 216 REVUE- DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. jusqu'à nos jours, et qui sont encore aujourd'hui fréquem- ment employées. Elles affectent des formes peu variées : la plus usuelle, pour les anciennes lances de bronze, est celle de la figure 21, c, représentant une pointe trouvée près de Corbeil dans les dragages de la Seine ; quant aux lances romaines ou grecques, elles ont souvent la forme losangique (cuspis), ou plus généralement triangulaire à dents latérales (Dens, spi- culum). Voy. fig. 21, a et b. En somme, toutes ces armes de métal ne ditïerent guère entre elles que par leur taille ou par leur épaisseur : c'est que toutes avaient le même usage. ^ ^ Les représentations de chasses romaines ou grec- ques, avec la lance, sont fort nombreuses : des dip- tyques, des bas-reliefs, des peintures sur vases , des mosaïques, des [)ierres gra- vées nous la montrent em- ployée surtout contre les gros animaux, comme le lion, le sanglier, etc.. Il est parfois difficile de dé- terminer sur ces monu- ments si l'on a sous les yeux une lance propre- ment dite, c'est-à-dire une hampe assez légère et unie, ter- mint^e par une pointe de métal étroite, ou un épieu, à hampe plus forte, noueuse et de médiocre longueur, à lame large et robuste, munie d'une traverse, comme il en sera parlé plus loin, ou encore un Javelot, arme de jet, beaucoup plus courte et plus légère que les deux précédentes. La lance devait plutôt se manier à cheval et l'épieu à pied. Outre la lance ordinaire, il convient de citer une arme toute particulière. Le poète latin Gratins Faliscus, contempo- rain d'Ovide, nous apprend dans ses « Cynégétiques » que les chasseurs de son temps se servaient, pour combattre les ani- maux féroces, du Conius. C'était une énorme lance, fort longue, très épaisse et très lourde, terminée par une pointe relativement fine et courte. Cette arme avait été empruntée aux Sarmates, dont elle était l'arme nationale. Une mosaïque de Pompéi, qui représente Alexandre à cheval, nous le LES ENGINS I)E CHASSE ET DE PECHE. 217 montre armé d'un conhis ; d'après cette figure, la hampe ne devait pas avoir moins de cinq mètres de longueur. Les rois assyriens chassaient le lion et les bovidés sau- vages avec la lance, comme nous l'apprennent les monuments qui ont été retouvés vers la moitié de ce siècle dans les ruines de l'ancienne Ninive. La figure 22, tirée d'un bas-relief de Koyoundjek, nous montre le roi Sardanapale V, à cheval, Figuic îi. — Chasse au Lion avec la lance (Assyrie). enfonçant une lance dans la gueule d'un lion qui se précipite sur lui. Le coup est porté avec tant de force, que l'arme a traversé le corps de l'animal et que la pointe ressort entre les deux épaules. Sur le splendide bas-relief du palais de Sargon, conservé au British Muséum, on voit le roi Assur-bani-pal chassant également le lion, mais non plus à cheval : il est debout dans un char, d'où il décoche ses flèches sur les ani- maux qui se trouvent à sa portée. Il est accompagné de trois serviteurs, dont deux qui sont placés derrière lui, et qui re- poussent l'attaque d'un énorme lion blessé, avec de longues et fortes lances, admirablement conservées jusque dans leurs moindres détails. On pourrait citer encore un certain nombre de scènes analogues. . . 218 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Même de nos jours, l'usage de la lance comme arme de chasse est loin d'être tombé en désuétude, et malgré le perfec- tionnement des armes modernes, les peujjles civilisés comme les plus sauvages s'en servent encore dans bien des cas ; sou- vent c'est la lance de guerre qu'on emploie, mais souvent aussi il existe des formes spéciales, uniquement destinées à la chasse ou à la pêche. Les Australiens chassent le kangouroo avec une longue lance, légère et mince, dont la hampe a deux mètres cinquante centimètres environ ; la pointe, faite d'un bois fort dur et longue de soixante-quinze centimètres, présente une rangée de barbelures disposées d'un seul côté. (Fig. 23.) Les habitants de la Mésopotamie, quoique crai- gnant fort le lion, osent cependant l'attaquer quel- quefois et le chassent à la lance, comme le fai- saient autrefois les rois assyriens ; ils tuent de même le sanglier, à la mode des officiers anglais dans l'Inde (1). Si nous passons en Afrique, nous trouverons au nord de l'Ogoué, dans le Congo français, une race Fitjure sô. ^^^ chasseurs, les Bagayas, vassaux d'une tribu plus puissante, celle des M'Fangs, pour le compte des- quels ils chassent l'éléphant. Leur arme est une lance à pointe de fer, fabriquée avec des vieux canons de fusils, très pointue et aiguisée sur les bords, ayant à peu près 1"\60 de hauteur. Voici comment ils s'en servent : les chas- seurs se mettent à deux et se placent l'un à droite, l'autre à gauche de l'éléphant.; ils avancent avec précaution et tâchent de le surprendre, soit qu"il soit endormi, soit que le br-uit qu'il fait en pataugeant dans l'eau l'empêche d'en- tendre ses ennemis. S'ils ont pu approcher assez près sans être éventés, et ce n'est pas toujours chose facile, ils frap- pent ensemble l'animal au pli de l'aine et prennent aussitôt la fuite, évitant comme ils peuvent la fureur redoutable du colosse : malheur à celui qui se laisse saisir ! Dans cette poursuite acharnée, l'éléphant perd beaucoup de sang par les deux blessures qui lui ont été faites, ses forces diminuent, (11 V03'. Melaxas. les Animaux de la Mésopotamie. Rck des Se. nat. appl., 1891. LES ENGINS DE CHASSE ET DE PÉCIIE. ^\9l et au bout d'nn certain temps, il tombe pour ne plus se relever, à la merci de ses minuscules adversaires. Un sport très apprécié dans l'Inde est la chasse du sanglier, à cheval, avec la lance. Les officiers anglais se servent pour cela d'une lance très longue, appelée « ivild boar speor », ayant six mètres environ, à pointe fine et / \ acérée, avec une courroie formant boucle, fixée j \ vers le. milieu de la hampe et dans laquelle on passe l'épaule. L'arme se tient sous le bras et la courroie sert à empêcher les oscillations considé- rables qu'occasionne la longueur de cette arme. On ne peut s'empêcher de faire un rapprochement entre le « icild boar spear » et le contus dont nous avons parlé plus haut. Les habitants des îles Nicobar possèdent des lances spéciales, très usitées pour la chasse du sanglier et du buffle. La figure 24 représente celle qu'ils appellent « JwjUoap » et qui sert pour le buffle ; le fer a de 0'",30 à 0'",40 de longueur et la hampe environ 2"\50, Il existe aussi des « Jwploap » tout en bois, à pointe taillée en biseau. Enfin, dans yi^ure 24. nos contrées, les Norvégiens chassent la loutre avec une lance ad hoc, nommée Ulier gadd, dont la longueur est d'environ I"\80 ; les chasseurs poursuivent l'animal sur des patins à neige. . ■ : )!;'.■ Il est intéressant aussi de signaler les curieuses lances, très caractéristiques, de chez les Tongouses ; ils s'en servent contre l'Ours (fig. 25). Fig'ire 25. — Lance à Ours des Tongouses. Nous pourrions multiplier beaucoup encore les exemple^ ; mais nous en avons dit assez pour prouver combien la lance est employée, et cela à des chasses bien différentes. Il îie nous reste plus qu'à dire quelques mots des .lances de pêche. Il en existe toute une série en dehors du type fol-ne qui sera décrit plus loin. .. Tout à fait analogue aux lances à Kangouroo des Austra- liens, est la lance de bois usitée pour la pêche à Ramoi 220 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. l Fig. S6. yeux \ s^^ ri y II y y i (Fig. 26). A Ja Nouvelle-Guinée, la tète des lances de pèche est souvent laite d'un os taillé en pointe et barbelé (fig. 27, c et cl) ; on en fabrique aussi en a b c d bambou, très artistement travail- lées , plus ou moins aiguës et garnies d'un nombre variable de dents ou de crans destinés à re- tenir le poisson que le pécheur a réussi à piquer (fig. 27, a et b). Une lance bien curieuse est celle dont se servent les habitants L du nord de l'Alaska pour la pèche n du Brochet. La pointe (fig. 28) est formée d'un morceau d'os taillé, rappelant la forme de la tète d'un petit poisson dont le Brochet est ■ très friand ; de chaque côté , les sont représentés par des frag- ments d'une pierre du paj'S, de cou- leur bleu - clair , les- quels, parfaitement ar- rondis et polis, brillent dans l'eau et s'aper- çoivent de loin. L'engin est immergé la pointe en avant, et quand le Brochet, attiré par son insatiable voracité, s'a-, vance pour engloutir la proie imaginaire qu'on lui présente, le pécheur détend le bras d'un coup sec, enfonce son arme dans la gueule ouverte du poisson et le transperce de part en part. On peut voir plusieurs pointes de lance de ce genre au Musée d'ethnographie de Berlin. . Les pêcheurs de nos côtes ont, pour ir/^.27._ Lances dépêche prendre les poissons plats principale- (Musée àe Florence.) ^ LES ENGINS I)E CHASSE ET DE PÉCIIE. 221 Figure 29. ment, des sortes de lances à une ou plusieurs dents latérales, mais terminées par une pointe uni(xue, dont le type est .le Digon. (Fig. 2^.1. _''■ ■•■>■' •' . Avant l'invention des bombes-lances, qui sont des pro- jectiles d'armes à feu, les pécheurs de /\ baleines se servaient d'une longue et / | lourde lance, dite lance à main (hand- lance), dont l'usage est presque aban- donné aujourd'hui, mais dont on con- serve cependant quelques exemplaires dans l'outillage de chaque navire ba- leinier, afin de parer aux éventualités. La longueur totale est de 3"", 60, y com- pris la hampe : le 1er, à lui seul, a de 1"',G0 à r",80. Il se compose d'une douille dans laquelle se fixe la hampe, d'une tige ronde et d'une pointe apla- tie, relativement petite, en forme de feuille de laurier et parfaitement tranchante sur les bords ; cette pointe est en acier et la tige en fer forgé de première qualité (fig. 30). Il ne faut pas confondre l'usage de cette lance avec celui du harpon : celui-ci ne sert qu'à fixer l'animal, soit à l'em- barcation, soit à des blocs de bois destinés à entraver sa fuite, au moyen de la ligne qui s'attache au sommet mobile de l'instrument ; mais sauf les rares cas où il atteint un organe essentiel, il n'occasionne pas de blessures mor- telles ; la règle est que le cétacé n'est tué ou plutôt n'était tué qu'avec la latice à main, dont la force de pénétration est bien plus considé- rable. ... '.: •.:.:.:) j' ' Une autre forme d'instrument destiné à la pèche de la baleine est le louchet ou « boat- spade » des pêclieurs améi'icains ; nous en par- lerons ici, bien que ce ne soit pas une lance dans le sens propre du mot. C'est une longue et large lame de fer, taillée en biseau au som- met (fig. 31), de. façon à former un tranchant très bien aiguisé avec lequel on coupe les tendons de / Fig. 31. \ s: a queue de l'animal, profitant pour cela du moment Fig.ôo. 222 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. OÙ, pour plonger, il sort de l'eau cette partie du corps : pri- yée de son principal moyen de propulsion, la baleine blessée est bientôt la proie de l'équipage. Cet exercice est fort dan- gereux, demande beaucoup d'adresse et de sang-froid et constitue un véritable titre de gloire pour celui qui l'ac- complit avec plein succès. L'épieu n'est en somme qu'une lance plus massive et plus forte : il s'en distingue cependant par quelques particularités en rapport avec l'usage auquel il est destiné. Dans sa forme la plus simple, ce n'est qu'une pièce de bois pesante et taillée en pointe, servant à attaquer à pied les gros animaux ; elle doit être aussi forte et aussi lourde que possible pour qu'elle ne se brise pas sous le choc, qui se trouve amorti d'ailleurs par le poids considérable de l'instrument. : . C'est une arme de ce genre qu'emploient certaines popu- lations sauvages, entre autres les Négritos malais, qui en tirent fréquemment parti, notamment contre le tigre ; c'est aussi celle qui devait servir aux chasseurs préhistoriques, comme il est permis de le supposer bien qu'aucun exemplaire ne nous en soit parvenu. > : Le poète Gratins Faliscus nous dit, en parlant de l'épieu : «... ce fut Dercyle qui le premier revêtit l'épieu d'une denl solide et qui, à l'aide des arêtes dont il la garnit, sut maî- triser l'impétueux courroux d'une bète blessée et en soutenir le fardeau, » — L'épieu de bois primitif a dû cependant être perfectionné à une époque plus ancienne que celle indiquée par le poète latin, et l'on a décrit comme sommets d'épieux des pointes de silex plus robustes et plus larges que les vraies têtes de lances ; elles ont dû précéder celles en métal, avec les'quelles l'arme devient plus pénétrante et plus meur- trière. Ainsi complété, l'épieu de chasse se caractérise par les détails suivants : sa hampe pi'ésente des saillies ou des rugo- sités, naturelles ou artificielles, pour empêcher la main de glisser sous le choc ; le fer est plus plat et plus large que celui d'une lance, afin de faire des blessures plus étendues ; enfin, à une certaine distance de la pointe, il existe un arrêt, une traverse destinée à empêcher l'animal de s'enferrer et d'at- teindre le chasseur en se précipitant sur lui. Cette description peut s'appliquer sans grandes modifications aux épieux de toutes les époques, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours ; il LES EX&IXS DE C'ILVSSE ET DE TECIIE, 223 arrive quelquefois seulement que l'un de ces caractères peut l'aire défaut. Les auteurs cynégétiques romains et grecs ont presque tous décrit, quoique sans grands développements, l'épieu de leur temps, et de nombreux monuments nous montrent des scènes de. chasse au sanglier, à l'ours, au lion, aux bovidés sauvages, où cette arme est employée toujours de la même façon : c'est le venahulum des Romains, le i:?o[idÀiov des Grecs. Le fer, souvent de forme losangique, avait 5 palmes de long (0"v,38). L'arrêt, ou mora, se composait d'une traverse de cuivre fixée au milieu de la douille et affec- tant deux formes différentes (fig. 32) : ou bien celle d'un croissant avec les pointes di- rigées en haut (xvwSuv, a], ou celle d'une barre transversale, quelquefois à extrémités élar- gies (TTTspvi, h) . La hampe était faite, comme nous l'appren- nent les auteurs, de cor- nouille?', de myrte ombreux, d'if, de pin ou de genêt ; ou encore de ïarbre qui produit Vencens, lequel, parait-il, fournissait les plus belles. Pour obtenir la hampe désirée, on débarrassait un jeune arbre de ses branches et l'on pratiquait des incisions régulières qui formaient plus tard des saillies pour retenir la main. L'épieu figuré ci-dessous (flg. 33, c), tiré d'un bas-relief antique du Musée Capitolin (1), (Endymion dormant) donne une idée très nette de l'arme ancienne ; on la retrouve encore dans une statue du Vatican, en marbre pentélique, représen- tant l'empereur Commode en costume de chasseur : c'est là le type commun à tous les épieux de chasse. Au moyen âge, on se servait quelquefois à cheval d'un épieu plus léger que l'on tenait sous le bras comme une lance et que l'on pouvait même lancer comme un javelot dans certains cas ; mais celui dont on se servait le plus com- Fiffure 53. (1) Braccio uuovo^n' 8. 224 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉKS. mimément et à pied, en langage du temps Vespié, ne différait (^ l c de répieu des anciens que par son fer en forme de l'euille de sauge et par sa traverse mobile, le plus souvent en corne de cerf, sus- pendue à la douille au moyen d'une courroie ou d'une chaîne (fig. 33, &). Après l'usage, on en- fermait la lame dans un étui de cuir. La hampe était garnie de lanières de cuir croisées en lo- sange et fixées à leurs points d'in- tersection par des clous à tète saillante ou arrondie, ou bien elle était formée d'un bois à nœuds très rapprocliés. Notre Musée d'artillerie possède plusieurs magnifiques spécimens de ces épieux ; ils sont parfois très richement ornés, la lame étant incrustée d'or ou d'argent, la hami)e garnie de velours dans îe liaut et de franges en forme de îiouppe. Quelques-uns sont munis, sur les côtés de la lame, de ca- nons de pistolets, de même que les couteaux de chasse dont nous avons déjà parlé. C'est dans les Musées d'Allemagne et d'Autri- che qu'il en existe le plus grand nombre. La plupart des auteurs assignent comme limite à l'épieu le xvii® siècle en France et le xviii" en Allemagne ; il est cependant usité de nos jours encore dans cer- Figure 5o. taiues coutrées de l'Europe cen- a Épieu à ours des Goides. i^-^Iq^ notamment en Styrie. Nous A ~ moyen use (1). - ^ . . _^ ion a c -— antique. .avons acquis nous-meme, en 1890, 1^1) D'après un dessin du baron Dunoyer de Noirmont. LES ENGINS DE CITASSE ET DE PECKE. 225 chez un armurier de Vienne, un de ces épieux de fabrication moderne. La figure 33, a, nous montre un épieu pour la cliasse à l'ours, en usage chez les Goldes, du fleuve Amour : ils l'ap- pellent « Gida » — 2'", 50 environ de hauteur, hampe et Ter compris ; lame très robuste, de 0'",25 de longueur sur U'",07 de largeur, avec une saillie longitudinale qui lui donne une certaine épaisseur sur la ligne médiane. A partir de la douille, la ham[)e est garnie de bandelettes de cuivre en- roulées sur une certaine longueur. Cette disposition a pour but d'empêcher l'ours de broyer le bois de la hampe quand il parvient à la saisir avec ses dents ; la précaution n'est pas inutile, car nous avons eu entre les mains un de ces épieux, sur le fer duquel on pouvait voir nettement mar- quée l'empreinte des dents d'un ours blessé par le pro- priétaire de l'arme ; or la lame avait à cet endroit 0",005 d'épaisseur ! — Vers le milieu de la région des bande- lettes , on remarque deux petites traverses de bois atta- chées avec des lanières de cuir tressé, et diamétralement opposées : ce sont les croix, au nombre de deux ici. La gaine de cuir est remplacée par un étui en bois de sapin formé de deux planchettes évidées sur leur face de contact et réunies par des lanières. Nous ne voyons donc aucune différence essentielle entre l'épieu des Goldes, moderne, asiatique, et notre épieu européen du xvii° siècle ou encore celui des anciens : mêmes parties, même forme, mêmes proportions. Les mêmes populations se servent encore d'un épieu de forme analogue, plus court, dont la hampe est fendue dans le sens de la longueur et se trouve ainsi constituée par deux branches. Ces branches sont réunies vers la partie supérieure par une goupille autour de laquelle elles peuvent pivoter comme les deux lames d'une paire de ciseaux ; elles forment, quand on les ouvre, une sorte d'X dont les bras supérieurs sont très courts et servent â placer le canon du fusil pour viser l'animal, absolument à la façon de nos anciens arque- busiers du temps des fusils à mèche. L'animal est-il manqué, ou, ce qui est encore plus dangereux, blessé seulement, vite l'X se referme et l'épieu est saisi par le chasseur pour se mettre sur la défensive, .... Aux Aies Nicobar , on se servait autrefois d'un épieu tout en 5 Mars 1894. le 226 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. fer, y compris la hampe, de forme très massive et fort bi- zarre, que montre la figure 34, a. Un spécimen de cette arme étrange est conservée au Musée ethnographique de Hambourg. L'arsenal royal de Berlin pos- sède un autre type d'épieu lait d'une seule pièce de fer gros • sièrement forgé, qui peut être rapproché de celui des Ni- cobar (figure 34 &). En Russie, les chasseurs se munissent pour la chasse à l'ours d'un épieu à lame plus allongée et plus droite que la forme classique, et avec une traverse fixe, formée de deux espèces de quillons assez allongés, qui donnent à l'arme l'as- pect général d'une croix. L'extrémité inférieure de la hampe umuML Figure oi. est en outre garnie d'une douille terminée en pointe, qu'on pique en terre en présentant la lame à l'animal, de telle sorte qu'il lui est impossible de s'enferrer et de bourrer le chasseur. Le troisième type d'armes d'hast de main, la foi'iie ou fouine, est trop connue pour que nous en donnions une longue description. C'est une sorte de lance à deux ou plu- sieurs pointes, disposées sur une seule ligne ou en cercle, et servant à piquer le poisson ou à le retenir entre deux dents consécutives. Cette arme, plus spécialement destinée à la pèche, et généralement à celle des poissons d'une certaine taille, affecte les formes les plus variées, comme on peut s'en rendre compte en jetant un coup d'oeil sur la figure 35. C'est avec cet instrument que l'on prend, pour ne citer que quelques exemples : l'Anguille, le Congre, le Mulet, la Dau- rade, le Bar, l'Umbrine, les Poissons plats, le Saumon, le si- lure, etc Son usage est principalement répandu dans le Midi [fichoiùra) et surtout pour la pèche au feu, que pra- LES ENOINS DE CHASSE ET DE PÈCHE. 227 tiquent beaucoup aussi les pêcheurs de l'Adriatique (fiocina). ^,AA Fi/jit,i-e on. Les astéries (Âstropecten inibens), très communes sur les C(3tes de Hollande et utilisées comme engrais dans beaucoup de lo- ligure 36. 228 REVUE DES SCIENCES NATORELLES APPLIQUÉES. calités, sont récoltées au moyen d'une foëne à cinq dents (1). , Nous retrouvons la foëne, en tout sem- a b blaljle à celle de nos jours, sur les monu- ments de l'antiquité, chez les Egyptiens (fig. 36), les Romains et les Grecs. C'est elle qui constituait le sceptre de Neptune, le trident, dont les poètes et les artistes avaient fait l'attribut du Dieu de la mer. Une peinture en mosaïque d'un ancien temple de Bacclius nous montre cette fuscina (Tptatva; employée pour harponner le poisson. Sur une superbe casserole antique en argent, trouvée dans le gouvernement de Perm, en Russie, et appartenant au i)rince M. Obo- lensky, pièce décrite et figurée par Ste- phani (2), on voit plusieurs pê- cheurs dont l'un est occupé à com- battre un énorme poulpe à l'aide dun trident (fig. 37). Parmi les foënes encore usitées chez diffé- rents peuples, il en est qui se composent de plusieurs tiges de bois, flexibles et réunies en bouquet à l'extrémité d'une hampe, de façon à ce qu'en frappant le poisson, il soit ou re- tenu entre les branches de l'instrument ou tout au moins piqué par l'une d'elles. L'élas- ticité des tiges, écartées sous le choc par le corps de l'animal, et aussi des crans à pointe récurrente ménagés çà et là, empêchent la proie de s'échapper. La figure 38 b montre une de ces foënes , venant de la Nouvelle- Guinée. Pour les gros poissons, on se sert quelquefois d'un instrument à deux branches seulement, avec deux petites pointes tournées en arrière et en dedans (fig. 38 a). On a en Figure 37. V-i W Figure 58^ [\] Voy. M. H.-E. Sauvage, HnpporC sur la pêche en Hollande, 1883. (2) Compte rendu de la Commission impériale archéologique de St-l'élersbourg. LES EXCtIXS de chasse ET DE ?ÉCHE. 229 outre avantage, pour capturer un animal plus particulière- ment vigoureux, à fixer au milieu de la fourche une tige à pointe simple, qui l'empêche de glisser en avant ou en arrière. Les pointes récurrentes peuvent être mobiles au- tour d'un pivot ; elles sont attachées de façon à céder quand l'arme frappe le poisson et à se redresser au contraire une fois qu'il est engagé entre les tiges (figure 39). Figure 39. Figure 40. Les Chinois possèdent plusieurs foënes, dont quelques- unes de forme curieuse (figure 40). Bien que la foëne serve principalement à la pèche, ce n'est pas là son seul usage : les Egyptiens l'employaient aussi à la chasse des reptiles, comme nous l'apprend un bas-relief du temple d'Ombos (1). D'après M. Knight (2j, les Australiens ont aussi une sorte de foëne (forked spear) pour s'emparer des serpents vivants. Une peinture